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En espérant que les choses s’arrangent…


Quand on lit les résolutions à l’issue du G-8, qui s’est tenu à 200 km au Nord de Toronto, et du G-20 qui s’est tenu à Toronto-même, on est frappé par le ton de confiance qui s’en dégage : « Ça va être dur, nous dit-on, mais tout finira par s’arranger ».



Paul Jorion
Paul Jorion
Mais quand on examine les mesures que l’on envisage de prendre, il ne s’agit jamais que de mesures d’appoint : un peu de ceci ici et un peu de ça là-bas. Sans que tout cela ne soit connecté en aucune manière par une philosophie générale, et comme si seuls l’aspirine et le sparadrap faisaient partie des moyens dont on dispose pour remettre le système d’aplomb.

Ce « Tout finira bien par s’arranger » constitue de la même manière le cadre général du fameux « financial overhaul », le paquet de mesures résultant d’un compromis entre le Congrès et le Sénat américains et dont on espère aux États-Unis qu’il ne capotera pas d’ici le 4 juillet, vu que son vote est censé faire partie des grandes victoires que l’on célébrera lors de la fête nationale américaine. Aurait-il fallu plus de 1600 pages de réglementation à la fois tatillonne et sibylline si quelques principes solides avaient été proposés ? Bien sûr que non. De même encore en France, à propos de la réduction de la dette publique : mises à part quelques économies par-ci par-là, on compte essentiellement sur le retour de la croissance pour arranger les choses – sinon sur le court terme, du moins sur le moyen terme. Comment la croissance pourrait-elle revenir alors que l’on s’apprête à réduire le pouvoir d’achat des ménages ? Mystère et boule de gomme.

Que signifie cette conviction que l’on peut se contenter de s’intéresser à des points de détail ? Que chacun continue de compter sur l’autorégulation : on continue de penser que les choses ont tendance à s’arranger d’elles mêmes et que les mesures qu’il faut mettre en place ne doivent pas dépasser en intensité le niveau du « coup de pouce ».

Or l’hypothèse de l’autorégulation a été démentie dans les faits. Une première fois en 1929. On le comprit bien dans les années qui suivirent. Puis on l’oublia : « J’y pense et puis j’oublie », dit la chanson. Pire encore, cette hypothèse fut rapidement ressuscitée : « L’autorégulation était bien là, commença-t-on à dire, mais ce sont les États qui lui ont mis des bâtons dans les roues ». L’hypothèse de l’autorégulation est morte une seconde fois en 2008. Mais tout cela est déjà si loin ! À moins bien sûr que le mot d’« hypothèse » ne convienne pas… et qu’il faille plutôt parler de « croyance » ?

À l’époque où je partageais la vie des pêcheurs bretons, il arrivait qu’à la fin de la journée du vendredi les mines s’allongent, et j’entendais dire alors : « Faut pas s’inquiéter : samedi sauvera la semaine ! » Quand ce n’était pas le cas, on entendait un peu plus tard : « C’est pas grave : la dernière semaine sauvera le mois ! », et puis, vous l’avez deviné, si l’année toute entière tournait à la catastrophe, on comptait sur décembre pour sauver la mise.

« L’espoir fait vivre », dit-on, et ceux qui nous gouvernent en semblent convaincus. Mais attention ! le désespoir, c’est le contraire. Et puis, il y a d’autres dictons : pourquoi ne pas passer plutôt à « Aide-toi et le ciel t’aidera » ? Cela nous éviterait à l’avenir bien des pleurs et des grincements de dents.

Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions.
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Dimanche 4 Juillet 2010
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