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Les « Terres Rares » : un enjeu stratégique dans la compétitivité internationale


Laissant de côté les sujets habituels récurrents, tels que la sortie de la Grèce de la zone euro, le redémarrage de la croissance dans les pays développés ou l’inaptitude de la France à se réformer en profondeur, nous avons choisi de consacrer cet édito à un sujet peu abordé par les médias, parce que très technique : la bataille pour le contrôle des « terres rares ».



Bernard Marois
Bernard Marois
Celles-ci concernent 17 métaux (dont 15 « lanthanides »), à savoir : le cérium, l’erbium, l’europium, le dysprosium, le gadolinium, l’holmium, le lanthane, le lutécium, le néodyme, le praséodyme, le prométhium, le scandium, le samarium, le terbium, le thulium, l’ytterbium et l’yttrium. Ces noms barbares cachent en fait des éléments chimiques essentiels au fonctionnement de certaines industries porteuses d’avenir. Ainsi, le gadolinium est utilisé dans les équipements médicaux (IRM) ; le néodyme se retrouve sous la forme d’aimants géants dans les éoliennes ; l’yprium sert à la fabrication des batteries (industrie automobile) ; le dysprosium permet de protéger les réacteurs nucléaires et le terbium intervient dans le domaine de l’éclairage (ampoules « LED »).

Un problème fondamental provient du fait que l’extraction de ces métaux est concentrée sur un nombre très limité de pays : Chine, Brésil, Etats-Unis, Inde, Australie(1), Malaisie, Russie, Vietnam. En particulier, la Chine a produit environ 80 % des terres rares en 2013, soit 100 000 tonnes, loin devant les Etats-Unis (20 000 tonnes), l’Inde (2 900 tonnes) et la Russie (2 400 tonnes). En outre, de nouveaux producteurs sont apparus(2) récemment dont la Corée du Nord (importantes réserves à Jongju).

Cependant, c’est le quasi-monopole exercé par la Chine qui inquiète l’Occident. C’est, en effet, dans ce pays qu’a débuté l’exploitation des terres rares (découverte de gisements importants à Bayan Obo, en Mongolie en 1927). La production chinoise s’est fortement développée après 1978, grâce à des prix de vente très bas. Dans un deuxième temps, les Chinois ont commencé à se doter d’industries de transformation des terres rares, puis, plus récemment, ont imposé des quotas à l’exportation (30 000 tonnes, soit 30 % de la production « officielle »(3)), ce qui leur permet de mieux contrôler le marché mondial. Par ailleurs, leurs réserves s’élèveraient à plus de 45 % des réserves mondiales.

Face à ce risque de pénurie qui pourrait être provoquée par la politique restrictive de la Chine, les Etats industrialisés se sont organisés et ont porté plainte auprès de l’O.M.C. (l’Organisation Mondiale du Commerce), en 2012. Celle-ci leur a donné raison (mars 2014) : la Chine s’engage à abroger les quotas d’exportation, qui seraient remplacés par des taxes sur la production.

Certains envisagent, par ailleurs, de créer une Bourse des Terres Rares, située probablement en Chine. Pourraient transiter par cette Bourse, une partie des 12 000 tonnes importées par l’Europe. Quant aux Américains, ils sont évidemment très attentifs à l’évolution de la situation, d’autant plus que le principal producteur actuel est leur concurrent chinois. Jusqu’en 1980, les Etats-Unis étaient autosuffisants, grâce au gisement de Mountain Pass (Colorado). Celui-ci fut fermé en 2002, pour rentabilité insuffisante. Mais compte-tenu de l’importance des « terres rares » pour plusieurs secteurs industriels, il a été ré-ouvert récemment, contribuant à augmenter l’offre mondiale d’une façon substantielle. De ce fait, l’indice Bloomberg des producteurs de « terres rares » a chuté considérablement, passant d’un plus haut de 354 points (14 avril 2011)(4) à un plus bas de 14 points, fin 2014 ! On voit donc le fort caractère spéculatif des prix de ces métaux !

En ce qui concerne l’industrie des « terres rares » elle-même, elle est évaluée à environ 4 milliards au niveau mondial. Les principales compagnies minières (China Minmetals, Lynas ou Molycorp(5)) ont toutes des projets d’investissement majeurs, y compris en Corée du Nord. On cite un chiffre global de 12 milliards sur les 5 prochaines années (cf. l’Atlas mondial des matières premières).

Enfin, on notera qu’existent d’autres métaux considérés comme « critiques » (c’est-à-dire stratégiques), parfois assimilés aux « terres rares », tels que le béryllium, l’antimoine, le cobalt, le magnésium, l’indium (utilisé dans l’informatique) ou le gallium (énergie solaire). Tous ces éléments chimiques feront certainement l’objet dans l’avenir de luttes exacerbées pour leur possession.


Bernard MAROIS
Professeur Emérite à HEC PARIS
Président d’Honneur du Club Finance HEC



(1) Gisement de Mount Weld.
(2) Mentionnons également le Groenland (gisement de Kvanefield).
(3) Il faudrait rajouter à cette production officielle de plus de 100 000 tonnes, les exploitations « illégales » évaluées à environ 40 000 tonnes, que les autorités chinoises s’efforcent de fermer.
(4) Après un point bas de 82 points, en octobre 2010.
(5) China Minmetals un des trois géants chinois dans ce domaine. Lynas exploite la mine de Mount Weld (Australie) et Molycorp celle de Mountain Pass (Etats-Unis).

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Mercredi 8 Avril 2015
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1.Posté par Lemaire Fabrice le 17/06/2015 10:36 | Alerter
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Oui effectivement le marché des Terres Rares est devenu une alternative très rentable à divers placement boursiers. L'effet de levier y est très important, car les Terres Rares sont devenues indispensables à plusieurs secteurs tels que celui de l'automobile ou des technologies.

De mon côté j'ai effectué une demande de quotation auprès de la société Global Metal Broker, société de de courtage traditionnelle en métaux précieux, métaux stratégiques et Terres Rares, pour un premier investissement.

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