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Pesanteur Européenne


Sans décisions politiques qui auraient été à même de progressivement transformer la zone Euro en une union vraiment intégrée, le projet européen était condamné d’avance.



Michel Santi
Michel Santi
Et les marchés n’ont fait qu’attaquer le défaut de la cuirasse en appuyant là où cela faisait mal et pour cause : les allemands économes ont été prompts à se rebeller contre leur gouvernement qui voulait payer pour les grecs dépensiers. Ce défaut de conception initial menace aujourd’hui l’ensemble de l’Union, y compris certaines nations ayant adhéré de longue date comme le Portugal. Cette conflagration annoncée et hélas inévitable fait à l’évidence le bonheur des eurosceptiques et des mauvaises augures qui, comme Martin Feldstein, n’avaient cessé ces dernières années de marteler péremptoirement que l’union monétaire déboucherait en de multiples confrontations et en une résurgence des nationalismes.

De fait, les tensions – récurrentes voilà quelques mois entre Europe du Nord et ceux qualifiés avec condescendance de PIIGS – semblent lui donner raison. Après avoir critiqué les grecs pour ne pas s’acquitter de leurs impôts, les industrieux allemands ont accentué la stigmatisation – voire l’invective – en les traitant de paresseux et de corrompus tout en leur suggérant de vendre quelques îles afin de régler leurs dettes… Pas en reste, les grecs ont dès lors sorti la carte des spoliations de l’ère nazi affirmant que les allemands leur devaient d’immenses réparations non soldées.

Il est incontestable que la Grèce ne serait que quantité négligeable sans l’Union Européenne. De même est-il indiscutable que – même sans l’Europe – l’Allemagne jouerait toujours un rôle majeur dans l’économie mondiale. Néanmoins, l’Union Européenne lui a permis de démultiplier ses capacités de production : l’Euro a ainsi servi de gigantesque levier à une Allemagne qui a dès lors atteint une puissance économique inégalée dans son Histoire, un peu comme la consommation et la vie à crédit ont autorisé la prospérité américaine. La Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne ont certes largement bénéficié de taux d’intérêts excessivement bas imposés par l’Allemagne qui en avait alors besoin pour achever de payer le prix exorbitant de sa réunification. Ces nations ont certes laissé une euphorie et des bulles spéculatives prendre le dessus. Il n’en reste pas moins que leur fièvre dépensière a tout principalement profité à l’Allemagne qui écoule dans l’Union le trois quart de ses exportations. L’Euro a donc été largement exploité par les allemands pour asseoir et porter leur domination économique au stade supérieur, celui des nations à l’influence prépondérante.

Pour autant, l’Euro – et l’Union Européenne – auront également joué un rôle clé dans l’aggravation de la crise mondiale, notamment du fait de ses établissements bancaires ayant lourdement investi en Europe périphérique par souci d’augmenter toujours plus leurs profits. Voilà pourquoi la BCE se précipite aujourd’hui au chevet de banques européennes meurtries de leurs engagements (par exemple) dans la dette grecque. Voilà pourquoi la Réserve Fédérale américaine a récemment promis de prodiguer des lignes de crédit libellées en dollars à ces mêmes banques assoiffées de liquidités.

Cependant, et en dépit des responsabilités européennes patentes dans la rechute de la crise financière, ses dirigeants se montrent toujours aussi hésitants, irrésolus, comme subjugués par les enjeux politiques qui – sempiternellement en Europe – l’emportent sur les menaces pourtant bien réelles de débâcles économiques et financières. Comment gérer le ressentiment des pays riches vis-à-vis des assistés, comment faire avaler une telle austérité à des populations entières affreusement sinistrées et qui regardent avec colère l’Ouest de l’Europe, comment convaincre le citoyen allemand de partager un petit peu de son aisance, ou tout simplement de consommer davantage ? Le face à face, qui se durcit tous les jours un peu plus, résulte en une quasi paralysie. Et c’est la politique des pas minuscules qui est adoptée afin de ne pas bouleverser cet équilibre déjà tellement fragile. A force d’inaction et de tergiversations, le sablier européen s’est aujourd’hui quasi entièrement vidé et les euro sceptiques, comme les marchés financiers, se préparent à festoyer sur les cadavres des membres de l’Union.

Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com

Mercredi 5 Octobre 2011
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