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Le Grexit n'est pas le problème, mais la solution !


Cela commence vraiment à devenir grotesque : après avoir joué au poker menteur avec l'ensemble de la communauté internationale depuis son élection, Alexis Tsipras s'est lancé dans un dérapage incontrôlé et suicidaire. En effet, courbant une nouvelle fois l'échine, les Etats eurolandais étaient prêts à accorder à la Grèce une nouvelle aide de 15,5 milliards d'euros, en lui donnant un nouveau délai de six mois pour mettre en place quelques réformettes, du type « améliorer la collecte des impôts » qui fait toujours défaut dans le pays d'Aristote.



Marc Touati
Marc Touati
Face à ce nouveau cadeau (qui fait suite aux 350 milliards d'euros déjà consentis à la Grèce depuis 2010), tout dirigeant normalement constitué aurait dû l'accepter. Et ce en particulier au début de la saison touristique, qui assure structurellement une grande partie de l'activité et des recettes financières de la Grèce, qui en a tant besoin. D'autant que depuis la fin 2014 et la quasi-certitude de l'arrivée au pouvoir de Syriza, l'économie hellène est retombée en récession. Non seulement il n'y a pas eu d'effet Tsipras, mais, au surplus, ce dernier a aggravé la situation de la Grèce alors que cette dernière commençait à sortir la tête de l'eau courant 2014.

En dépit de ces échecs récurrents et cuisants, le soi-disant « sauveur » (selon les termes de certains politiciens et observateurs français !) Tsipras et toute son équipe de joueurs de poker ont donc décidé de dire « Non ! ». Et pour bien narguer les Etats européens, ils ont même choisi d'engager un référendum sur l'acceptation de l'aide internationale en appelant à voter « Non ! ». Toute une série de rebondissements ont ensuite émaillé les jours qui ont suivi, alternant les phases d'apaisement et de « miroir aux alouettes » pour les dirigeants eurolandais (qui, en particulier en France, s'obstinent à vouloir croire au « père Noël ») et les périodes de durcissement de discours, avec, en passant, le non-paiement d'une échéance au FMI, consacrant une première historique : le défaut d'un pays dit développé.

Devant autant de dérapages, d'amateurisme et d'irresponsabilité, il n'y a donc plus que deux solutions : soit la Grèce dit « Oui » au référendum, entraînant de facto la démission de Tsipras, puis de nouvelles élections et, espérons-le, une issue définitive à la crise grecque. Soit le « Non » l'emporte et la Grèce se mettra au ban des Nations et devra quitter la zone euro. Il faut effectivement avoir le courage d'aller jusqu'au bout de ses actes. Si les Grecs refusent les règles de l'Union Economique et Monétaire, ils ne peuvent plus y rester. Il en va de la crédibilité de la zone euro et aussi de sa viabilité pour les mois et les années à venir.

Il est clair que si l'extrême-gauche reste au pouvoir en Grèce en refusant d'engager une modernisation économique réelle (par exemple en matière de collecte d'impôts, de cadastre, de marché du travail, de transparence financière…) et que les Eurolandais acceptent encore de lui faire de nouveaux cadeaux, ces derniers ouvriront la porte à d'autres Syriza à travers la zone euro, qui finira donc par exploser assez rapidement. Cette fin inévitable pourrait d'ailleurs se mettre en place dès les élections espagnoles de l'automne prochain si Podémos arrive au pouvoir. Car si la Grèce représente moins de 2 % du PIB eurolandais, l'Espagne avoisine les 9 %. Une crise grecque chez nos voisins ibères marquerait donc certainement un grave clash entre les dirigeants eurolandais et signifierait la fin imminente de la zone euro, avec tous les drames économiques, financiers et sociaux que cela produira.

Autrement dit, le Grexit (pour peu qu'il soit organisé et contrôlé, donc sans Syriza) constituera un mal pour un bien. Bien sûr pour pouvoir sauver la zone euro, mais aussi pour permettre à la Grèce de sortir enfin d'une crise qui n'en finit plus. Ne nous leurrons : dans l'histoire contemporaine et même plus ancienne, les pays qui ont fait défaut n'ont connu que deux issues. Soit le chaos, la guerre civile et/ou la féodalisation à d'autres pays notamment via la vente d'actifs, voire l'abandon de souveraineté. Soit la forte dévaluation, passage obligé pour retrouver le chemin de la croissance et de l'emploi. Bien entendu, la dévaluation se traduit également à court terme par une augmentation de l'inflation. Mais comme aujourd'hui la Grèce est en déflation, la remontée des prix restera limitée. De plus, les effets positifs de l'augmentation des exportations, de l'amélioration de l'activité nationale et du retour progressif des investisseurs grecs et internationaux seront largement supérieurs aux effets négatifs d'un léger accroissement de l'inflation. N'oublions jamais que tant qu'elle reste modérée, l'inflation n'est pas un fléau, elle permet au contraire de créer une dynamique d'investissement et de consommation, avec à la clé, l'emploi, la baisse du chômage et le recul des déficits publics.

Une fois que la Grèce aura retrouvé ses forces, elle pourra alors revenir dans une zone euro, qui aura d'ailleurs été renforcée par la crise grecque en ayant montré au monde que l'UEM est une entité crédible, avec des règles respectées par ses membres. C'est à ce prix que la zone euro pourra alors connaître son aboutissement, en l'occurrence la création d'une union politique, avec une harmonisation des conditions fiscales, un marché du travail unifié et un budget fédéral financé par des Eurobonds. Si nous y parvenons, la crise grecque ne sera plus qu'un mauvais souvenir, qui aura finalement servi à renforcer l'UEM.

Sinon, il faut malheureusement être clair : les dissensions entre pays membres s'aggraveront, y compris entre la France et l'Allemagne, dont l'unité a d'ailleurs été affaiblie par la crise grecque. Encore une des « réussites » de Syriza ! Or, sans un couple franco-allemand fort et soudé, la construction européenne bât de l'aile. Dans ce cadre, si les tensions s'exacerbent et si les divergences économiques, financières et politiques se creusent, la zone euro finira forcément par exploser. Une nouvelle fois, l'Europe redeviendra le théâtre d'affrontements, d'abord économiques, puis très vite géopolitiques. Dès ce dimanche, si la Grèce vote « Non », elle tombera mécaniquement en faillite et sera contrainte de trouver un « repreneur » extérieur à l'Union européenne. Peut-être ceux que Tsipras n'a cessé de rencontrer ces derniers temps, en l'occurrence Vladimir Poutine et la « mère Russie ». Avec ses derniers atermoiements, c'est d'ailleurs presque à se demander si tel n'est pas son but depuis le début…

Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


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Vendredi 3 Juillet 2015
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