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Le piège de la rigueur


Les “dévaluations intérieures” opérées dans certains pays – ou en train d’être adoptées parmi d’autres – ne constituent en rien la panacée et ne sont vraiment pas la bonne approche pour sortir du marasme dans de bonnes conditions. Les Etats ne sont en effet pas seuls à plier sous le poids des endettements car le secteur privé subit lui aussi un violent « deleveraging », c’est-à-dire une récession principalement induite par ses propres budgets déficitaires. Et, dans un tel contexte de nivellement par le bas, les dévaluations intérieures sont d’autant moins opérantes que plusieurs pays les pratiquent en même temps… et que les maux dont ils souffrent se caractérisent tous par des plaies béantes au niveau de leurs budgets respectifs comme de ceux de leur secteur privé.



Michel Santi
Michel Santi
En effet, ce dernier – et dans la quasi-totalité de l’Occident – a contracté des dettes qui, ramenées à ses revenus, dépassent largement les ratios des comptes publics des pays fragilisés, sachant que les perspectives chez les ménages ne sont guère plus engageantes. Impossible en effet pour les privés d’entrevoir le bout du tunnel quand leurs multiples crédits sont adossés à des bourses très volatiles, à un marché immobilier toujours très déprimé (comme aux Etats-Unis) ou stagnants (comme en Europe) tout comme il est impensable pour ces ménages d’améliorer leurs pouvoir d’achat par davantage de crédits dans une conjoncture pour le moins défavorable au système bancaire.

Comme ces consolidations fiscales effectuées sous la contrainte entraînent une contraction naturelle de l’économie, de plus en plus de pays optent donc pour les inutiles dévaluations intérieures consistant en des stratégies – voire en des manigances – pour optimiser leurs exportations dont le seul résultat est et sera de raviver les tensions tout en exacerbant les tentations protectionnistes. A l’ère de la globalisation, il est effectivement matériellement impossible à toutes ces nations de pouvoir générer en même temps des excédents de leur balance des paiements ! En outre, celles des nations suffisamment compétitives ayant la chance de dégager des surplus ne mettent en place aucun mécanisme pour réinjecter ces liquidités dans des investissements productifs au sein même des nations déficitaires et ce dans le but de leur permettre de remplir leurs engagements et de leur éviter le défaut de paiement.

Cette boule de neige du deleveraging finira immanquablement par une implosion souveraine car il n’est pas réaliste d’espérer que tous les intervenants (privés et publics) remboursent leurs dettes en même temps sans réduction substantielle des P.I.B., sans nettes diminutions des revenus et, à la clé, une capacité notablement amoindrie de remboursements ne serait-ce que des intérêts des dettes… Les Etats les plus fragilisés – après leurs entreprises et ménages – feront ainsi banqueroute et le risque systémique – autrement dit la contagion quasi généralisée – sera alors inévitablement à l’ordre du jour. Dans un tel contexte globalement déprimé, il n’est donc absolument pas conseillé de remédier aux déficits par de l’austérité et par une pression généralisée exercée sur les débiteurs (privés et publics) sommés de rembourser leurs ardoises.

Seule une augmentation des revenus des ménages est en effet susceptible de les soulager du poids de leurs dettes tout en les motivant à la consommation et à une relance de la croissance. Une baisse des revenus privés ne fera qu’aggraver le chômage et ce contrairement aux prévisions de nombre d’économistes et de technocrates au pouvoir : il en résultera ainsi une dégradation irrémédiable des problématiques liées à l’endettement et une grave récession marquée par une déflation par la dette. Le retour à la prospérité se paiera donc très cher et exigera un volontarisme de tous les instants. Contrairement aux recettes rigoristes qui règnent aujourd’hui en maîtresses absolues, la seule issue – dans un contexte où, comme en 1930, tous les intervenants semblent obsédés à rembourser leurs dettes – reste la progressivité des revenus qui aura tout à la fois un impact concret et moral indéniables. A moins de privilégier l’autre voie consistant à subir une déprime tout aussi sévère que prolongée de plusieurs années permettant la purge des déficits.

Laissons à Keynes le mot de la fin, lui qui disait au chapitre 19 de sa « Théorie Générale » : «Nous ne connaissons que trop les arguments déflationnistes. Nous savons pourquoi des réductions salariales ne permettront pas le retour de l’emploi ».

Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com

Mercredi 19 Octobre 2011
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