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La France plus dangereuse que la Grèce ?


Ce qui est tristement facile avec la crise grecque c'est que, comme nous l'écrivons depuis 2010, tous les ans, elle renaît de ses cendres, qui restent d'ailleurs incandescentes même lorsqu'on les cache sous le tapis.



Marc Touati
Marc Touati
Et pour cause : quel que soit son gouvernement, et a fortiori depuis l'arrivée de Tsipras en janvier 2015, la Grèce reste incapable de réformer réellement son économie, et notamment de collecter convenablement l'impôt. Encore plus grave, elle ne parvient pas à retrouver le chemin d'une croissance forte et durable, comme en témoigne la nouvelle baisse du PIB grec au quatrième trimestre 2016, après seulement deux petits trimestres de léger rebond. Ainsi, à la fin de l'année 2016, la richesse grecque réelle (c'est-à-dire hors inflation) accuse encore une baisse de 27 % par rapport à son niveau d'avant-crise, c'est-à-dire du deuxième trimestre 2007.

Cela signifie qu'en faisant l'hypothèse très optimiste que le PIB grec réalise une progression trimestrielle moyenne de 0,5 % à partir du premier trimestre 2017, il ne retrouvera son niveau d'avant-crise qu'à partir du troisième trimestre… 2032 !

Pour éviter d'attendre si longtemps, il n'y a qu'une seule solution : l'annulation de la dette grecque, qui s'accompagnera forcément d'une sortie de la zone euro, avec retour d'une drachme de combat, capable de redorer le blason des exportations et de relancer progressivement l'investissement et l'emploi.

Autrement dit, le Grexit (pour peu qu'il soit organisé et contrôlé, donc sans Syriza, de manière à permettre le retour des 200 milliards d'euros d'avoir grecs qui ont quitté la Grèce depuis 2010) constituerait un mal pour un bien. Ne nous leurrons pas, dans l'histoire contemporaine et même plus ancienne, ceux qui ont fait défaut n'ont connu que deux issues : soit le chaos, la guerre civile et/ou la féodalisation à d'autres pays, notamment via la vente d'actifs, voire l'abandon de souveraineté ; soit une forte dévaluation, passage obligé pour retrouver le chemin de la croissance et de l'emploi.

La Grèce ne pourra renouer avec une croissance significative et durable tant qu'elle ne bénéficiera pas d'une devise justement évaluée. Or, le niveau d'équilibre pour la Grèce est de 0,70 dollar pour un euro. Dans la mesure où les Allemands ne laisseront jamais l'euro tomber aussi bas, il est clair que la Grèce devra sortir de l'UEM pour retrouver une devise « normale ».

Bien entendu, la dévaluation se traduira à court terme par une augmentation de l'inflation. Mais la Grèce étant aujourd'hui en déflation, la remontée des prix restera limitée. De plus, les effets positifs de l'augmentation des exportations, de l'amélioration de l'activité nationale et du retour progressif des investisseurs grecs et internationaux, seront largement supérieurs aux effets négatifs d'un léger accroissement de l'inflation. N'oublions jamais qu'une inflation modérée permet de créer une dynamique d'investissement et de consommation, avec à la clé l'emploi, la baisse du chômage et le recul des déficits publics.

Une fois que la Grèce aura retrouvé ses forces, elle pourra alors revenir dans une zone euro renforcée, qui aura ainsi montré au monde que l'UEM est une entité crédible, avec des règles respectées par ses membres.

Mais, avant d'en arriver là, la zone euro devra passer une épreuve de taille : les élections présidentielles françaises. Car, bien plus dangereux que la situation chaotique de la Grèce, qui, rappelons-le, ne représente que 1,8 % du PIB de l'UEM, la France (21 % du PIB eurolandais) risque de tout casser dès 2017.

L'évolution des taux d'intérêt à dix ans de la dette française au cours des dernières semaines au gré des soubresauts de la politique politicienne hexagonale confirme d'ailleurs que les marchés financiers commencent à craindre le pire. En effet, plus la probabilité d'une victoire de Marine le Pen augmente, plus les taux longs se tendent. Et inversement.

Ainsi, lorsque la rumeur d'une candidature de François Bayrou s'est répandue, rendant par là même un second tour Hamon-Le Pen quasiment inévitable, le taux de l'OAT dix a atteint 1,13 %. Dès que celui-ci a annoncé son ralliement à Emmanuel Macron le 22 février, ce même taux s'est détendu à 1,01 %. Ah, si M. Bayrou, « l'ennemi de la finance », apprend que son ralliement à M. Macron a bénéficié aux marchés financiers, il risque d'attraper des boutons…

Toujours est-il que pour le moment, il n'y a certes pas péril en la demeure, dans la mesure où un très large consensus pense qu'au second tour des présidentiel, le fameux sursaut républicain aura forcément lieu. Cependant, les exemples du Brexit et de Donald Trump, qui, jusqu'à la veille du verdict des urnes, étaient donnés largement perdants, nous rappellent qu'il faut rester très prudents.

Le cas grec nous donne d'ailleurs une idée de ce qui pourrait se passer en cas de victoire du front national. En effet, lorsque la Grèce était proche de la sortie de la zone euro, le taux à dix ans des obligations de l'Etat grec est monté à quasiment 40 %. Quant au taux à deux ans, il a dépassé les 230 %.

Alors, bien sûr, la France n'est pas la Grèce. Elle dispose de plus d'actifs et d'une économie plus imposante. Pour autant, elle subira forcément de plein fouet la sanction des investisseurs, qui se traduira notamment par une très forte augmentation des taux des obligations d'Etat, et par là même des taux de crédit que doivent payer les ménages et les entreprises. Ce qui se traduira immanquablement par une récession et une envolée du chômage.

La question est simplement de savoir si plus de 50 % des Français penseront à une telle conséquence lorsqu'ils mettront leur bulletin de vote dans l'urne. Compte tenu de la très faible culture économique de nos concitoyens mais aussi de l'appauvrissement de la classe moyenne, on peut malheureusement en douter…

Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


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Lundi 27 Février 2017
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