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La malédiction japonaise


Les « Bears » n'ont vraiment aucun respect. Après deux ans de mutisme et d'erreurs récurrentes, ils ont tiré partie des émeutes sanglantes en Lybie pour reprendre du poil de la bête, applaudissant des deux mains la flambée des cours du pétrole. Cette dernière était effectivement susceptible de casser la croissance mondiale et alimentait par là même leur scénario de dégringolade boursière. Continuant sur ce terrain glissant du cynisme, ils viennent désormais de dépasser les bornes, en justifiant leurs sombres perspectives par les catastrophes sismiques et nucléaires japonaises. Certains d'entre eux nous ont même interpellés cette semaine en lançant sans vergogne « On vous avait bien dit que les marchés boursiers finiraient par baisser ! »



Marc Touati
Marc Touati
Malheureusement, ce comportement n'est cependant pas nouveau. Combien de prévisionnistes ont, en effet, tenu un discours similaire au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, au début de la guerre en Irak ou encore lors de la faillite sauvage de Lehman Brothers. Autant d'évènements qui étaient, par définition, non prévisibles et qui ont pourtant été utilisés par certains pour valider la « pertinence » de leur scénario. A ce « petit jeu pernicieux », il est clair que les Cassandre ont de beaux jours devant eux. Et pour cause : compte tenu d'un environnement mondial de plus en plus complexe et dangereux, il est inévitable que les crises et les catastrophes en tous genres se multiplieront au cours des prochaines années.

En attendant, après déjà vingt de déflation, c'est, une fois encore, le Japon qui fait l'objet de toutes les inquiétudes. Au-delà du drame humain engendré par le séisme et le tsunami de la semaine dernière, c'est surtout le risque nucléaire qui fait craindre le pire. A l'évidence, l'Archipel nippon n'avait vraiment pas besoin d'un tel marasme, qui ne fait qu'aggraver un déclin qui a commencé au début des années 1990. Avant cette triste période, le Japon faisait figure de modèle économique. Tout semblait lui réussir. Il disposait d'une croissance structurelle d'environ 6 % par an, d'un taux de chômage tout aussi structurel d'environ 2 % et s'était solidement installé depuis les années 60 à la deuxième place de l'économie mondiale. A tel point que le Japon paraissait en mesure de talonner les Etats-Unis et d'imposer le yen comme un concurrent sérieux à l'hégémonie du dollar au sein du Système Monétaire International. Sûr de lui, le gouvernement japonais consentait même à satisfaire les souhaits des pays occidentaux, en décidant d'apprécier fortement le yen. Cette décision fut en fait l'erreur de trop et constitua le point de départ d'une descente aux enfers que les plus grands « Bears » de l'époque n'auraient pu imaginer. Ainsi, qu'elles soient immobilière, boursière ou bancaire, toutes les bulles qui s'étaient formées dans l'Archipel éclatèrent les unes après les autres.

Pourtant, juchées sur leur piédestal, les autorités japonaises ne se rendirent pas compte de la gravité de la situation, laissant notamment le yen s'apprécier et la déflation s'installer. Ce n'est vraiment qu'après le tremblement de terre de Kobé en janvier 1995 que le gouvernement décida d'employer les grands moyens, mais il était déjà trop tard. Certes, l'effort de reconstruction permit de relancer quelques peu la croissance, mais il ne s'agissait là que d'un répit. Le mal était beaucoup plus profond. D'autant que la population nipponne vieillissait et commençait même à décroître.

Les chiffres illustrant cette déchéance sont éloquents : de 6 % en 1990, la croissance structurelle nipponne est passée à 1,5 % en 2000 et à 1,3 % aujourd'hui. Et si le maintien de l'emploi à vie dans certaines grandes entreprises a permis de limiter la hausse du taux de chômage, ce dernier est tout de même passé de 2,1 % en 1990 à 5,1 % actuellement. La dégradation la plus impressionnante réside dans l'évolution des comptes publics. D'un excédent de 1,9 % du PIB en 1990, ces derniers sont passés à un déficit annuel compris entre 7 % et 10 % du PIB depuis la fin des années 90. Conséquence logique de cette fuite en avant, la dette publique a flambé de 68 % en 1990 à 142 % en 2000 et à 220 % en 2010.

C'est d'ailleurs en cela que la catastrophe naturelle et humanitaire qui vient de toucher le Japon paraît difficilement surmontable. Car, même si les Japonais sont stupéfiants de dignité et de self control, ils n'ont quasiment plus de marge de manœuvre pour relancer la machine. Certes, dans la mesure où 97 % de la dette publique de l'Archipel est détenue par des Japonais, ils n'ont pas besoin de faire appel aux fonds internationaux. Sauf qu'avec un niveau de 220 %, la dette publique devient véritablement dangereuse. De même, forte de 1 000 milliards de dollars de réserves de changes, la Bank of Japan peut injecter des liquidités. Néanmoins, ces fonds ne sont pas inépuisables et risquent de s'évaporer très vite. Enfin, en rapatriant leurs capitaux de l'étranger, les Japonais alimentent la hausse du yen, cassant par là même le peu de croissance économique qui leur reste.

Dans ce cadre, le Japon risque de repasser par la case récession. De là à annoncer, comme le font certains, l'effondrement de l'économie mondiale et des marchés financiers, il y a néanmoins un pas que nous ne franchirons pas. Tout d'abord, parce qu'après la destruction viendra aussi le temps de la reconstruction, qui amènera son lot de croissance. En outre, il faut reconnaître que l'impact d'une éventuelle récession nipponne à l'échelle de la planète sera limité. Non seulement parce que celle-ci sera temporaire, mais surtout parce que le Japon ne représente plus que 5,8 % du PIB mondial (en parité de pouvoir d'achat), contre 10 % en 1990. De même, si dans les années 1980, l'Archipel contribuait à hauteur de 0,6 point à la croissance annuelle du PIB mondial, cette contribution n'est plus que de 0,1 point depuis la fin des années 1990 et est même passée à 0,07 point depuis 2005.

Si le drame humain que connaît actuellement le Japon est évidemment horrible, son impact économique international restera donc limité. Il ne faudrait donc pas que les « Bears » l'instrumentalisent excessivement pour justifier leurs prévisions d'écroulement de la planète économico-financière. Que ces derniers soient néanmoins rassurés, ils auront certainement l'occasion de se rattraper lors des prochaines catastrophes. Qu'ils n'oublient simplement pas que c'est de l'obscurité que naît la lumière…

Marc Touati
Economiste.
Directeur Général de Global Equities.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com

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Mercredi 23 Mars 2011
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