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L’art contemporain : émotion ou spéculation ?


A la veille des fêtes de fin d’année et des traditionnels « échanges » qu’elles suscitent, il y a là un temps propice à la réflexion sur l’extra, l’extra par rapport à l’ordinaire, l’extra par rapport au vital, la place du futile par rapport à l’utile, l’importance de l’émotionnel par rapport au réfléchi : autant de dichotomies qui mériteraient de bien longs développements...



Rémi Guillet
Rémi Guillet
Alors, nous avons choisi de marquer ce moment en exprimant quelques aspects de notre appréhension de la nature profonde de l’Art, de la dichotomie entre « art classique » et « art contemporain »…

Mais avant d’aller plus loin, comment définir l’art, quand peut-on parler d’œuvre d’art ?
Les Grecs (1) considéraient neuf « arts » avec leurs « muses » : poésie épique, histoire, poésie lyrique, musique, tragédie, art d’écrire et pantomime, danse, comédie et astronomie.
De leur côté, les Latins ont distingué les « arts libéraux », avec, d’une part, la grammaire, la dialectique, la rhétorique, d’autre part, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, la musique, et les « arts mécaniques » ou manuels, avec les métiers d’artisanat… et ce qui deviendra les différents « génies » (civil, industriel, maritime, électrique…).
Hegel, dans son ouvrage « Esthétique », reconnaît six « arts » selon un certain ordre : architecture, sculpture, peinture, musique, danse et poésie.
A cette liste s’ajoutent aujourd’hui des formes nouvelles d’expression : cinéma (septième art), télévision (huitième), bande dessinée (neuvième), jeu interactif numérique (dixième).
Autant dire que la liste n’a pas de raison de s’arrêter, tout œuvre ou production humaine pouvant devenir œuvre d’Art rejoignant alors la quintessence… selon le « bon goût universel »…
Quant à l’art « contemporain » versus l’art « classique » nous admettrons, avec beaucoup d’autres, que c’est le temps, la postérité qui se chargent de rendre classique ce qui fût d’abord contemporain… Ceci, en reconnaissant que des « toiles » refusées à leur création ont pu devenir plus tard des références… Et que bien des oeuvres d'art ne sont reconnues comme telles… que post mortem !

Art et émotion

Mais alors, quelle est donc cette chose subtile qui fait qu’une œuvre soit reconnue comme relevant, en son temps, de l’art contemporain puis, un jour peut-être… de l’art classique ?

Puisque La Réponse ne semble pas exister, ayons l’outrecuidance de proposer la nôtre (que les experts et autres critiques d’art, les artistes eux-mêmes nous le pardonnent !). Pour nous, cela tient en un mot, « émotion », condition sine qua non, condition nécessaire (mais non suffisante), pour qu’une œuvre rejoigne l’aristocratie des réalisations humaines.

C’est donc l’émotion induite, cette vibration de l’âme que l’œuvre provoque qui, à nos yeux, est le critère le plus pertinent, le premier critère de sélection pour qu’une œuvre relève de l’Art. A noter que, dans tous les cas, il s’agit d’une œuvre donc d’une réalisation humaine. On ne peut parler d’art devant un paysage ou devant tout autre spectacle naturel perçu comme la Beauté de la création initiale…

Ainsi la plupart des œuvres « artistiques » (plastiques) classiques a trouvé son inspiration dans la représentation de la Beauté initiale, préexistante, a eu comme « modèle » la création Divine… Cela tout en témoignant de la dextérité des hommes, des moyens techniques disponibles à chaque époque de leur histoire.

Alors, et on en conviendra, l’émotion induite par l’oeuvre d’art, identifiée comme représentation géniale de la beauté universelle (référentiel absolu de la beauté) a tout pour se « partager ». L’œuvre d’art doit être susceptible d’irradier le plus grand nombre, avoir une reconnaissance universelle, intemporelle. Aujourd’hui classiques, de telles œuvres ne sont donc généralement pas contestées…

Ainsi la peinture, la sculpture, ont d’abord été « figuratives », reproduction de portraits, de corps, de paysages, de scènes bucoliques, lyriques, militaires, la « composition » de l’artiste faisant partie de son génie. Des œuvres devenues classiques mais qui, au moment de leur réalisation, avaient aussi le plus souvent la mission « d’éterniser » l’éphémère, de laisser une trace de ce qui fût beau, aimé, épique, sujet d’extase,… in memoriam).

Art contemporain et émotion versus spéculation

Avec le XXème siècle et les inventions techniques (la photographique et les techniques qui ont suivi) l’art pictural (figuratif) s’est vu concurrencé, dans sa capacité à reproduire l’existant, par la technologie. Les peintres, les sculpteurs, se sont vus (par nécessité? aspiration naturelle?) contraints à s’éloigner de plus en plus du figuratif (2), à trouver d’autres « modèles »… cherchant davantage l’inspiration dans leurs rêves (plus ou moins artificiels), leurs fantasmes et autres délires,… sont devenus adeptes de l’audace pour l’audace, de la création pour la création, animés par un souci existentiel, un ego prenant appui sur des prédispositions à la provocation, à l’extravagance, perdant alors le « garde-fous » que constituaient le respect du naturel et l’aspiration à « reproduire » avec fidélité (et extase !) le réel…

Quelle place laissent les plus grands artistes peintres et autres sculpteurs d’aujourd’hui à cette Beauté ? Ainsi, l’appréciation de l’œuvre d’art contemporaine a dû suivre, adapter ses critères, pour aller de plus en plus vers le « subjectif », perdant ses repères universels, ne pouvant donc que transgresser le « Beau » absolu, glisser vers l’incertain, la controverse.

Pour l’art musical, l’évolution s’est traduite (au moins dans le cas de la musique occidentale) par le passage du « mélodieux » cherchant à prendre appui, encadrer, moduler à partir des capacités de la voix humaine, à des arrangement plus syncopés, des sonorités plus agressives.

On retrouve une évolution semblable dans l’art culinaire : les plus grands « Toqués » ne trouvent-ils pas leur prestige plus dans la création ex nihilo (voire dans l’appel aux analyses physico-chimiques !) que dans leur talent à reproduire et transmettre un art culinaire traditionnel, ancestral ?


Au bout du compte, avec les arts contemporains et particulièrement les arts plastiques, autant d’admirateurs que de détracteurs, de manifestation d’émotion que de rejet au nom de l’imposture. Et il suffit d’aller aujourd’hui au château de Versailles et d’être attentif aux réactions suscitées par l’exposition de Takashi Murakami, ou encore d’être visiteur d’un jour à la Foire Internationale des Arts Contemporains (FIAC de Paris ou d’ailleurs) animé par la curiosité d’observer les réactions du public… pour mesurer le désarroi de certains! Mais pourrait-il en être autrement !


Dans ce contexte (et plus largement celui du monde que nous connaissons aujourd’hui !) le business n’est donc jamais loin de l’art… Alors place au « marché de l’art contemporain », au décoratif abscons, au bluff, au charlatanisme, notamment quand il s’agit de peintures et autres tableaux, d’abord victimes toutes désignées pour un « trafic marchand » par leur aptitude à être empaquetés, transportés, exposés, vendus, achetés, « businessés »…


Alors, la possession d’une peinture contemporaine est devenue un « Must » que les « nouveaux riches » doivent posséder (au même titre qu’une équipe de football… pour les plus riches!). Et l’émotion suscitée par l’œuvre passe alors souvent au second, voire au troisième plan… La revente au moment opportun saura rapporter la plus value escomptée et c’est bien là le principal ! Pour d’autres, « collectionneurs » plus ou moins avisés, le business de l’art contemporain est un « jeu spéculatif » exemplaire… qui peut (doit) rapporter gros !

Comme la finance aujourd’hui devenue numérique, virtuelle, spéculative, l’art contemporain n’a plus beaucoup de liens tangibles avec la Beauté, beauté universelle, absolue, et les transactions qu’il peut susciter, n’apportant évidemment pas de valeurs ajoutées réelles au patrimoine de l’humanité, sont d’abord l’occasion d’envolées de prix… dans certains cas bien au-delà de la raison (3) ! De nouvelles « fortunes » se construisent ainsi, croissent au détriment d’autres, de l’argent change de poches, un changement qui enrichit le spéculateur habile au détriment d’un autre, moins avisé… un « jeu » toutefois plutôt réservé aux couches sociales les plus riches (bien que le créateur de l’œuvre, qui appartient souvent à un autre monde, soit d’ailleurs -et involontairement- concerné par ce jeu, bénéficiaire un jour, mais parfois victime le lendemain).

Alors, avec l’art contemporain (plastique notamment), est-on toujours dans le domaine de l’Art avec un grand « A », d’une véritable activité artistique… ou avons-nous d’abord affaire avec des réalisations/supports de spéculation… remarquables de performance ?

L’exemple du collectionneur C. Saatchi (4) est souvent cité pour sa capacité à découvrir, voire à « fabriquer » à coup de communication, des talents pris dans le monde entier, à créer les conditions d’une envolée des prix… avant de passer à autre chose et laisser la « pâtisserie » se dégonfler (très normalement)…


Bien sûr, dans le cas de musées nationaux ou privés, la démarche est a priori différente et nous mettrons un bémol au côté commercial (et spéculatif) de l’art tel que vu au dessus. Il y a dans le cas des musées le souci de sauvegarder des œuvres, de constituer un patrimoine… mais on ne peut ignorer totalement l’idée qu’il y a en filigrane, avec l’ouverture à un public payant, constitution d’un business avec perspective de vente spéculative d’œuvres, ne serait-ce que pour investir dans de nouvelles et ainsi assurer la « croissance » d’une activité à forte connotation économique !

Quid de l’artisanat d’art !

Puisque nous avons placé notre propos dans le contexte festif de la fin de l’année (et des échanges de cadeaux !), nous l’élargirons au cas de l’artisanat d’art tel qu’on le trouve en joaillerie, bijouterie, chez les parfumeurs etc., autant de domaines propices à la création artistique prenant forme de produits « contemporains », destinés à un marché… mais autant d’objets à la fois supports d’émotion et sans vocation spéculative révélée. Des activités dont le succès, le développement sont liés aux qualités artistiques des créateurs, aux valeurs ajoutées de tous les intervenants de la filière. Au bout du compte, des activités économiques « ordinaires » s’appuyant sur l’art mais avec les difficultés ordinaires qu’ont aujourd’hui l’artisanat, les start-up, tous les « petits »… à creuser leur sillon, à tenir , face à d’anciens « petits » que le temps a peu à peu transformés en mastodontes…

Les odeurs ayant une force évocatrice exceptionnelle, un potentiel émotionnel phénoménal (plus fort que le pictural, nous offrant la possibilité de revivre une atmosphère dans toutes ses dimensions, de réveiller tous nos sens), nous avons choisi d’honorer l’artisanat d’art en nous attardant sur l’artisanat d’art « olfactif ».

Alors, et pour « justifier » davantage ce choix, rappelons-nous, l’excellent livre de Patrick Süskind « Le parfum », avec son personnage central, le génial (et abominable) « Grenouille » apte à sublimer cet art … A vue de « nez », un chef d’œuvre a pu dire Bernard Pivot. En tous cas une référence qui permet de faire d’une pierre deux coups puisque portant au pinacle, et en même temps, l’art du parfumeur et celui de l’écrivain !

Et comme clin d’œil à l’actualité « olfactive » nous évoquerons pour terminer le cas d’un jeune créateur (5) qui vient d’offrir au marché sept fragrances particulièrement respectueuses de nature, marquées du sceau de l’authenticité et, ce n’est pas rien… sept fragrances exemptes de tout composant allergène ! Ce qu’on croyait impossible à réaliser il y a encore très peu de temps et qui, à ce titre, méritaient bien d’être mentionnées !...


Ainsi, nous laisserons la conclusion au lecteur… qui ne manquera pas de confronter sa propre opinion à ce qu’il vient de lire !


(1) Voir l’article « arts mineurs, majeurs, académiques, urbains… »
Certains établissent une autre distinction entre « arts majeurs » et « arts mineurs » : les premiers étant des formes d’expression anciennes qui supposent une certaine initiation et les autres formes plus récentes et plus faciles d’accès. Par exemple, la peinture sur toile, l’oratorio, la symphonie, les chœurs d’un côté, les graffiti, les chansons, les chorales, de l’autre.
Les « lieux » aussi reflètent cette dichotomie : musée, salon d’exposition, galerie, salle de concert, auditorium, pour les uns, mur, trottoir, salle de spectacle, émission de variétés, music-hall, pour les autres. On en vient même à parler d’«arts de la rue » pour parler de formes « spontanées » d’expression (tag, graff, hip-hop, slam…).Certains refusent les distinctions entre "beaux arts" et "arts appliqués", entre art « académique » et art « populaire »…, et veulent faciliter l’entrée des expressions "populaires" dans les lieux « classiques » de l’art (opéra, maison de la danse, galerie, salons…).

On pourra aussi évoquer E. Souriau qui classe les « sept arts » selon leurs caractéristiques sensorielles, distinguant pour chacun deux niveaux l’un représentatif, l’autre abstrait…
Par ailleurs, faut-il rappeler que les académies, les écoles, ont toujours donné naissance à de « nouvelles visions » …et entretenu autant de polémiques à propos de l’art.
(2) Ci-dessous, tableau pour illustrer le « figuratif » contemporain
(3) Un marché qui « bénéficie » en France de la TVA réduite, soit 5,5% (ou même dans certains cas nulle !)
(4) Voir "Connaissance des Arts " de novembre 2010 (Cet exemple nous a été signalé par Monique Naudeix)

(5) L'art et la créativité sont au coeur des préoccupations de la jeune marque « Nicolas Danila » qui vient de mettre sur le marché sept parfums constituant « Les jardins d’Aladin ». Autant de fragrances élaborées selon la tradition de Grasse et avec la concours de la science pour leur côté non allergisant, sept pour illustrer sept civilisations: amérindienne, amazonienne, arabe, aborigène, asiatique, européenne et polynésienne. Les flacons sont signés par Pierre Dinand, père du flacon de parfum moderne ainsi que la boîte qui s'inspire du tableau du Douanier Rousseau « Le rêve ». Au bout du compte, un « condensé » d’œuvres artistiques !

Malgré un contexte économique toujours difficile…

Bonnes fêtes à l’occasion de ce changement d’année !

Rémi Guillet, expert-partenaire CFO-news
guilletremi@yahoo.fr

Jeudi 16 Décembre 2010
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