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Le G20 n'a toujours pas compris la crise


Bien sûr, on sait bien qu'il s'agit, lors de tels événements, de commémorer avec quelque solennité l'entente entre les peuples. Mais cela justifie-t-il de passer par pertes et profits la déclaration finale du G20, sans plus de commentaires ? S'y intéresser me paraît pourtant indispensable pour mesurer le niveau de conscience des dirigeants de la planète sur l'état réel de l'économie mondiale.



Paul Jorion
Paul Jorion
Le terme "croissance" apparaît à onze reprises dans le texte, en trois pages seulement. Il faudra pourtant que l'on se mette un jour à penser en d'autres termes. Il est vrai que l'on constate sur ce point un frémissement, le seul véritable acquis de cette réunion : la fin des subsides pour les combustibles fossiles, autrement dit la prise de conscience d'un monde de demain bâti sur d'autres bases qu'une prolongation de l'orgie énergétique.

Beaucoup plus inquiétant : rien dans le texte de la déclaration commune ne suggère que la nature de la crise ait été comprise au sommet. Le répit constaté aujourd'hui est probablement accidentel, ce qui rejoint une remarque faite récemment aux États-Unis : puisqu'en septembre 2008, au plus fort de la crise, on a poussé simultanément sur toutes les commandes du tableau de bord pour tenter de redresser la situation, on est bien en peine aujourd'hui de déterminer quelles furent les mesures qui contribuèrent à cet arrêt dans la chute !

Attachons-nous aux mots pour prendre la pleine mesure de l'incompréhension. Un premier exemple : "... pour tourner la page d'une ère d'irresponsabilité". Irresponsabilité de qui ? Qu'il s'agisse des dirigeants de banques ou des politiques, chacun demeure à son poste. S'il s'agit bien d'irresponsabilité, les mêmes irresponsables sont toujours aux commandes.

Deuxième exemple : "...le soutien budgétaire et monétaire le plus vaste et le mieux coordonné de tous les temps". Le plus vaste, certainement : l'argent a été déversé par tombereaux entiers dans le gouffre béant de crédits qui n'avaient pas été honorés, mais surtout qui ne pouvaient pas être honorés, et dont on aurait dû prévoir qu'ils ne pourraient jamais l'être.

"Veiller à ce que nos systèmes de régulation des banques et des autres établissements financiers contiennent les excès qui ont conduit à la crise." Sont-ce les excès de ce système qui ont conduit à la crise, ou ne sont-ce pas plutôt les principes qui constituent son essence même, comme la recherche du profit immédiat ? Et advienne que pourra ?

"Nous encouragerons la transparence sur les marchés de l'énergie et la stabilité des marchés dans le cadre de nos efforts plus larges destinés à éviter une volatilité excessive." Qui peut croire aujourd'hui que quand le prix du baril de pétrole a atteint 147 dollars en juillet 2008, ce fut en raison d'un manque de transparence de son marché ? Qui croira que les marchés s'étaient convaincus que la demande l'emportait sur l'offre, alors que le monde plongeait dans la récession ? N'y aurait-il pas plutôt un rapport avec le fait que 80 % du volume sur le marché à terme du pétrole était le fait de spéculateurs ?

Assez de cet inventaire affligeant. De deux choses l'une : ou bien la nature de la crise échappe encore aux dirigeants du G20, ou bien ils considèrent que le public auquel ils s'adressent est composé seulement de benêts. Il s'agit, quoi qu'il en soit, d'une très mauvaise nouvelle.

Article publié également dans le monde du 5 octobre 2009
Paul Jorion est partenaire-expert pour le quotidien de la finance opérationnelle CFO-news

Paul Jorion
Anthropologue et sociologue
www.pauljorion.com

Lundi 12 Octobre 2009
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