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Notre guerre est la neutralité !


La Nouvelle Orleans hier, le sud de la France aujourd’hui, les zones subtropicales de plus en plus, on ne compte plus les régions qui ont subi des catastrophes naturelles plus ou moins en lien avec le réchauffement climatique. Il nous faut apprendre à vivre avec ce risque climat, ce que d’aucuns appellent des stratégies d’adaptation. Ce n’est pas réjouissant, ni satisfaisant, même pour les assureurs qui vont se trouver en première ligne et qui devront inventer des péréquations à la hauteur des dommages possibles.



Patrick d’Humières
Patrick d’Humières
Mais le mot clé en matière de climat ne doit il pas rester celui de la prévention, même si les modèles appliquées aux négociations en cours indiquent que la hausse de température avoisine déjà plutôt les 3, voire 4°degrés supplémentaires dans deux générations, si on se contente de faire ce que les Etats promettent pour la Conférence de Paris. En économie, la traduction du mot prévention est simple : c’est objectif de neutralité d’émissions de Co2 à terme . L’europe s’engage à être « neutre carbone » à l’horizon 2100. Récemment 36 grandes entreprises internationales se sont engagées à atteindre 100% d’énergie renouvelable (initiative RE100, qui ne compte pas encore de firmes françaises…). Une coalition d’investisseurs institutionnels, au côté d’initiatives puissantes pousse désormais ce concept de neutralité. Il interpelle les secteurs qui peuvent réduire leurs émissions à le faire dans un cadre programmé, de long terme, avec une trajectoire de travail précise, communiquée et suivie. Le luxe, mais aussi l’agro-alimentaire ou le textile ont peu de raisons d’être émetteurs à terme. Leurs efforts, avec ou sans compensation résiduelle, sont capables de produire des biens neutres, même si l’effet volume n’est pas considérable. La somme des démarches d’engagement vers la neutralité carbone qui commencera par les moins pollueurs et qui inclura progressivement les secteurs les plus innovants, comme le bâtiment, la construction et les services, en passant par les data centers capables de récupérer leur énergie, est le première ligne d’attaque gagnante dans la bataille pour le climat.

Si on embarque dans cette trajectoire tous « les neutres volontaires » , pour 2030, resteront les gros émetteurs qui sont confrontés à des enjeux de mutation, technologiques et d’usage, pour partie, comme l’industrie lourde et les transports et d’autres qui sont plus fondamentalement liés au carbone via leur process, comme la chimie, le ciment, l’acier etc.. Ces derniers acteurs ne peuvent être traités comme des émetteurs parmi d’autres, ne serait-ce que parce que leur utilité économique et sociale est fondamentale, via leur contribution à l’emploi et l’utilité des produits. Il faut donc les embarquer dans des négociations et des accords de progrès qui ne permettront pas d’être neutres en absolu, mais relativement, au regard des meilleures pratiques possibles ; il s’agira pour commencer d’être « neutres en gaspillages » et émissions évitables…De fait, la différenciation ne vaut pas que pour les pays ; elle concerne aussi les secteurs et elle permet de négocier des dynamiques avec les bons élèves. Mais c’est parce que les acteurs qui le doivent seront neutres, qu’on pourra s’accorder des marges d’émission pour favoriser la compatibilité entre nos objectifs industriels et nos objectifs environnementaux. C’est l’intérêt des propositions présentées cette semaine par ArcelorMittal sur le sujet ; ceci ouvre une perspective de traiter ces défis lourds à travers des accords de progrès et non par des mesures simplistes que le monde ne peut pas s’offrir et qui ne feront que retarder la guerre à faire contre les émissions inutiles. Non pas qu’il y ait des « émissions de CO2 utiles », mais il y a des priorités à faire et des batailles à ordonner dans la guerre pour sauver la planète du réchauffement qui s’emballe… Le contrat est là encore la méthode gagnante.

Patrick d’Humières
www.institutrse.com

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Mardi 13 Octobre 2015
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