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Les poncifs de l’austérité fiscale


Fers de lance du combat pour l’austérité, les déficits publics sont souvent considérés comme quelque chose de négatif. Les Etats aujourd’hui n’ont qu’un seul mot à la bouche : maîtriser les déficits publics par la rigueur et l’austérité budgétaire. Ces termes sophistiqués signifient…dépenser moins et prélever plus d’impôts.



Pascal de Lima
Pascal de Lima
Lors du dernier meeting du G20 à Toronto, les chefs d’Etat ont parlé d’une seule voix pour dire combien les dépenses publiques de relance de la consommation seraient néfastes pour les économies, puisqu’il faut limiter les dépenses. Il y aurait eu une unanimité parfaite aussi pour dire combien il faudrait augmenter les fonds propres des banques…nonobstant les origines de la crise financière, qui, faut-il le rappeler, ne se trouvent pas dans la liquidité des banques, mais dans les marchés financiers secondaires de la renégociation permanente et sans limite. Ainsi, les décideurs s’accordent à penser que les dépenses publiques entraineraient trop d’endettement public.

Or le problème est que généralement les partisans traditionnels de la baisse des dépenses devraient prôner une baisse des impôts, puisque leur argument clé est l’incitation fiscale. Or ce n’est pas le cas ici : tout le monde est à la fois libéral et social-démocrate. Il faut baisser les dépenses et augmenter les impôts. Avec des taux de croissance prévisionnels de 1% en 2010 en Euroland selon le FMI, il serait peut-être judicieux de consacrer une heure de temps à un ouvrage d’économie.

La préoccupation collective et presque obsessionnelle aujourd’hui est celle de l’endettement des Etats et des citoyens d’ailleurs, alors que l’endettement n’est que la conséquence. Car le problème réside dans le rapport entre d’un coté les taux d’intérêt nominaux qui peuvent alourdir le poids de l’endettement, mais dont la charge peut diminuer s’il existe un peu d’inflation, et, d’un autre coté, le taux de croissance économique. Les économistes en parlent en terme de différentiel entre les taux d’intérêt réels, c'est-à-dire la différence entre les taux d’intérêt nominaux et les taux d’inflation, puis les taux de croissance économique. Cela permet d’ouvrir un autre débat, celui des décisions pour changer la France. En effet, lorsque les taux d’intérêt réels sont supérieurs aux taux de croissance économique une spirale d’endettement se met en place. Questions : comment faire pour que le taux de croissance économique devienne supérieur aux taux d’intérêt réels ! En d’autres termes, comment faire pour baisser les taux d’intérêt nominaux en acceptant éventuellement un peu d’inflation tout en stimulant la croissance économique ? Certainement pas uniquement en baissant les dépenses ce qui risquerait aussi de diminuer aussi les recettes fiscales...

Parmi les très nombreuses pistes qui pourraient être suivies, on pourrait envisager des politiques budgétaires mieux ciblées en termes de retour sur investissement, mais qui ne soient ni contrecarrées par une politique monétaire de hausse des taux, ni par un étranglement de la consommation par la hausse des impôts. Le mélange des deux reviendrait tout simplement à un suicide collectif ! Enfin, il faut, en valeur absolue, renforcer la croissance économique par des politiques industrielles innovantes qui n’étouffent pas la tendance légère de reprise mais qui permettent au contraire de laisser respirer l’économie. Un bon exemple de ce que l’on appelle la contra-cyclicité est la tradition de politiques monétaires expansives du Japon permettant d’abaisser suffisamment les taux d’intérêt et de faciliter ainsi l’accès au crédit au moment ou l’économie commence tout juste à se relever. Enfin, l’exemple de l’Irlande qui a déjà mis en place des politiques d’austérité draconiennes, dont on observe déjà les effets tout à fait nocifs pour l’économie, devrait aussi suffire à faire comprendre l’infondé de l’argument…

Les partisans de l’austérité fiscale font de la rigueur le maître mot de la résolution de tous les maux dont souffrent les pays développés et sous estiment ce faisant la question des réformes structurelles et des politiques de relance par l’offre. Prenons garde à ne pas étouffer une économie qui peine à se relever, mais au contraire laissons là respirer en lui apportant un peu d’oxygène.

Article paru dans le journal les echos du 27 juillet

Pascal de Lima
Economiste en chef Altran Financial Services et enseignant à sciences-po

www.altran.com
pascal.delima@altran.com

Mardi 7 Septembre 2010
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