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Les récentes initiatives de micro-assurance dans les pays émergents


La micro-assurance fournit aux populations à faible revenu une protection contre certains risques. L’association internationale des contrôleurs d’assurance (IAIS) définit la micro-assurance comme « une assurance destinée aux populations à faibles revenus, proposée par un grand nombre d’acteurs différents mais régie par les usages en cours en matière d’assurance »1. La micro-assurance sur mobile ne diffère que par l’ubiquité pratique du téléphone portable, permettant de souscrire au service depuis n’importe où et de gérer son contrat à distance.



Jean-Michel Huet
Jean-Michel Huet
Une offre en prolongement des activités des opérateurs

Evaluer le risque est au cœur du métier d’assureur. Les compagnies d’assurances ont un besoin constant d’informations sur le profil et le mode de vie de ses clients pour adapter le montant des cotisations face aux remboursements éventuels à prévoir.

Grâce aux objets connectés (ex : bracelets santé…), au smart home, au paiement sur mobile, à la voiture connectée ou simplement via la grande quantité de données d’utilisation récoltées sur ses clients (localisation du smartphone, comportement sur internet, visionnage de la télévision, achat de VOD), les opérateurs télécoms sont bien placés pour devenir des partenaires de choix pour les assureurs.

A titre d’exemple, en Corée du Sud, l’opérateur SK Telecom associe un contrat d’assurance vol et incendie à son offre de surveillance Smart Home. D’autres acteurs choisissent un partenariat plus doux : les clients Smart Home de Rogers au Canada voient leur prime d’assurance habitation réduite de 25% s’ils souscrivent à une police auprès de l’assureur partenaire de Rogers, Allstate. Mais les opérateurs télécoms ne sont pas les seuls acteurs dotés de forts atouts. Les acteurs du Big Data se mobilisent aussi : Google prévoit par exemple de lancer sa propre police d’assurance automobile aux Etats-Unis.

Les récentes initiatives de micro-assurance dans les pays émergents
D’un basculement des pays à revenu intermédiaire aux pays à faible revenu

Historiquement, les premières offres de micro-assurance sur mobile apparurent en Afrique du Sud et dans quelques pays d’Asie de l’Est. Depuis 2010, les 2/3 des commercialisations l’ont été dans des pays à faibles revenus.

Quelle proposition de valeur pour les offres de micro-assurance sur mobile ?

Le mobile permet de soulever un certain nombre de freins perçus par les consommateurs. Tout d’abord, les offres développées par les opérateurs sont « low cost », elle se veulent bien moins chères que celles offertes par les assureurs classiques. De plus, ces offres sont souvent mieux adaptées aux besoins de ces derniers.

Par ailleurs, la faible densité des points d’accès physiques tels que les succursales des banques ou les distributeurs automatiques n’est plus un problème dès lors que le mobile permet d’accéder à son compte bancaire à distance. C’est la promesse portée par le concept « ATAWAD » (AnyTime, AnyWhere, AnyDevice) : l’utilisateur n’a alors plus de contrainte de temps, de localisation ou de terminal pour gérer son compte.

L’ « analphabétisme financier » reste également un frein majeur au développement de ce type d’offres. Pour lutter contre, un investissement dans l’« éducation » du consommateur est nécessaire, que ce soit via des campagnes de communication de masse (TV, affiche…) ou ciblées (sensibilisation via des commerciaux déployés sur le terrain).

Enfin, les opérateurs se veulent plus rassurants en communiquant de manière intensive sur la fiabilité et la sûreté du service, avec la plupart du temps un engagement affiché sur le délai de traitement des demandes d’indemnisation (ex : en 48h maximum).

Quel business model pour les opérateurs télécoms ?

Le modèle économique des opérateurs fournissant des produits de micro-assurance est relativement simple et repose avant tout sur la fidélisation. Il consiste à jouer sur des garanties proportionnelles aux recharges de crédits sur une seule et même carte SIM, celle de l’opérateur. En effet, en raison de tarifs d’appels externes assez élevés, de nombreux utilisateurs des pays africains possèdent plusieurs cartes SIM d’opérateurs différents, en fonction des personnes qu’ils souhaitent appeler.

Le but visé ici est d’augmenter la « stickiness » du client, à savoir le convaincre de rester chez l’opérateur grâce la qualité des services offerts par ce dernier. Cette meilleure rétention diminue mécaniquement le « churn », qui est le nombre de clients qui résilient chaque mois, sur le nombre de clients total, mesuré en pourcentage. Le coût d’acquisition d’un client pouvant représenter la moitié des frais d’un opérateur, il est primordial pour ces derniers de tout faire pour qu’ils restent le plus longtemps fidèles et qu’ils consomment le plus possible de produits et de services.

Quels sont les défis à relever par les acteurs de la micro assurance sur mobile ?

L’un des obstacles principaux pour l’entrée dans la micro assurance reste l’«analphabétisme financier ». Parmi les autres défis, on compte le cadre juridique qui favorise encore les grandes entreprises qui peuvent présenter le capital minimum et dépasser les exigences en termes d’actifs, ainsi que le manque d’adaptation entre les produits proposés et les besoins de ces types de population, ainsi qu’une grande part d’assurance-vie sur crédit, destinée à protéger plutôt le prêteur en cas de décès de l’emprunteur.

Focus sur l’offre de micro-assurance de Tigo au Ghana 2

Le succès de l’offre de micro-assurance au Ghana résulte en bonne partie de l’alchimie créée entre Tigo (l’opérateur télécom), Vanguard Life (l’assureur) et Bima (intermédiaire fournissant notamment la plate-forme de micro-assurance sur mobile). Ensemble, ils ont noué un partenariat de distribution assez innovant pour commercialiser une offre d’assurance-vie gratuite aux clients de Tigo Ghana. En soi, la proposition de valeur est assez simple : pour s’inscrire, un client doit se rendre dans une boutique Tigo et donner son identité ainsi que celle de son co-bénéficiaire. La couverture, qui varie de 200 (50€) à 1 000 cédis ghanéens (240€) selon l’intensité de l’utilisation des services de voix, commence le 1er jour du mois suivant. Dans ce contrat, aucun délai de carence, aucun examen médical obligatoire ni prime à payer.

Pour continuer à être offerte gratuitement, les revenus supplémentaires générés par la meilleure fidélisation des clients devaient compenser a minima les dépenses d’exploitation liées au service ainsi que le versement des indemnités suite à un sinistre. La couverture ne durant qu’un mois, le client est incité à rester chez l’opérateur pour continuer à bénéficier de cette offre gratuite et à maximiser ses consommations téléphoniques pour étendre ses garanties pour lui-même et son co-bénéficiaire. Enfin, l’assureur gagne accès à de nouveaux clients aux risques diversifiés.

Jean-Michel Huet, Olivier Darondel et Sébastien Cazuguel


1.Micro-assurance - Making Finance Work for Africa – Mfw4a.org
2.Base sur International MICROINSURANCE Conference - Learning Sessions GHANA - CONFERENCE REPORT - May 2012. Page 30

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Jeudi 3 Mars 2016
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