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Les gouvernements sont-ils suffisamment transparents sur leurs finances ? Une comparaison des sites internet du premier ministre grec et français


Alors que l’on vient subrepticement de retirer aux Grecs la perspective d’un référendum, et l’on voit bien les difficultés de l’opinion publique à comprendre ce qu’il en est de la situation exacte des finances publiques, qu’en est-il exactement de la communication financière de nos gouvernements ? Pour tenter de répondre à cette question, nous choisissons de consulter deux sites internet, emblématiques en cette période. Prenons tout d’abord celui du premier ministre grec, Papandreou, puis comparons-le à un pays scoré AAA, que nous connaissons bien, la France, mis sous surveillance désormais par l’agence Moody’s.



Stéphane Trébucq
Stéphane Trébucq
Première surprise, le site du premier ministre Papandreou est d’un minimalisme relativement étonnant [http://www.primeminister.gov.gr/english/]. Est-ce là déjà la démonstration du manque de moyens dédiés aux questions de communication ? Le site grec est en effet composé principalement de textes, d’une liste de nouvelles, d’un bref curriculum vitae du premier ministre, d’un renvoi vers les sites des différents ministères, et des nouvelles les plus récentes. On est donc très loin d’une information synthétique, résumant l’état de la situation des finances du pays. On est aussi bien loin d’un exercice d’explicitation de la stratégie poursuivie, comme pouvait le montrer en avril 2009 Patrick Jaulent, avec un essai de carte stratégique pour nos gouvernements [http://www.cfo-news.com/Imaginez-Paris-capitale-mondiale-du-developpement-durable_a9794.html]. Finalement, le site internet grec véhicule, malgré lui, une vision tout à fait archaïque de la communication et de la démocratie. La politique conduite par le premier ministre grec serait une affaire principalement de discours, et de leadership focalisé sur sa personne. Une belle série de photos de sa personne, postée sur Flickr, site de partage de photos, le montre d’ailleurs en représentation officielle, et d’ailleurs jamais à son bureau en train de travailler.

Qu’en est-il en France ? La communication apparaît beaucoup plus claire [http://www.gouvernement.fr/]. La citation en première de François Fillon nous indique que « le seul programme qui vaille en 2012 c’est le retour à l’équilibre des finances publiques ». Le site est sans commune mesure plus détaillé et fouillé. On y trouve un rappel des principales politiques publiques, classées par domaines, les thèmes d’actualité, avec notamment la priorité d’une réduction du déficit public. Très rapidement, c’est le thème de l’équité pour les mesures fiscales qui est mis en avant. Cependant, nous retrouvons dans le cas français les mêmes caractéristiques de fond. Où sont les principaux indicateurs révélateurs de notre situation ? Où sont nos objectifs prioritaires ? La France n’a toujours pas, en ce début de XXIème siècle, un tableau de bord synthétique clair. Il est donc impossible de comprendre rapidement dans cet agenda politique où sont les priorités et les évolutions majeures. Si l’on creuse un peu plus dans le cas de la France, on est donc renvoyé aux sites spécialisés des ministères pour comprendre ce qu’il en est de la situation par exemple financière. Le ministère du budget propose dans ses grands dossiers une rubrique intitulée « réduction des déficits publics ». On y retrouve les données principales sur la part de l’endettement rapporté au déficit public, mais l’information semble bien pauvre. Il faut atteindre un troisième niveau d’information, en accédant aux rapports d’experts. Tel est le cas par exemple du rapport Camdessus, ex-directeur général du FMI. Entre le rapport d’expert et l’information grand public, il n’y a pas d’intermédiaire, ni de vision globale et synthétique.

A l’heure d’internet, il est un peu étonnant que les citoyens n’aient pas des possibilités plus avancées de comprendre les enjeux financiers d’un Etat. Il existe certains essais, avec notamment des cyber-jeux [http://www.cyber-budget.fr/], mais ceux-ci ne sont pas encore calés que les enjeux réels et adaptés aux décisions actuelles : augmentation de la TVA, diverses simulations avec des taux de croissance divers. D’une manière plus subtile, on aimerait comprendre les effets pervers de certaines réductions de dépense. Quel sera l’impact et à quel horizon d’une baisse des dépenses consacrées à l’enseignement ou à la recherche ? Quelles sont les mesures de stimulation de la consommation ? On aimerait donc qu’un gouvernement soit capable d’offrir une véritable interface, compréhensible, des différentes options qui s’offrent à lui. On aimerait aussi pouvoir engager un véritable dialogue avec les fonctionnaires en charge de ces questions. On aimerait enfin que les universitaires spécialisés sur ces questions, les économistes notamment, soient mandatés par nos gouvernants pour expliquer l’économie au grand public, et développent des interfaces pédagogiques dignes de ce nom, avec les données réelles. Le citoyen n’est-il pas en droit d’attendre finalement l’accès à un véritable simulateur de l’économie ?

On le voit, même si dans la forme les communications grecque et française sont très différentes, sur le fond, elles convergent avec un sens très net de l’opacité pour le grand public. Il ne faudrait guère s’étonner que les peuples ne comprennent pas les efforts financiers qu’on leur demande. Il va donc bien falloir progresser sur ces aspects. Le style de communication où certains indicateurs sont délivrés à la va-vite dans un débat télévisé n’est-il pas révolu ? Nos gouvernants ne peuvent-ils nous fournir des données comparatives sur l’endettement ? Ne peuvent-ils nous expliquer combien cette dette représente par habitant ou par foyer fiscal, et combien de temps il nous faudra pour la rembourser ? Plus concrètement, on aimerait disposer d’un véritable tableau de bord. Quelle prise de conscience des citoyens de la situation critique des finances publiques ? Quelle efficacité des réductions budgétaires ?

Assez curieusement, il faut arriver en France à un site intitulé « performance publique budget » pour commencer à trouver quelques réponses un peu plus concrètes [http://www.performance-publique.budget.gouv.fr]. On y voit notamment la très grande difficulté à réduire la part de notre endettement de manière massive, puisqu’à l’horizon 2014 le pourcentage serait encore de 85,3% du PIB. Les hypothèses sur la part du remboursement de la dette dans le budget ne sont pas précisées.

Les gouvernements sont-ils suffisamment transparents sur leurs finances ? Une comparaison des sites internet du premier ministre grec et français
Source : http://www.performance-publique.budget.gouv.fr

On trouve sur le même site le graphique ci-après correspondant au pourcentage de déficit public prévisionnel.

Les gouvernements sont-ils suffisamment transparents sur leurs finances ? Une comparaison des sites internet du premier ministre grec et français
Source : http://www.performance-publique.budget.gouv.fr

On peut légitimement s’interroger sur le sérieux de telles prévisions, en quasi-ligne droite, qui semblent plus relever de la volonté incantatoire que d’une réelle prévision intégrant les aléas économiques.
Finalement, sur ce même site, nous trouvons un «tableau de bord des finances publiques ». Celui-ci n’est malheureusement pas à la hauteur de ce qui pourrait être espéré. On y voit aucune notion de performance avec une comparaison entre les résultats obtenus et les cibles à atteindre, et des voyants de couleur permettant de signifier certains seuils d’alerte.

Extrait du tableau de bord des finances publiques > Focus budget de l'Etat

Les gouvernements sont-ils suffisamment transparents sur leurs finances ? Une comparaison des sites internet du premier ministre grec et français
Source : Source : http://www.performance-publique.budget.gouv.fr

Dans l’ensemble de ces communications institutionnelles, on ne comprend finalement pas comment l’argent est dépensé et avec quelle efficacité. Cette communication est donc peu crédible. On ne s’étonnera pas dès lors que des mouvements comme celui des « indignés » prennent de plus en plus d’importance. Si les gouvernements n’arrivent pas à justifier clairement le fonctionnement de leurs finances publiques, comment les citoyens pourraient-ils les suivre ?

Stéphane Trébucq
Maître de conférences à l'Université Montesquieu Bordeaux 4
IAE de Bordeaux
stephane.trebucq@u-bordeaux4.fr

Mardi 8 Novembre 2011
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