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Jeudi 14 Octobre 2021

La trésorerie des PME n'a jamais été aussi élevée depuis 2017


Tribune rédigée par Thierry LEGRAND, Associé, Membre du Comité Exécutif du groupe Exponens, Expert-comptable et Commissaire aux comptes.



La trésorie des PME n'a jamais été aussi élevée depuis 2017
Source Baromètre trimestriel BPI

Comment expliquer ces résultats en période de crise ?

Pendant la crise sanitaire les entreprises ont bénéficié de plusieurs dispositifs mis à leur disposition pour faire face aux difficultés pouvant être engendrées par l’arrêt de l’économie sur la durée de la pandémie et notamment pendant les périodes de confinement.

Le premier étage des aides a été le Prêt Garanti par l’Etat pouvant porter jusqu’à 25 % du chiffre d’affaires des entreprises bénéficiaires. Son échéance de remboursement à 5 ans a été décalée d’une année, et aujourd’hui cette période de 5 ans peut comprendre un différé d’un an, puis un remboursement sur les 4 années suivantes.

Ce premier niveau a été complété par le prêt rebond dans certaines régions, apportant une trésorerie quasiment sans condition à hauteur de 50.000 €, sans intérêt et remboursable sur 5 ans après un différé de 2 ans.

Ces 2 possibilités de prêt ont été largement complété par des mesures d’aides directes au travers le fonds de solidarité, la prise en charge de mesure de chômage partiel et enfin par des aides et différés de paiements accordés par les Urssaf.

Quelles sont les opérations de financement réalisées ?

On constate donc que les aides accordées ont permis d’une part de procurer directement de la trésorerie aux entreprises et d’autres part de prendre en charge une partie des dépenses résiduelles des entreprises les plus touchées par la crise. Ces mesures ont permis pour la plupart des entreprises de passer cette période difficile. On le constate avec le taux de défaillance d’entreprises le plus bas jamais connu.

Maintenant que la situation économique se rétablit et que la croissance revient, les entreprises disposent d’une trésorerie significative. La BPI nous indique dans son Baromètre trimestriel sur la trésorerie des entreprises que celle-ci n’a jamais été aussi haute depuis sa mise en place.

Cette trésorerie est surtout à mettre en regard des engagements restant dus, les PGE, les prêts rebonds et les moratoires urssaf. En effet, seule une faible partie des entreprises a déjà remboursé son PGE. Si 60% des entreprises n’ont que faiblement utilisé ce dernier, 28 % déclarent l’avoir utilisé en totalité.

Si on se réfère à une quotité maximum de 25 % du chiffre d’affaires comme montant attribué, en utilisant le report maximum et en remboursant sur 4 ans cela fera des échéances annuelles de 6,25 % du chiffre d’affaires.

Si l’on ajoute à cela, pour certain jusqu’à une année de retard de paiement Urssaf, ces dernières ont accordé sans problème un étalement de ces échéances sur 2 ans.

On imagine donc la progression de chiffre ou de marge que vont devoir réaliser les entreprises pour arriver à rembourser les échéances à venir. Et on peut donc d’attendre à des défaillances d’entreprises les plus fragiles dans les mois à venir.

Comment se projeter sur l’avenir entrepreneurial en France ?

Si le moral des chefs d’entreprise apparait comme plutôt satisfaisant sur le niveau de leur trésorerie à ce jour, on peut donc néanmoins légitimement s’interroger sur cet optimisme par rapport aux années à venir. De nouveaux dispositifs de financement ont vu le jour les Prêts Participatifs Relance et les Obligations Relances, mais ils ne trouvent pas nécessairement leur public. Il leur est reproché une certaine lourdeur dans la mise en place et de continuer à grever les ratios d’endettement des sociétés.

Les entreprises n’ont pas de crise de liquidité à ce jour, mais il ne faut pas baisser la garde sur les investissements à mettre en place pour suivre la reprise et ne pas se faire dépasser. En effet comme le souligne le baromètre de la BPI, 58% des chefs d’entreprise souhaitent investir et non plus seulement dans la relance de leur activité, mais surtout dans la modernisation de leurs outils (modernisation/renouvellement des équipements, nouveaux produits).

La problématique est de savoir comment financer ces investissements. La trésorerie disponible sur le PGE pourrait permettre dans de nombreux cas de financer ces investissements, mais on peut se poser la question de la pertinence d’un financement court terme pour un investissement long terme. En effet, le PGE reste à rembourser sur un horizon de 4/5 ans, alors que le financement habituel d’investissements lourds s’effectue plutôt sur 7 à 10 ans.

Mais les entreprises peuvent se heurter à une lecture rapide de leur bilan avec un montant de dettes rapporté aux capitaux propres trop élevés par rapport à des ratios habituellement constatés.

Comme abordé précédemment la trésorerie des entreprises est au plus haut avant le début des remboursements, nécessairement des arbitrages seront à faire. L’organisation de la surveillance du niveau de sa trésorerie est donc indispensable pour le chef d’entreprise. Plus que jamais, les entreprises ont besoin de se faire accompagner sur la gestion prévisionnelle de leur trésorerie. Cette gestion doit prendre en compte les aspects investissements mais également la gestion de son Besoin en Fonds de Roulement. On oublie souvent que la principale cause des défaillances des entreprises est un retard d’encaissement de leurs créances. Ce n’est pas pour rien que le législateur a réglementé ces dernières années la notion de crédit client et raccourci les délais légaux pour l’application des pénalités et intérêts de retard. L’application stricte de ces directives n’est malheureusement pas très suivie…



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