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Après le banquier industriel, l’industriel banquier ?


« Si tu ne vas pas à Lagardère... »



Thierry Charles
Thierry Charles
Le 15 janvier 2010, le ministre de l'industrie Christian Estrosi propos à Sofia Antipolis, lors de la clôture des Etats généraux de l'industrie, la création d'une « banque de l'industrie » qui pourrait contribuer à revigorer le capitalisme industriel : « Le capital qui a pour seule vocation de nourrir le capital mène droit dans le mur. Le capital doit être au service de l'économie réelle, de la production, des entreprises de l'industrie et des services, créatrices de valeur et d'emploi. Il est urgent de renouer avec le capitalisme industriel ».

Et tandis que la France en parle, les allemands agissent.

Le 28 juin 2010, l’Usine Nouvelle titrait : « Siemens va fonder sa propre banque ». Siemens veut ainsi offrir à ses propres clients un panel plus large de services, à la façon des constructeurs automobiles allemands. Pour Marc Langendorf, porte-parole de Siemens, il s'agit également « de soutenir davantage les clients du groupe dans leurs projets d'investissements, en aucun cas de faire concurrence aux banques traditionnelles. Nous ne proposerons pas de comptes aux particuliers. »
Autre raison invoquée par le conglomérat industriel, qui a déposé une demande de licence auprès de la BaFin, l'autorité allemande de régulation des services financiers, pour doter Siemens d'un établissement bancaire autonome et dont il serait l’actionnaire : « lors de crises, les difficultés éprouvées par les banques compliquent la vie des entreprises. Et Siemens ne veut pas confier ses liquidités, un pactole de neuf milliards d’euros, à n’importe qui ».

Juste retour aux sources : les banques furent longtemps la propriété de groupes ou de familles industrielles avant d'être nationalisées (en France) et livrées à la dictature des marchés.

Alors qu'il devient de plus-en-plus évident que le système bancaire français (voire européen et/ou mondial) reste largement englué dans des concepts d'avant crise, une voie volontariste pourrait se dessiner, dans un cadre fédéré autour des intérêts communs de branches industrielles qui prendraient leur autonomie pour financer leurs différentes activités.

Utopie, Fantasme ? Qu’importe, car il y a bien urgence avant de ne plus avoir la capacité (ou l’envie ?) de financer notre industrie (les banques étant contraintes d'augmenter leurs capitaux propres, en conséquence leurs capacités de prêts se tendent) et à terme de ne plus avoir d’industrie du tout… à financer.

La concentration du monde bancaire depuis plus de 20 ans est extrêmement préjudiciable et contraire aux intérêts des entreprises industrielles.

Le 15 janvier 2010, le journal La Tribune rappelait que « la dernière création d'un grand établissement bancaire en France (ex nihilo et hors banque Internet) remonte à 1917, avec les Banques Populaires créées pour pallier déjà à l’époque les insuffisances des banques ».

S’il s’agit d’un petit événement en Allemagne, où il existe une certaine tradition en la matière , le sujet déconcerte encore en France, même si des projets de banques opérées par de grandes entreprises sont en gestation comme un peu partour en Europe.

En effet, de grands noms de l'industrie, associés à de plus petites entreprises, de nationalités différentes (françaises, britanniques, irlandaises etc.), ont annoncé leur intention de créer une « coopérative bancaire », gérée par et pour les entreprises qui en seront les copropriétaires. Celles-ci pourront, en échange de l'apport d'une quote-part de capital réglementaire à la banque, obtenir d'elles des crédits (à noter que selon ses instigateurs la coopérative « n'a pas vocation à se substituer à l'offre bancaire, mais bien à la compléter »).

Le projet baptisé CFA (Corporate Funding Association), doit encore obtenir les feux verts réglementaires pour un lancement prévu fin 2010. Reste que selon l’Association Française des Trésoriers d’Entreprise (AFTE) « ce projet est réservé, par construction, aux grandes entreprises notées », aussi l’association souhaite examiner « comment ce projet pourrait proposer des solutions de financement aux entreprises de taille plus modeste ».

Il faut d’urgence réfléchir à de nouveaux outils de financement pour nos PME industriel, et on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Voir l'interview du projet CFA dans CFO-news : http://www.cfo-news.com/Le-projet-CFA-des-entreprises-creent-leur-banque_a13174.html

Thierry CHARLES
Docteur en droit
Directeur des Affaires Juridiques d’Allizé-Plasturgie
Membre du Comité des Relations Inter-industrielles de Sous-Traitance (CORIST) au sein de la Fédération de la Plasturgie
et du Centre National de la Sous-Traitance (CENAST)
t.charles@allize-plasturgie.com

Jeudi 1 Juillet 2010
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