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L’illusion du private equity coté


Sous couvert de nouveauté, les promoteurs de produits financiers réinventent l’eau chaude. Dernier en date: le private equity coté.



Cyril Demaria
Cyril Demaria
Le private equity coté tente un retour en force. Les déboires des investisseurs aux prises avec les produits structurés et les investissements alternatifs lors de la crise des liquidités ont donné des idées à ses promoteurs. Pour initier une nouvelle dynamique, ils ont notamment formé la LPEQ (Listed Private EQuity association) devant soutenir leur effort de promotion.

L’illusion du private equity coté

Pourtant, le private equity coté souffre. Candover est en déshérence, 3i a changé de dirigeant et vendu 29 participations en septembre 2009. KKR a dû employer le procédé tortueux de fusionner avec son véhicule coté sur Euronext et de le transférer à New York pour se faire coter. Blackstone a vu sa valeur chuter de plus de 60% depuis son introduction en Bourse.

Les autres véhicules de private equity cotés ne sont guère mieux lotis. De fait, la liquidité affirmée est loin d’être établie. En effet, il faut bien distinguer la liquidité du titre, qui est tributaire des échanges sur la cote ; de la liquidité sous-jacente, qui n’est pas plus rapide ou garantie que celle des fonds de private equity classique. Ce dernier point est essentiel, car les investisseurs se retrouvent confinés à analyser une «boîte noire»: ils ont paradoxalement moins d’informations que ceux des fonds de private equity classiques.

En effet, les véhicules cotés souffrent d’une gouvernance dégradée par rapport à leurs homologues non cotés. Il en résulte une plus grande volatilité, où le prix des actions des véhicules de private equity coté accentuent les hausses et les baisses des actions classiques. Par ailleurs, les frais sont moins aisés à contrôler et surtout négocier ; il n’y a pas de séparation claire entre la gestion opérationnelle et les investissements ; et les portefeuilles sont moins sujets à contrôle de la part des investisseurs. Les avantages pour les promoteurs du private equity coté sont en revanche très clairs: plus de levées de fonds à répétition où il faut s’expliquer sur ses performances et ses actions, des frais de gestion garantis tant que le véhicule dure (et il n’a pas de limite à la différence de ses homologues non cotés créés pour dix ans en général) et une pression des investisseurs très faible.

L’argument selon lequel le private equity coté offrirait une diversification aux investisseurs privés et institutionnels désireux d’élargir leur univers d’investissement à moindre coût ne tient pas. Les véhicules cotés sont soit des fonds ouverts (evergeen), qui sont souvent spécialisés dans le rachat d’entreprises dont la valorisation est hautement corrélée à celle des sociétés comparables cotées; soit des sociétés de gestion classiques dont les revenus sont soumis à la ponction des salaires, bonus et autres intérêts des gérants.

Pour les fonds de fonds de private equity cotés, l’intérêt est là encore faible, car il existe bien des véhicules offrant un accès à des investisseurs souhaitant une allocation modeste au secteur. La liquidité procurée par un fonds de fonds de private equity coté est de fait indirectement payée par l’investisseur qui voit le cours de l’action généralement décoté par rapport à la valeur nette de l’actif - la fameuse décote de holding. Au final, l’intérêt du secteur s’avère faible sans autre innovation pertinente qui compenserait ces multiples désavantages.

Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Mercredi 20 Janvier 2010
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