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État des Lieux de la Responsabilité Sociétale (RSE)


Faire un état des lieux de l’implémentation de la RSE dans les entreprises demeure un défi, sinon un exercice périlleux, voire impossible, tant les résultats de la plupart des études en France ou à travers le monde dont nous disposons semblent imprécis, ambigus, et contradictoires les uns par rapport aux autres.



Constant Calvo
Constant Calvo
D’autant qu’on est parfois en droit de questionner, ici la rigueur méthodologique de certaines d’entre elles, là leur manque d’objectivité ou leur évidente complaisance.

C’est peut-être pour combler cette lacune, qu’en France le Medef et l’Observatoire de la RSE (Orse), l’un et l’autre sans doute soucieux de promouvoir la réputation des entreprises s’agissant de leur comportement éthique, se sont associés afin de publier en octobre 2014 « le premier état des lieux » des actions portant sur la RSE à l’initiative des fédérations professionnelles. Rappelant en préalable de leur étude que les actions sectorielles en faveur de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) se sont multipliées ces dernières années, parmi lesquels les outils d’auto-diagnostic, référentiels, labels, et autres trophées, le Medef et l’Orse précisaient « qu’il n’existe à ce jour aucun état des lieux en la matière ».

Las ! Quelle n’a pas été notre surprise et notre déception, en apprenant qu’en fait d’état des lieux de la RSE il s’agit en réalité d’un « Guide » sur les Initiatives Sectorielles, douze au total : Aérien, Aéronautique et spatial, Assurances, Carrières et matériaux de construction, Chimie, Industrie électrique et électronique, Ingénierie, Propreté, Santé et médicaments, Télécommunication, Travaux publics, Tuiles et briques. L’étude s’intitule fort à propos « Guide sur les initiatives sectorielles ».

La formulation ambivalente sur le Site du Medef du « premier état des lieux des actions portant sur la RSE à l’initiative des fédérations professionnelles » laisse pour le moins un goût amer. Elle est révélatrice d’une stratégie de communication et d’image visant à semer le trouble et la confusion. Tentative vaine, car elle ne dupe personne, et s’avère de surcroit contre-productive dans la mesure où elle renforce l’attitude défiante et méfiante de ceux qui pensent que la RSE est une invention des marchés et du capitalisme cynique et triomphant. On aimerait qu’il en fût autrement.

S’il n’existe pas à ce jour, à proprement parler, d’état des lieux exhaustif c’est à dire précis et documenté de l’implémentation de la RSE dans les entreprises, on peut en revanche compter sur des études sérieuses qui tentent tant bien que mal de jouer le jeu de la transparence et de l’objectivité, compte tenu de la complexité et du périmètre de la mission d’une part, de la difficulté à recueillir auprès des entreprises répondantes des informations fiables d’autre part.

Il y a s’agissant de la RSE mille et une manières de cerner puis de formuler l’engagement vrai ou supposé des entreprises, le degré de crédit qu’il faut accorder à la communication corporate, aux objectifs déclarés, aux actions mises en place, aux résultats obtenus, et écarts constatés.

L’on sait par ailleurs que la place qu’occupe la direction RSE au sein de l’organisation, son rattachement aux organes du pouvoir, l’autorité et l’autonomie dont elle bénéficie, ou le leadership dont elle fait preuve, varient considérablement d’une structure à une autre. La direction de la RSE, et sa pertinence, sont souvent une affaire de personne certes liée à l’expertise, le parcours professionnel et les compétences transversales, mais également à la qualité du réseau interne et externe, ainsi qu’à la relation de confiance et de proximité entretenue avec la direction générale. Comment traduire ces données immatérielles en chiffres et pourcentage ? Autant d’éléments subjectifs déterminants qui échappent à l’enquêteur. C’est la raison pour laquelle on enregistre étude après étude une forte hétérogénéité dans le rattachement de la direction RSE.

Mais il y a aussi mille et un pièges. Le « baromètre annuel des enjeux RSE » publié en avril 2015 par Malakoff Médéric et l’ORSE en partenariat avec Produrable et Squaremétric en offre parmi d’autres un excellent exemple, sinon une magistrale étude de cas. Le rapport note presque de manière anecdotique que « le rattachement de la RSE se disperse dans l’entreprise ». Or, voilà bien selon nous une information – passée quasiment inaperçue – qui vaut son pesant d’or, preuve s’il en est que l’ancrage de la RSE dans la culture organisationnelle fait gravement défaut.

Imagine-t-on, en effet, qu’une étude portant sur la gestion des risques et la politique de réduction des coûts vienne à conclure que la direction financière est dispersée dans l’entreprise? Et que dirait-on, si une autre étude portant sur le management des compétences et du capital humain, mettait en évidence que la direction des ressources humaines était dispersée dans l’entreprise ? La RSE serait-elle soluble dans l’entreprise ?

Déclarer comme le répète à l’envi la plupart des entreprises que la RSE est inscrite dans sa stratégie ou – mieux encore – dans son ADN, est un leurre; d’autant que – c’est un secret de polichinelle – les concepts, enjeux et principes du développement durable et de la RSE sont peu ou prou appréhendés par la plupart des dirigeants.

Difficile dans ces conditions de prendre pour argent comptant les résultats des études portant sur l’état des lieux de la RSE. A moins de traquer l’information dans ses moindres recoins, de lire entre les lignes, de relever les omissions volontaires, d’analyser non pas ce que les entreprises disent mais ce qu’elles dissimulent, de chercher le message derrière le message, de débusquer les enjeux cachés, de décoder la communication bien huilée et la stratégie d’affichage. « Il faut traquer l’inattendu pour trouver la vérité » (Héraclite).

État des Lieux de la Responsabilité Sociétale (RSE)
Constant Calvo, Directeur associé ADHERE RH
http://blog.adhere-rh.com

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Mardi 5 Mai 2015
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