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Papandreou = Nappadeuro


A force de tirer sur la corde, elle finit par se casser.



Marc Touati
Marc Touati
Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise. La sagesse populaire ne manque pas d'adages et de proverbes pour rappeler que les abus finissent toujours par se payer très cher. Les péripéties de la crise grecque depuis deux ans et, plus globalement, les erreurs répétées des dirigeants de la zone euro depuis une décennie n'ont cessé de le confirmer. En effet, après des mois de négociations et de réunions « de la dernière chance », les dix-sept pays de l'Union Economique et Monétaire ont finalement réussi à se mettre d'accord pour sauver la Grèce et, par là même, tenter de relancer la zone euro sur les bons rails. Certes, comme nous l'expliquions la semaine dernière dans ces mêmes colonnes, cet accord était loin d'être parfait et omettait notamment d'engager des solutions pour améliorer la croissance économique. Pour autant, il fournissait un bol d'air d'au moins six mois à la Grèce et à la zone euro, le temps de retrouver le chemin d'une activité plus soutenue.

Malheureusement, c'était sans compter le coup de poker, ou plutôt le coup de folie de M. Papandréou. L'anagramme de son nom était d'ailleurs peut-être prémonitoire : Nappadeuro. Ainsi, plutôt que de faire profil bas et de mettre en œuvre rapidement le plan de sauvetage, le Premier ministre grec a préféré réactiver les braises encore incandescentes d'un incendie qui venait à peine d'être éteint, après deux ans de ravages. Pour ce faire, il a tout simplement décidé d'engager un référendum sur le plan d'aide européen. Et ce, tout en sachant pertinemment qu'après deux ans de récession, la population grecque refusera une nouvelle cure d'austérité et votera certainement « Non ».

Si la démarche est évidemment acceptable d'un point de vue démocratique, elle pose néanmoins plusieurs questions. D'abord, pourquoi M. Papandréou n'a-t-il pas prévenu ses partenaires européens que l'accord du 26 octobre devait être ratifié par la population ? Ensuite, si le premier ministre grec n'était pas sûr de lui ou encore n'était pas complètement satisfait du plan d'aide, pourquoi a-t-il accepté de le signer ? Enfin, si la Grèce ne veut plus ou ne peut plus rester dans la zone euro, pourquoi s'est-elle obstinée à déclarer le contraire depuis deux ans ?

Face à un tel imbroglio digne d'un vaudeville de Feydeau, deux types de réponses sont envisageables. Première possibilité : M. Papandréou n'est tout simplement pas la hauteur de la situation. N'oublions pas que c'est précisément ce dernier qui a mis le feu aux poudres à l'automne 2009 en annonçant que la Grèce devait encore augmenter ses dépenses publiques. C'est alors que, face à autant d'audace voire d'effronterie, les Allemands ont commencé à dire « Nein ». On peut effectivement les comprendre. S'ils se sont serrés la ceinture pendant dix ans, ce n'est pas pour permettre à la Grèce d'accroître indéfiniment ses dépenses et sa dette publiques.

Si cette première possibilité appelle une démission rapide de M. Papandréou, la deuxième est beaucoup plus machiavélique. En effet, l'affront de ce dernier à l'égard de ses homologues eurolandais ne serait peut-être pas le fruit de l'incompétence ou d'une bourde déplacée, mais d'un fin calcul stratégique. Ainsi, après avoir bénéficié au maximum de la bienveillance de leurs partenaires eurolandais et conscient que, désormais, son peuple n'est plus disposé à supporter le moindre nouvel effort, le gouvernement grec pourrait avoir mis au point un plan B : celui d'un « Chevalier blanc ».

Il est effectivement clair que si la Grèce refuse le plan d'aide européen, elle se mettra en défaut de paiement et finira par sortir de la zone euro. Si tel est le cas, elle ne pourra plus profiter de l'aide de cette dernière qui lui assure notamment des taux d'intérêt avantageux pour financer ses déficits publics. Dès lors, elle ne paiera plus des taux de 4,5 % mais les véritables taux de marché, à savoir 25 % pour le taux à dix ans et 101 % pour le taux à deux ans. Autrement dit, des taux d'intérêt impraticables et qui mettront de facto la Grèce en faillite et au ban des Nations pour de nombreuses années. M. Papandréou doit forcément avoir conscience de ce risque. D'où la nécessité pour lui et pour son pays de trouver un « sauveur » à l'extérieur de la zone euro, qui acceptera d'éponger ses pertes passées et à venir. Compte tenu du contexte actuel, ce Chevalier Blanc ou encore ce prêteur en dernier ressort pourrait bien être la Chine. Après avoir pris le contrôle d'une grande partie de l'Asie et de l'Afrique, l'Empire du Milieu entrerait donc en Europe par la Grèce. Avec certainement l'ambition de s'implanter dans d'autres pays européens en difficulté. Face à ce changement géostratégique majeur, il est fort probable que ni les Etats-Unis, ni les Européens, ni même la Russie resteront les bras croisés. Avec tous les risques d'embrasements que cela pourra engendrer.

En résumé, quelle que soit la véritable motivation de M. Papandréou, sa décision constitue une bombe qui sera lourde de conséquences et qui, si elle est mise à exécution, pourra aboutir à l'explosion de la zone euro. Car, si la Grèce fait défaut, cela signifie que les banques et les Etats créanciers de celle-ci devront subir d'importantes moins-values. Pis, cela pourrait engendrer un effet domino sur d'autres pays fragilisés et engager une crise bancaire et économique sans précédent. Par exemple, il est évident que la note de la France sera fortement dégradée, d'où une augmentation importante des taux d'intérêt, donc une récession aggravée, un chômage en hausse et des déficits publics accrus. La bulle de la dette dans laquelle se trouve la France depuis quatre ans enflerait encore et le cercle infernal continuerait jusqu'à l'explosion de l'UEM. Pour éviter d'en arriver là, il n'y a que deux solutions : 1. Changer de gouvernement grec et supprimer le référendum. 2. Engager une politique eurolandaise efficace, avec baisse du taux refi à 0,5 %, dépréciation de l'euro à 1,15 dollar et politique d'investissement à l'échelle de l'Union eurolandaise.

L'avenir de cette dernière pourrait donc prendre trois formes. Primo, si les mesures ci-dessus sont appliquées, un sauvetage in extremis. Secundo, si rien n'est fait, une destruction pure et simple, avec retour des anciennes devises nationales. Tertio, une solution intermédiaire, à savoir une zone euro de seulement cinq ou six pays économiquement très proches, avec une harmonisation des conditions fiscales et réglementaires, ainsi qu'un budget fédéral. C'est d'ailleurs ce qui était prévu initialement par le Traité de Maastricht. Cependant, en 1999 et pour des raisons bassement politiques, la France imposa une zone euro élargie, avec toutes les conséquences négatives que nous connaissons aujourd'hui. De quoi rappeler que l'incompétence des dirigeants européens ne date pas d'hier…

Marc Touati
Economiste.
Directeur Général de Global Equities.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


Vendredi 4 Novembre 2011
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