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Pendant que la France veut imposer les transactions financières, la City de Londres crée une zone offshore de négoce du yuan


"Pendant que la France veut imposer les transactions financières, la city de Londres crée une zone offshore de négoce du yuan", une tribune de Pierre-Antoine Dusoulier, président de Saxo Banque



Pierre-Antoine Dusoulier
Pierre-Antoine Dusoulier
Or donc, notre serpent de mer favori pointe à nouveau le bout du museau et vient chatouiller de sa langue bifide les penchants les plus démagogiques. Tout va mal. Le pays a été dégradé tel un officier honteux devant le front des troupes de l’opinion mondiale. Depuis toujours, la France était irréprochable, ses dettes en béton et sa solidité financière assurée.
La faute à qui ? La faute à la crise et aux affreux financiers, aux horribles banquiers, aux insupportables traders. Ils ont joué avec votre argent, ils ont fait le pire, tricher, dissimuler, mentir. Ils doivent être punis, couverts d’opprobre et cloués au pilori. Pour cela une seule solution, les toucher là où ça fait mal, taper dans leurs poches, taxer, taxer, taxer !

La bonne idée qui réapparaît régulièrement à la une de nos journaux et dans les discours de nos politiques. Il suffit de taxer les transactions financières pour résoudre tous les problèmes du monde. La fameuse taxe Tobin, un système simple, indolore mais si efficace que tout le monde se demande comment et pourquoi cette taxe n’existe pas encore et surtout pourquoi elle a été abrogée dans tous les pays qui l’avaient mise en œuvre.

Rappel des épisodes précédents : le système de la taxe dite « Tobin » est simple. Il s’agit de taxer très légèrement (0,1 à 0,01%) de l’ensemble des transactions financières. Les volumes étant « considérables », même un pourcentage symbolique permettrait aux états de récolter une manne fiscale doublement bienvenue en ces temps de crise. D’une part cette nouvelle taxe viendrait au secours des budgets structurellement déficitaires et d’autre part, elle prélèverait sa dîme sur ces fameux spéculateurs accusés de tous les maux. De quoi réjouir le peuple.

Mais de peuple à populisme il n’y a qu’un pas surtout quand la proposition de taxe est intrinsèquement dangereuse.

En effet, au-delà des difficultés de mise en œuvre d’un tel dispositif fiscal, il est admis et démontré que son déploiement limité à un seul pays serait, pour les marchés financiers et donc l’économie de ce dernier, l’équivalent d’une injection létale.

La Commission Européenne, dans sa grande sagacité, l’inscrivait d’ailleurs encore récemment (septembre 2011) dans sa proposition de directive « établissant un système commun de taxe sur les transactions financières et modifiant la directive 2008/7/CE » (1) :

« Étant donné l’extrême mobilité de la plupart des transactions potentiellement visées, il importe d’éviter les distorsions découlant de l’adoption de mesures unilatérales par les États membres. En effet, seule une action au niveau de l’Union européenne permet d’éviter la fragmentation des marchés financiers entre activités et États membres et d’assurer l’égalité de traitement des établissements financiers de l’UE et, partant, le bon fonctionnement du marché intérieur. »

La Commission poursuit et conclut : « L’introduction, au niveau national, d’une TTF (Taxe sur les Transactions Financières) reposant sur une large assiette […] sans effets importants en matière de délocalisation s’est révélée pratiquement impossible (voir exemple de la Suède). »

La Suède en effet, avait mis en place en 1984 une taxe de 0,5 % sur les transactions financières. Malgré le doublement de ce taux deux ans plus tard, les recettes rapportées par ce prélèvement furent plus que décevantes. Au lieu des 1.500 millions de Couronnes annuelles prévues, la taxe ne rapporta réellement que 80 millions et surtout provoqua l’effondrement du volume des transactions à la bourse de Stockholm. CQFD !

Donc, malgré la force de l’expérience, les avis contraires et l’évidence, la France serait la seule au monde à mettre en œuvre une taxe sur les transactions financières. De deux choses l’une, soit nous sommes assez fous pour nous perdre dans cette galère soit nos dirigeants actuels souhaitent flatter le sentiment anti-financier des Français. Il est vrai que selon le dernier sondage de l’Ifop pour Dimanche Ouest France, « trois personnes interrogées sur quatre se déclarent favorables à la création d’une telle taxe sur les transactions financières (75%) ».

Il faut noter que selon la même étude, 54% des Français « posent comme condition sine qua non une mise en place simultanée en France et dans d’autres pays. » Seuls 21% des personnes interrogées sont favorables à la taxe même si elle n’était mise en place qu’au niveau national. 21% dont l’équipe gouvernementale ?

Gageons que cette proposition de taxe ne passera pas les 100 prochains jours et ne résistera pas à la fin de la période électorale.

Pendant ce temps-là, le ministre britannique des finances et le patron de la Hongkong Monetary Authority (HKMA) signait un accord-cadre pour créer, dans la City, une zone off-shore de négoce du yuan.

(1) Proposition COM(2011) 594 final du 28 septembre 2011, disponible sur le site de la Commissions Européenne :
Voir la proposition :
ec.europa.eu/taxation_customs/resources/documents/taxation/other_taxes/financial_sector/com(2011)594_fr.pdf.pdf

Pierre-Antoine DUSOULIER, Président de Saxo Banque
www.saxobanque.fr

Vendredi 27 Janvier 2012
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