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10/20 une finance au service de l'économie (20 propositions)


Suite de mes aventures au pays des « 20 propositions pour réformer le capitalisme », avec ce chapitre 10 co-écrit par Gaël Giraud (co-directeur de l'ouvrage avec Cécile Renouard) et Odilon Maucour (1). Le titre me plaît bien, étant un « renégat » qui cantonne la finance à un rôle ancillaire vs. le couple (produit ; marché). Nous passons en mode turbo avec ce chapitre très dense qui reprends le fil de l'histoire récente depuis 2007. Je n'ai pas encore fini ce livre, mais ce chapitre est à mon avis suffisant pour justifier de l'achat de cet ouvrage ! Tout le reste sera donc du bonus … Fin du spot publicitaire gracieusement offert.



Rémy Mahoudeaux
Rémy Mahoudeaux
Le mot est lâché : inextricable. Les établissements financiers de toute nature ou origine sont trop liés entre eux par trop de créances et de collatéraux dissimulés dans des dérivés que je ne comprends pas. Comme la fourchette tournant sur elle-même dans une assiette de spaghettis, il n'est pas possible d'en isoler une quantité juste suffisante : c'est toujours trop gros, même pour ma bouche de gourmand. D'où la légitimation/justification des sauvetages du système financier sur les fonds publics, quand la doxa libérale ou toute extrapolation de la sélection naturelle darwinienne nous aurait intimé de laisser couler ceux qui ne peuvent survivre. A mon opinion, nous ne saurons jamais si cette solution était la meilleure, l'expérience islandaise n'atteignant sans doute pas une masse critique ou suffisante pour être probante (2).

Une fois sauvée, la finance n'a pas jugé utile de se réformer, d'où une perte de confiance. Je cite :

i[« le secteur [bancaire] cristallise l'hostilité du public et des autorités, qui le voient comme le symbole d'un système d'irresponsabilité où les profits sont privatisés et les pertes nationalisées. » ]i

Les auteurs tentent d'expliquer avec 3 facteurs plus significatifs ce qui a permis le déclenchement de la crise, au delà du comportement de certains prédateurs : (i) une régulation insuffisante et inadaptée, et ; (ii) une abondance de liquidités dues à un laxisme monétaire, et ; (iii) la croyance partagée par tous en l'efficacité des marchés auto-régulés. Mais un consensus quand aux origines de cette crise n'est pas encore partagé par tous.

Le renforcement de la régulation qui semblerait en toute logique être une contrepartie du renflouement public des établissements financiers est battu en brèche : « C'est trop compliqué, nos actionnaires sont réticents et ça ne sert à rien si les hedge-funds échappent à tout contrôle ». Bâle III et ses proches échéances impliquent soit une augmentation de fonds propres, soit une réduction de la taille des affaires. J'ai toujours à ce moment une réaction un peu épidermique. Certes, les actionnaires des banques ont vu telle la peau de chagrin la valeur de leurs actions bancaires fondre. Mais c'est le risque de l'investisseur : vae victis (3) ! Si des fonds publics ont été utilisés, les objectifs de ces subsides n'aurait du être que de protéger les déposants et de maintenir un octroi de crédits suffisant à l'économie, pas de jouer à Zorro pour les veuves carpentrassiennes, nonobstant la sympathie qu'elles m'inspirent. En clair, que les actions des banques eussent une valeur strictement positive pour leurs actionnaires précédents après l'injection de fonds publics ne m'apparaît pas indispensable. Balles neuves !

Sur l'aspect pro-cyclique de Bâle III, je n'ai pas plus de commentaires sur l'exposé des motifs que de solution à proposer, malheureusement. Je suis bien incapable de dire si un ratio coulissant au gré des conjonctures sera suffisant.

Par contre je n'ai pas l'impression que les banques souffrent d'avoir rogné leurs marges : la désintermédiation se poursuivra, certes, et espérons que plus de sociétés industrielles et commerciales de taille de plus en plus réduite s'adresseront directement au marché. En attendant, les banques poursuivent et atteignent parfois les 15% de retour sur fonds propres, avec les mêmes recettes qu'avant semble-t-il, et elles renâclent à toute perte d’indépendance du fait d’une réglementation qui serait plus exigeante.

Le développement du chapitre sur le shadow banking souffre à mon avis d’une omission : il élude une face « vertueuse » du private equity, celle du capital-risque ou capital développement. Non que la philanthropie y règne … Mais j’aurais peut-être envie de proposer une perspective plus simple. Les hedge funds, private equity, pension funds, véhicules de titrisation et gestion collective font in fine le même métier, faire fructifier l’argent des mandants avec des objectifs de gains très divers et des prises de risques toutes aussi diverses. Il convient vis-à-vis de ces mandants de protéger les plus faibles (opcvm ; fonds de pensions) et de laisser ceux qui peuvent et veulent prendre des risques le faire, en assurant une transparence suffisante lors de la conclusion et de l’exercice du mandat de gestion. Pour les véhicules d’investissements qui souhaiteraient utiliser un effet de levier, limiter le risque systémique qu’ils génèrent peut se concevoir en favorisant un accès direct au marché et/ou en encourageant les banques prêteuses à réellement gratter le sous-jacent du collatéral qu’ils ont en face. Approuver que des réglementations sectorielles soient développées et implémentées n’est qu’un vœux pieux si ni le régulateur, ni l’expert indépendant, ni les mandants, ni les contreparties n’exercent un contrôle suffisant, avec les mains dans le cambouis.

Nous parvenons à la proposition #10. Je souscris bien sûr à l’idée d’isoler les trois fonctions principales des banques qui « méritent » une éventuelle garantie et un soutien de la collectivité, l’état en l’occurrence :

- Collecte des dépôts ;
- Gestion des flux ;
- Crédits aux particuliers, entreprises [et autres].

Mais j’ai envie d'y rajouter la simple distribution de produits d’épargne tiers et la gestion des titres, droits et flux y afférents, parce que pour le client en face de son banquier, cela procède de la logique (4).

Dans ce cadre, toutes les préconisations de nos auteurs sont logiques et opportunes : indépendance de l’entreprise « banque » et de sa direction, soumission à une réglementation adaptée, utilisation des dérivés aux seules fins de couvertures, modération consensuelle des attentes actionnariales, décence des rémunérations, anticipation / réduction de la sinistralité pour les déposants en cas d’insolvabilité.

Je crois pouvoir relever une contradiction : Lors d’une conférence, Gaël Giraud nous expliquait que le mark-to-model dérogatoire et supposé temporaire fort opportunément obtenu par le lobby banquier s’éternisait et dénonçait la possible « fictivité » des bilans des banques. Soit. Alors l’état peut-il déterminer si elles sont chères ou non, et décider en bon ménager des deniers publics s'il doit ou non se substituer aux fonds propres privés qui déserteraient leur capital ?

Bien évidemment, chaque type d’acteur du shadow banking doit se voir imposer une réglementation suffisante et adaptée, en adéquation avec les capacités de contrôles des mandants et collatéraux, afin de prévenir au moins mal le risque systémique.

Je cite la conclusion de ce chapitre :

Car nous avons besoin d’une finance, osons le mot, responsable, et, le plus vite possible, de banques en qui chacun puisse avoir raisonnablement confiance.

Le « raisonnablement » indique qu’il ne faut pas se bercer d’illusions : la banque et la finance « de marché » sont un microcosme où s’épanouissent plus facilement qu’ailleurs ceux qui feront de l’argent un mauvais maître plutôt qu’un bon serviteur.

J'ose abonder : Nous avons besoin de banques responsables. Pas coupables.

(1) Odilon Maucour : www.20propositions.com
(2) (2) l'Islande à repris dans de nouvelles structures les actifs et les dépôts nationaux des banques faillies et a refusé d'assumer les dettes issues des dépôts d'origine étrangère. Cf. mon billet sur Icesave : www.finyear.com/Icesave-I-want-my-money-back-_a17979.html
(3) Malheur aux vaincus
(4) Un thème de réflexion qui pourrait se creuser : Avantages et inconvénient d'une séparation entre asset management et banque, à l'instar des fonctions d'auditeur et d'expert ou de conseil.

Rémy Mahoudeaux
Managing Director, RemSyx
Mail : boss(at)remsyx(dot)com
 
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Bonne lecture !

Vendredi 22 Juin 2012
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