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Industrie : la rivière sans retour


« C’est en partie autour de l’activité industrielle – entendu dans son acception la plus large de système productif intégrant notamment les activités de services à l’industrie – que se forge l’image que la Nation a d’elle-même et celle qu’elle renvoie à l’extérieur ». Les « Etats Généraux de l’Industrie », dont le rapport de synthèse a été publié le 25 janvier 2010, ont en effet comme projet de redonner à la France une véritable ambition industrielle.



Thierry Charles
Thierry Charles
Or, c’est bien connu, le Président Georges Pompidou le déplorait dans les années 1970, les français n'aiment pas leur industrie.

Le soupçon permanent de retard par rapport à l'industrie allemande (ou anglaise) a entaché son image. A cet égard, les industries françaises et britanniques se retrouvent à égalité à 16% seulement de la valeur ajoutée, alors que l’industrie allemande culmine à près de 30%. Au demeurant, les français ne savent pas eux-mêmes qu’ils ont été une grande nation industrielle.

Dans une sorte de complexe, probablement lié à nos défaites militaires, qui furent d’abord mécaniques (souvenons-nous que De Gaulle plaida en vain dans son ouvrage : « Vers l’armée de métier », en faveur de la motorisation de l'armée), ils considèrent que l’Allemagne est « la » nation industrielle en Europe.

Ce n’est qu’en partie vrai, car historiquement, la France a produit au début de l’ère industrielle davantage d’ingénieurs.

Perçue depuis Colbert comme une éternelle mineure sous tutelle, incapable de se développer sans le soutien permanent de l'Etat, deux points ont sans doute entravé notre capacité de développement : le mépris du commerce et de l’argent.

Sans entrer dans une analyse de « l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme » de Max Weber, on doit considérer que les allemands sont probablement aussi bons commerçant qu’industriels.

Quant aux anglais et aux américains, ils ont su très tôt se doter de moyens financiers, facilitant leurs conquêtes, alors que la France en est encore à prôner une plus forte mobilisation des investisseurs institutionnels au bénéfice de l’industrie.

Aujourd’hui, avec la crise, on ne la croit plus capable, au sein de nos élites, de créer des emplois ni même de les conserver. On a ainsi vu se développer la thématique de la « fin de l’industrie », autour de l’idée que le politique semblait voué à accompagner avec résignation « l’exode des fabriques », quand il ne défendait pas parfois les vertus du « sans usines ».

Mais ne nous y trompons pas, c’est bien la pérennité de l’industrie européenne dans son ensemble, qui risque demain d’être remise en cause face à la concurrence des pays émergents, et avec comme principale conséquence d’ouvrir une nouvelle période d’exode industriel.

Un voyage sans retour.

Pr, les entreprises industrielles dans nos régions, et notamment les PME, sont « comme les haies du bocage », selon l’expression d’Hervé Le Tellier.

Aussi, devant l’urgence, pourquoi ne pas imaginer avec d’autres un « Davos de l’industrie » ? Car s’il est par nature économique, l’avenir de l’industrie est surtout un enjeu de société, qui recouvre à la fois des dimensions humaines, sociologiques, territoriales autour desquelles il s’agit d’établir une vision politique d’ensemble.

Et cette nouvelle ambition industrielle, cette nécessité de réindustrialiser les territoires, doit être activement portée dans les instances de décisions supranationales.

D’ailleurs, parmi les propositions du rapport de synthèse des « Etats Généraux de l’Industrie », les enjeux sont, d’une part, de faire évoluer les doctrines et pratiques encore trop focalisées sur l’organisation de la concurrence intérieure à l’Europe et pas assez sur la réponse européenne à la concurrence du reste du monde, et d’autre part, de promouvoir la mise en œuvre de quelques grand projets fédérateurs pour l’industrie européenne.

Dans cette perspective, la promotion des programmes « interpôles », sorte de mise en réseau des « pôles de compétitivité » français travaillant sur des thématiques proches, permettrait de les intégrer dans les réseaux européens d’innovation.

Quant à l’intervention des Etats, elle paraît d’autant plus nécessaire que la crise actuelle déstabilise tous les acteurs et qu’elle apparaît éclatée et sans issue perceptible à court et moyen terme. Même si un effort accru de rationalisation s’impose.

Enfin, s’agissant de l’épineux dossier du financement, il apparaît d’ores et déjà indispensable de s’assurer que les mesures d’application du futur cadre prudentiel européen du secteur de l’assurance (directive dite « Solvabilité 2 »), qui entrera en vigueur fin 2012, ne fragiliseront pas la capacité de placement en actions des compagnies d’assurance et, si tel était le cas, de mettre en place des mesures correctrices.

Reste également à traduire en acte le «Small Business Act» européen (SBA), que la Commission a lancé en juin 200, et qui vise à concrétiser le principe du «Think Small First» («priorité aux PME») dans les politiques et le processus décisionnel dans l’Union Européenne et ce, à tous les niveaux.

En définitive, le débat actuel en France sur l’impératif industriel dépasse largement les frontières franco-françaises, car l’économie nouvelle passera aussi par la réindustrialisation de toute l’Europe, à défaut le décrochage sera définitif au risque de déclencher l’érosion des compétences et des sols.

Thierry CHARLES
Docteur en droit
Directeur des Affaires Juridiques d’Allizé-Plasturgie
Membre du Comité des Relations Inter-industrielles de Sous-Traitance (CORIST) au sein de la Fédération de la Plasturgie
t.charles@allize-plasturgie.com

Mercredi 3 Février 2010
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