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Peuple vs. Banques


Un acteur-photographe, ancien tapeur de ballon rond d'un certain renom, a invité tous ceux qui veulent participer à une révolution douce et non violente contre la financiarisation du monde à aller dans leur banque le 7 décembre pour demander le retrait de tous leurs avoirs en liquide, dans le but avoué de faire mourir ces banques.



Rémy Mahoudeaux
Rémy Mahoudeaux
Bien que persuadé que le déterminisme est mort, je me risque à une prophétie (1) : ce sera un pétard mouillé, même si certaines agences devront peut-être admettre qu'elle ne peuvent honorer leurs obligations qu'avec de la monnaie scripturale.

La question qui m'intéresse ici est : « Le ressentiment envers les banques est-il justifié ? »
Dans ma vie personnelle ou professionnelle, j'ai pratiqué le vote avec les pieds bien des fois envers mes banques, n'hésitant pas à changer de prestataire soit pour des raisons d'opportunité économique, soit de bêtise et d'incompétence de mes vis-à-vis, soit enfin pour des raisons de déloyauté de l'établissement ou de son personnel.

Certes, les pouvoirs régaliens ont mis en œuvre des sommes colossales à disposition des établissements de crédits pour sauver l'économie d'un risque systémique – ce qu'un de mes amis synthétisait par « Comme les joueurs n'avaient plus de jetons, le casino a décidé de leur en donner de nouveaux ». Et il est bien sûr impossible de savoir ce qui serait advenu en l'absence de ce soutien. Il reste donc aux contribuables le devoir de faire des efforts pour financer une politique dont on ne sait pas si elle était utile, nécessaire, suffisante, etc … Cette frustration est légitime, mais les décideurs étaient les banques centrales et les gouvernements, pas les banques qui n'en étaient que les bénéficiaires : ici, le ressentiment se tromperait de cible, d'autant qu'ils ont « oublié » d'imposer leur gouvernance en accordant leurs financements.
L'attitude des banques qui affichent avec un brin de complaisance un retour aux profits et aux bonus de nababs est sans doute choquante, et une certaine discrétion aiderait (2). Mais comment empêcher une entreprise cotée de pavoiser quand elle a franchi un cap difficile ?

La banque est devenue aujourd'hui pour bien des personnes un censeur de leur vie d'agent économique, et cette censure génère des frictions, des conflits et bon nombre d'exemples existent de comportements abusifs : anecdotiques ou plus systématiques, là n'est pas la question. Notre époque fait du général avec du particulier, il nous faut apprendre à en tirer les conséquences et éviter les amalgames. Une banque ne pourrait survivre si elle avait durablement une conduite déloyale envers tous ses clients ou presque. Cela ne l'excuse en rien envers les particuliers lésés intuitu personae.

La cupidité des banques figure en bonne place aux attendus du jugement populaire qui leur est fait. Et c'est vrai qu'elles sont cupides. Mais elles ont beau jeu de nous tendre un miroir et de nous dire que c'est nous, investisseurs lambda, qui exigeons des rentabilités hors-norme, des croissances stratosphériques et tout ça pour un risque dérisoire. Dialogue de sourds, quadrature du cercle et partie de poker menteur où nul n'est plus malhonnête que l'autre.

Alors gardons nous de faire des banques un bouc émissaire. D'abord parce qu'elles ne sont pas si innocentes que cela (3), et parce qu'elle ne ne devraient pas être seules sur le banc des accusés : nos gouvernants et nous-même devrions y être aussi. La responsabilité est clairement collective et diluée.


(1) Et si je me trompe, il n'y aura plus de finance en France dès le 2011-08-12, plus de financiers par conséquent, donc plus de CFONews et cette chronique sera ma dernière … ;-) Ce fût bon mais bref et merci de votre attention !
(2) Surtout quand le mark-to-model n'a pas disparu !
(3) Le bouc émissaire est par définition innocent.

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx

boss@remsyx.com
http://www.remsyx.com

Jeudi 2 Décembre 2010
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