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LIBOR : le retard à l'allumage de l'indignation - Delayed Indignation


The English version of this post can be found below.



Paul Jorion
Paul Jorion
Le paradoxe du « scandale du LIBOR » de 2008 – en plus de son goût de réchauffé en 2012 – c’est que, comme j’y faisais allusion à l’époque, et comme je l’ai rappelé il y a quelques jours, la fraude découlait pour une fois d’un bon sentiment : la « philia » aristotélicienne, la bonne volonté mise par chacun pour que l’activité commune puisse se poursuivre, en l’occurrence, l’existence-même du système financier.

La « surprise » de la journée d’hier a été que ce serait M. Paul Tucker, Vice-Gouverneur de la Banque d’Angleterre, qui aurait conseillé à Bob Diamond, P-DG démissionnaire hier de la Barclays, de mettre la pédale douce quand la banque transmettait le montant des taux que ses consœurs exigeaient d’elle pour lui prêter à diverses échéances.

Dans un mémorandum adressé par Diamond le 29 octobre 2008 à John Varley, P-DG de la Barclays à l’époque, il expliquait que Tucker l’avait appelé la veille pour lui demander pourquoi la banque mentionnait souvent des taux plus élevés que les autres banques dont l’avis contribue à déterminer le montant du LIBOR. Tucker expliquait que son appel était motivé par le fait qu’il recevait de nombreux coups de fil de membres du gouvernement. « M. Tucker a déclaré que le niveau dont proviennent les appels du gouvernement est « haut placé », rapportait Diamond, et que, bien qu’il soit certain que nous n’avons nul besoin d’être conseillés, il n’est pas toujours nécessaire que les taux mentionnés par nous soient aussi élevés que ceux transmis récemment ».

J’ai expliqué vendredi dans La manipulation du LIBOR pourquoi il était de l’intérêt des banques telles la Barclays, de l’intérêt de la Banque d’Angleterre, de l’intérêt des personnalités haut placées du gouvernement, de l’intérêt de la Grande-Bretagne et de l’intérêt des marchés financiers tout entiers, de mentir à la baisse à cette époque-là puisque chacun à sa manière courait à sa perte s’il en avait été autrement.

C’est le propre du retard à l’allumage de l’action pénale (l’amende de 359 millions d’euros infligée à la Barclays le 27 juin) et de l’indignation populaire, que le scandale, pourtant connu dès avril 2008 (voir mon billet : L’affaire du LIBOR), éclate sur le plan médiatique seulement quatre ans plus tard, emportant dans la bourrasque (certains diront « enfin ! »), dirigeants de banques commerciales, de Banque Centrale, et politiques de haut niveau, tous rassemblés par une inhabituelle « bouffée de philia », dont ils sont – quelle ironie ! – bien punis.

ENGLISH VERSION

LIBOR : DELAYED INDIGNATION

The paradox of the 2008 ‘LIBOR scandal’ – in addition to its familiar ring in 2012 – is that, as I alluded to at the time and as I recalled a few days ago, the fraud was well-intentioned for once: the ‘philia’ of Aristotle, the good will exercised by everyone so that a common activity can be pursued – in this case the very existence of the financial system.

Yesterday’s ‘surprise’ was that Paul Tucker, Vice-Governor of the Bank of England, was said to have advised Bob Diamond, who resigned yesterday from Barclays, to tone it down when the bank transmitted the amount of the rates that its peers were charging it over various terms.

In a memorandum addressed by Diamond on the 29th October 2008 to John Varley, Chief Executive of Barclays at the time, he explained that Tucker had called him the day before to ask him why the bank often gave higher rates than the other banks whose opinions contributed to determining the LIBOR rate. Tucker explained that his call was motivated by the fact that he was receiving numerous phone calls from members of the Government. Mr. Tucker reiterated that the calls he was receiving from the government were “senior”, according to Diamond, and that while he was certain that we did not need advice it did not always need to be the case that the rates appeared as high as we have recently”.

On Friday I explained in The Manipulation of the LIBOR why it was in the interest of banks like Barclays, in the interest of the Bank of England, in the interest of senior Government figures, in the interest of Great Britain and in the interest of financial markets as a whole, to fiddle the rates since at that time everyone in some form or another would have been heading to their downfall if they had behaved nay differently.

It is a particularity of the time required for criminal prosecution (the fine of 359 million Euros imposed on Barclays on the 27th June) and for popular indignation to be ignited, that the scandal – despite being known about in April 2008 (see my French article L’affaire du LIBOR) – only created a real buzz in the media four years later; sweeping before it (some might say “finally”), those in charge of commercial banks, central banks, and senior politicians, all of them sharing an uncustomary “surge of philia”, for which, irony of ironies, they were roundly punished.

(*) Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions.
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Jeudi 12 Juillet 2012
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