Quotidien Corporate & Crypto Finance - Daily News


              



La strategie bancaire : entre équité et efficience


La strategie bancaire : entre équité et efficience par Pascal de Lima



RESUME

La monnaie est une forme de richesse génératrice de cohésion sociale. Dans ce cadre, l’étude de ses règles de fonctionnement permet de mettre en évidence le comportement mimétique qui caractérise le désir de richesse et la recherche de reconnaissance sociale des citoyens-clients. La
monnaie devient alors un bien public.

A hauteur du poids de l’intermédiation bancaire dans une économie, l’institution bancaire
contribue à l’allocation de la monnaie. Cependant, l’univers de la banque est caractérisé par un
paradoxe difficilement soluble : alors qu’elle permet via l’offre de moyens de paiement et de
financement, l’accès à la « monnaie bien public », elle est gérée de manière privée sous le couvert
de la recherche permanente de l’efficience via la prévention du risque de défaut.
Dans la mesure où cette recherche permanente de l’efficience est susceptible de générer de
l’exclusion bancaire dans l’accès au système de paiement, l’exclusion bancaire est donc le concept
central de l’analyse de l’équité.

Nous cherchons notamment à évaluer une tendance historique marquante de l’évolution du secteur
bancaire dans le système capitaliste avant la récente crise financière : celle de la substitution d’un
secteur bancaire régi par les règles de la mutualisation traditionnelle des risques vers un système
régi par les règles de la segmentation - sélection.

CONCLUSION DU LIVRE

L’objectif n’est pas ici de répondre précisément à la question de l’évolution politique du secteur bancaire, mais de jeter les premières pierres d’une évolution politico-structurelle qui semble se dérouler sous nos yeux. En effet, l’analogie est intéressante avec l’évolution du secteur bancaire des vingt dernières années. Comment ne pas penser en effet, que les organisations mutualistes contemporaines ne puissent être au moins aussi efficientes que les banques universelles ? Pourquoi le projet de nationalisation du secteur bancaire a-t-il-été mis au banc des accusés au cours des années 80 ?

Le projet de développement des activités de finance solidaire au sein des institutions bancaires
classiques, voire même, au sein des structures de marché du secteur bancaire moderne ne semble pas retenir toute l’attention qu’il mériterait, de la même façon que le projet des Sociétés de Crédit Mutuel au XIX ème siècle. Les raisons de ce manque d’intérêt, ou plutôt, les raisons d’une certaine inertie au changement, peuvent aussi, tout comme au XIX ème siècle, s’expliquer par des facteurs politiques : la défiance à l’égard des courants de l’économie sociale, l’émergence difficile des institutions de microfinance en Europe, bref, toutes ces raisons semblent pouvoir apporter un axe de réflexion tangible sur la nature politique des inégalités bancaires contemporaines, notamment le fait qu’elle puisse en effet s’appuyer sur des stratégies de prévention du risque de défaut qui semblent amorcer la société de la sélection. Dans ce cadre, c’est l’oligopolisation des structures de marché du secteur bancaire qui exclut, selon les caractéristiques intrinsèques des petites entreprises, celles qui n’ont que peu de crédibilité publique suffisante vis-à-vis des marchés financiers pour solliciter la confiance des banques universelles. Dans ce cadre, le financement de la moyenne et de la grande industrie demeure privilégié et compartimenté selon la solvabilité communément analysée des clients potentiels et effectifs. Enfin, nous disions que la segmentation de l’offre au XIX ème siècle ne prenait pas en compte le risque de défaut intrinsèque des demandeurs de crédit. Elle est aujourd’hui corrélée aux anticipations de risque de défaut du client, sous le couvert de la recherche permanente de l’efficience bancaire, et peut maintenant être qualifiée de processus de segmentation-sélection sans possibilité de retour en arrière, puisque ce processus suppose aussi la mise en oeuvre des technologies et systèmes d’information figés, qui consolident l’analyse mondialisée du risque de défaut. Les nouvelles technologies se généralisent à l’échelle mondiale.

Pourtant, malgré le développement de modèles internes et au terme d’une coopération entre les autorités de réglementation bancaire et l’ensemble des acteurs de la place, la technologie et ses principes dont ceux de la sécurité des paiements semblent contribuer à pérenniser une nouvelle forme de confiance. Nous tendons alors vers un système international de gestion des crises financières (l’exemple du risque de système). Pourtant ces crises de système apparaissent inévitables : « Quelles que soient les améliorations de la régulation prudentielle, l’éradication complète des crises financières est impossible : elles font partie du capitalisme, elles sont inhérentes à l’interaction du crédit et des prix des actifs qui entraînent l’accumulation du capital. D’ailleurs, elles scandent l’histoire du capitalisme. Dans la vague actuelle de libéralisation financière qui a un quart de siècle d’existence, les pays développés ont tous subi des crises. Certains en ont tiré des leçons pour construire un système national de gestion de crise et notamment de gestion curative du risque de système (préteur en dernier ressort) » Aglietta et Orléan.

Dans ce contexte, l’ensemble des méthodes de prévention du risque de défaut semble se renforcer. Les investissements en nouvelles technologies et en standards technologiques tendent à se généraliser au sein de la banque universelle. Pour se maintenir, les banques doivent se positionner sur les activités de gestion du risque de défaut et de gestion des grands clients. Les grands clients bénéficient alors de nouvelles formes de paiement stabilisatrices de la confiance que l’on obtient au travers des nouveaux canaux de distribution. Pour s’arracher ces clients, les banques doivent investir en nouvelles technologies et constituer de nouvelles « bases de données » ou enrichir les anciennes. Il s’agit alors du « Customer Relationship Management » (CRM). Le CRM devient un nouvel outil d’analyse du risque de défaut et d’aide à la fidélisation du client. Le client bénéficie de plus en plus d’une relation personnalisée mais se lie toujours davantage vers l’institution qui semble l’aliéner peu à peu.

Ce système accompagne la naissance de la société de la sélection : les moyens technologiques et de prime abord les modes de raisonnement remettent en cause les fondements de la « monnaie bien
public » et les principes d’une société démocratique qui tend alors vers un capitalisme totalitaire et qui
le piège de lui-même car la technologie pousse toujours vers plus de technologie et ne résout ni l’inefficience des modèles et des stratégies qu’elle tente de mettre en oeuvre, ni l’iniquité inhérente à
ses procédures d’allocation.

« Cette inquiétude » est d’autant plus grande que la technologie d’intégration appelle toujours plus de
technologies. A l’égalité face au stockage d’informations, succède l’inégalité de traitement, l’exclusion
progressive en aval et le renforcement des avantages pour les clients prioritaires. En effet, ces inégalités auraient tendance à se renforcer avec le temps, en partie à cause des moteurs technologiques utilisés pour analyser les comportements de la clientèle bancaire. Face aux coûts de ces moteurs technologiques, ils pourront de moins en moins être amortis sur certains canaux de distribution. Le dilemme « canal de distribution/coût du canal » devient le triplet sujet/objet/canal de distribution. Un dernier point à souligner mais qui reste corrélé à ce que nous venons de dire, est en fait la restauration d’une forme d’arbitraire ou de totalitarisme face au client en restreignant les choix possibles.

Pour accélérer le temps, et pour faire face aux asymétries informationnelles liées aux limites cognitives des individus, on implémente des systèmes d’information plus rapides que l’intelligence humaine et qui réduisent ainsi l’homme à la répétition d’une procédure argumentaire stéréotypée fondée sur l’interprétation objective des scores, des signaux et des limites. C’est une victoire historique du système d’information sur l’homme. Ce dernier semble le devancer le réduisant à l’interprétation ci-référencée.

Nous n’aurions pas évalué à un certain moment donné de l’histoire les états sociaux souhaitables ainsi que leurs conséquences d’un point de vue moral. Nous entrons donc involontairement dans l’Ere du capitalisme-système d’information ou capitalisme disciplinaire impulsé par le secteur bancaire : régime économique dans lequel le champ des possibles concernant les projets de vie des clients-citoyens dépend de leur capacité d’initiative dans la circulation des marchandises et de leur capacité à accepter une procédure argumentaire stéréotypée fondée sur l’interprétation objective des scores, limites ou signaux, procédure qui accompagne et oriente aussi la régulation du capitalisme.

Ce concept a été créé dans un contexte où la création de valeur et la rentabilité économique et financière sont subordonnées à l’implémentation d’un système d’information facteur d’accélération du
temps et d’homogénéisation de la disponibilité spatiale des scores, des limites et des signaux, mais
aussi des services clientèle s’y afférents qui permettent la satisfaction immédiate des désirs qui pourraient être exprimés, en théorie, au travers de l’indice de biens premiers et des attentes légitimes
au sens de Rawls. A l’Ere de la création de valeur succèderait donc l’Ere du « capitalisme-système d’information » impulsée par le secteur bancaire.

Cette forme d’arbitraire est rendue possible par une maîtrise du dialogue, de l’argumentation, et des systèmes d’information. Selon Enzo traverso « le totalitarisme appartient aux sociétés de masse moderne. Il est l’avatar pervers de l’âge démocratique, il ne peut s’affirmer qu’en détruisant la démocratie sur le plan juridique, il déploie un dispositif d’embrigadement et d’activation des masses
qui impliquent l’avènement d’un conformisme (mimétique) susceptible d’éclipser sans supprimer formellement la société des individus (licenciements massifs dans la banque de détail, crises de confiance localisées et défiances) », puis Leo Strauss d’ajouter que « la tyrannie d’aujourd’hui contrairement à la tyrannie classique dispose de la technologie et de la science. En voilà les attributs
qui lui permettront de se transformer en appareil de domination ». Á l’échelle mondiale, Aglietta et
Orléan précisent que « les forces mises en mouvement par les technologies contemporaines conduisent à une globalisation des processus économiques qui pénètre beaucoup plus les espaces nationaux qu’elle ne l’a fait par le passé », et « le code des signes est totalitaire. Il dissout toute les
contradictions, fait glisser indéfiniment le sens des objets et enchaîne les sujets à un mouvement qui
les dépasse… …derrière cette apparence lisse (de la monnaie) se cachent des forces considérables qui peuvent broyer les individus et les Nations ». Enfin, John Rawls précise que « même en insistant bien sur la priorité des libertés de base et de la juste égalité des chances, il n’y a pas de raison pour que cette reconnaissance soit définitive… … car il faut prendre en compte aussi les exigences de
l’organisation et de la technologie ». John Rawls, 1972.

Enfin ce système a une particularité qui se manifeste par le retour d’un modèle d’organisation scientifique du travail d’un nouveau genre : les technologies appellent toujours plus de technologies, avec l’ensemble des systèmes d’information intégrés, c’est un nouveau système qui supplante le précédent, mais à la différence d’autres époques, la période qui s’ouvre est à notre avis inéluctable, et
« de retour en arrière il risque de ne point y en avoir », car la recherche permanente de l’efficience par
la technologie est un processus en chaîne et enchaîné. L’équité renaissante passerait alors par une
meilleure compatibilité de la technologie avec les principes de la mutualisation traditionnelle des
risques, mais la technologie semble propulser une tendance inéluctable vers le processus de
segmentation-sélection toujours plus contraignant, et dont les impacts sur le risque de système
pourraient aussi aller en s’accroissant même si les probabilités d’occurrence des risques semblent
pouvoir être maîtrisées. En ce sens, il nous semble difficile de ne pas penser à l’idée d’une contribution des banques à cette organisation scientifique de la relation-client d’un nouveau genre, où le capitalisme généré se piègerait de lui-même puisque ce pour quoi il court (la reconnaissance sociale) est précisément ce pour quoi il échoue (le risque de système) et fait échouer les autres (l’exclusion bancaire).

http://www.amazon.fr/strat%C3%A9gie-bancaire-efficience-r%C3%A9gulation-sociale-d%C3%A9mocratie/dp/6131534837

Mardi 26 Octobre 2010
Notez


Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Free Daily Newsletter / Newsletter quotidienne gratuite


Cryptocurrencies




Finyear - Daily News