Corporate Finance News / Quotidien
              


Lundi 4 Octobre 2021

Interview | Transformation numérique des secteurs bancaire et financier


Entretien avec Vilve Vene - CEO and Co- Founder of Tuum ( ex Modularbank).



Pouvez-vous décrire Tuum en quelques phrases ? Pouvez-vous aussi me parler d’une actualité récente de l’entreprise ?

Tuum (ex Modularbank) permet aux banques - et aux autres entreprises souhaitant proposer des services bancaires - de déployer rapidement de nouveaux services et produits financiers centrés sur le client. Notre plateforme de core banking flexible et modulaire est orientée API et cloud-native. Elle permet aux banques de s'affranchir progressivement de leurs systèmes existants et d’accélérer leur transformation numérique, afin de pouvoir répondre à l'évolution des besoins des consommateurs. Elle leur permet également de tirer parti des nouvelles tendances du marché – telles que l’embedded finance – afin d'offrir leurs services directement sur le point de vente par le biais d'entreprises en contact avec la clientèle. Alors que le secteur continue d'évoluer et que l'écosystème bancaire s'élargit pour inclure un plus grand nombre d'acteurs et d'intermédiaires, Tuum a été construit dans le but d’être suffisamment flexible pour soutenir les besoins non seulement des banques, mais aussi des fintechs et de toute entreprise non financière cherchant à offrir des services et produits financiers à leur clientèle.

Récemment, nous avons annoncé la nomination de Julien Douve en tant que Head of Alliances and Partnerships dans le cadre de la stratégie d'expansion plus large de Tuum. Nous voulons ainsi renforcer notre base de clients au Royaume-Uni, dans les pays nordiques et en Europe continentale, ainsi qu’étendre l’activité commerciale à sur de nouveaux marchés tels que l'Amérique Latine. Grâce à ce recrutement, nous pourrons nous concentrer sur la recherche des bons partenaires en qui nous pouvons avoir confiance pour travailler de manière autonome et contribuer à la création d'un écosystème mondial.

Vous êtes une entreprise estonienne - le pays est connu pour être très avancé sur le plan technologique et pour être un modèle pour le reste de l'Europe. Quel est votre point de vue sur l'adoption des technologies en Europe ? Pensez-vous que nous allons dans la bonne direction ou sommes-nous encore un peu en retard ?

L'Estonie est devenue une société numérique de premier plan, non seulement par la mise en œuvre de nouvelles technologies, mais aussi par l'adoption d'un état d'esprit novateur et avant-gardiste. Lorsque nous avons obtenu notre indépendance en 1991, l'Estonie était une nation modeste aux ressources financières limitées. Elle ne disposait d'aucune plateforme technologique sur laquelle s'appuyer, et les systèmes informatiques ont donc dû être créés de toutes pièces. Les employés de toutes les organisations ont travaillé ensemble pour réussir.

L'Europe va incontestablement dans la bonne direction lorsqu'il s'agit d'adopter les nouvelles technologies, mais la technologie n'est qu'un simple outil. Pour provoquer le changement, les décideurs et les experts informatiques doivent collaborer étroitement et être prêts à faire les choses différemment. Un programme de transformation numérique ne représente en réalité que 20 % de changement technologique et 80 % de changement de culture et de méthodes de travail. C'est un défi pour de nombreux opérateurs historiques européens et autres acteurs établis du secteur qui ont longtemps fonctionné d'une certaine manière. De nombreuses entreprises de services financiers n'ont pas réussi à se transformer numériquement – non pas en raison de leur choix de nouvelles technologies, mais parce qu'elles ont sous-estimé l'importance de rallier l'ensemble de l'entreprise à la transformation numérique. En outre, le changement n'a souvent pas été impulsé par la direction de l'entreprise, mais considéré comme un ajout à gérer par le département informatique.

En tant que fintech, pensez-vous que Tuum est en concurrence avec les banques et les prestataires de services bancaires plus " traditionnels " ? Ou, au contraire, travaillez-vous avec eux ? Comment opérez-vous dans ce secteur déjà très actif ?

Tuum n'est pas une banque, et nous n'avons pas l'intention de le devenir. Nous sommes un pur fournisseur de technologie et ne possédons pas nous-mêmes de licence bancaire. Notre plateforme permet aux entreprises de transformer numériquement leur activité et de mettre rapidement sur le marché des produits et services bancaires qui répondent aux attentes des consommateurs du 21e siècle. Par conséquent, nous ne sommes pas en concurrence avec les banques ou d'autres prestataires de services financiers ; au contraire, nous travaillons avec eux.

Tuum a été créée en 2019 car nous avons identifié un besoin sur le marché d’une plateforme bancaire centrale de nouvelle génération. À l'époque, la plupart des nouveaux venus dans le domaine de la technologie bancaire étaient étroitement axés sur des capacités particulières (par exemple, des plateformes de prêt dédiées), et ceux qui proposaient une plateforme plus large se concentraient presque exclusivement sur la banque de détail. Nous voulions mettre sur le marché un produit qui couvrirait toutes les fonctions de la banque de détail et de la banque d'affaires - permettant ainsi à un grand opérateur historique de migrer entièrement ses opérations vers notre plate-forme moderne. Dans le même temps, la plate-forme serait suffisamment légère et flexible pour être utilisée par n'importe quelle entreprise et lui permettre de déployer rapidement des produits et services financiers ciblés pour ses clients. En nous appuyant sur nos décennies d'expérience dans le domaine bancaire et technologique, nous avons pu développer la plateforme multifonctionnelle, agile et légère que nous avions envisagée.

De manière plus générale, comment pensez-vous que le secteur bancaire évolue ? Quel est - ou devrait être - le rôle et le champ d'action des banques ?

Les services bancaires – et la façon dont nous dépensons et accédons à notre argent – sont en train de changer radicalement, ce qui offre au secteur des services financiers à la fois des opportunités et des défis. Jusqu'à présent, les banques se sont appuyées sur la vente directe de produits et de services aux clients ; que vous vouliez obtenir un prêt ou effectuer un paiement, vous alliez à votre banque. Toutefois, avec l'émergence de la finance intégrée, le "monopole" des banques est mis à l'épreuve, car des entreprises extérieures au domaine bancaire traditionnel commencent à proposer des produits et services financiers directement et dans le cadre de leurs produits ou services. Les consommateurs s'orientant naturellement vers un accès fluide à la finance, les banques et les sociétés non financières doivent adopter cette nouvelle façon d'opérer, sous peine de perdre leur avantage concurrentiel.

Parallèlement à cette tendance et à mesure que le secteur évolue, les banques en place commencent également à reconnaître la nécessité de transformer stratégiquement leurs modèles d'entreprise et de se concentrer sur la transformation de leur cœur de métier plutôt que sur la simple numérisation de leurs applications frontales. Les applications superficielles et les nouveaux canaux sont des ajouts intéressants pour les consommateurs, mais pour réaliser de réels progrès, les banques doivent disposer de fondations solides et nécessaires pour, par exemple, répondre aux demandes en temps réel. Aujourd'hui, les clients veulent des services qui correspondent à leur situation personnelle. Nous constatons que les opérateurs historiques passent progressivement à la technologie core banking de nouvelle génération, car elle leur permet de conserver leur part de marché grâce à des services bancaires innovants et personnalisés. Nous avons construit notre plate-forme pour répondre à ces tendances.

Vous fournissez des "modules" pour diverses fonctions (prêts, paiements, cartes...). Lesquels sont les plus demandés par vos clients ? Par ailleurs, envisagez-vous de développer des modules pour d'autres fonctions à l'avenir ?

Il est certain qu’au moment de notre lancement, le module de prêt s'est avéré populaire auprès des start-ups et des acteurs financiers en place. Cependant, notre modèle commercial va au-delà de la simple fourniture de "modules" ; nous entrons dans un partenariat avec nos clients qui nous permet d'analyser leurs objectifs commerciaux et d'élaborer une stratégie sur la façon de les atteindre tout en étant soutenu par des capacités technologiques améliorées. Grâce à des cas d'utilisation soigneusement élaborés, nous pouvons guider les clients sur les capacités qui répondent le mieux à leurs besoins et ne mettre en œuvre que les fonctions requises. Il s'agit d'une évolution délibérée par rapport au modèle traditionnel des fournisseurs de technologies, dans lequel les clients payaient et mettaient en œuvre l'ensemble de la pile technologique, qu'ils en aient ou non besoin. Comme nous conseillons toujours à nos clients d'avancer progressivement, ils commencent généralement par certaines fonctionnalités, puis en ajoutent d'autres petit à petit.

Le secteur des services financiers étant en constante évolution, notre plate-forme ne peut pas rester statique. Par exemple, nous avons constaté une nette augmentation des besoins en matière de services bancaires aux entreprises, mais les fournisseurs de technologies n'offrent pas encore ces services. Nous nous engageons à être des précurseurs dans ce domaine.

Parlons de la DSP2 : comment cette législation affecte-t-elle votre entreprise ? Les clients ont-ils exprimé des interrogations en termes de conformité ?

La DSP2 a eu un effet très positif sur nous. Nous sommes une plateforme basée sur des API, donc le fait que cette législation ait été adoptée apporte de l'eau à notre moulin : cela incite les banques à rechercher de nouvelles technologies de core banking modernes - telles que Tuum - car il est tout simplement impossible de se conformer à la législation en utilisant leurs anciens systèmes.

Naturellement, c'est aussi un sujet d'intérêt pour nos clients. Nous recevons souvent des demandes pour savoir si nous sommes réellement capables de fournir des services par le biais d'API ou, s'ils utilisent un autre fournisseur DSP2, s'il est possible d'effectuer l'intégration avec lui. Lors des entretiens de vente portant sur les comptes ou les paiements, le sujet de la DSP2 est souvent abordé. C'est là que nous pouvons assurer au client qu'en utilisant notre plate-forme, il aura accès à des API soigneusement conçues qui lui permettront de se conformer à la DSP2 ainsi qu’à une équipe d'experts bancaires et technologiques qui pourront le conseiller sur ses besoins.



Finyear: latest news, derniers articles


Finyear Coffee: Your Morning Newsletter

Flux RSS