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France : An 1 de la révolution énergétique !


« Les faits et l’action » ! Cette expression volontariste du président d’Axa pour une économie décarbonée, incarnant cette génération d’entrepreneurs français – les Chalendar, Tricoire, Mestrallet, Senard, Bouygues, Plassat – qui ont fait basculer le discours français, lors du Business Summit for the climate à l’Unesco, tranche considérablement avec les atermoiements qui avaient marqué la fin du débat national sur la transition énergétique. Il faut saluer ce saut politique et analyser la signification économique de cet engagement clair et fort de notre représentation économique (via EPE, Medef, Afep et les organisations écartelées jusqu’ici entre les tenants du modèle nucléaro-pétrolier et les pionniers du modèle efficacité-renouvelables qui l’emportent).



Patrick d’Humières
Patrick d’Humières
Conclusion 1 : le leadership économique française choisit l’économie durable, du moins celle qui veut substituer le modèle sobre en carbone au modèle fossile séculaire, et prend les mesures appropriées, côté investissements et côté innovation et usages. En le disant autrement, nous faisons le même constat que les allemands et en tirons les mêmes conséquences, mais quelques années après, pour ne pas rater la révolution technologique mondiale qui va permettre le glissement inéluctable vers ce modèle « green » à 2030. La chute du projet Areva et la pression diplomatique française n’y sont pas pour rien, non plus. De même que la maturité de l’offre française qui progresse vraiment.

Conclusion 2 : Les financiers jouent plus que jamais leur effet levier dans le basculement. Il aura fallu vingt ans pour que le mouvement issu des « investisseurs éclairés », rejoint par les fonds engagés, les institutionnels et les bailleurs de fonds, atteigne une taille critique. Le risque carbone est désormais bien identifié et nul ne doute plus dans la gestion d’actifs que les taxes s’avérant inévitables, s’ajoutant aux enjeux de réputation surtout aux problèmes systémiques,qu’il faut choisir son camp. Le signal très significatif adressé par la Caisse des Dépôts consacre cette situation. Il y a une économie légitime à financer, source de gains potentiels et une économie illégitime dont il faut se méfier, voire se retirer, même avec un prix du baril faible et des réserves étendues, CO2 oblige.

Conclusion 3 : La crédibilité de l’engagement reposera sur 3 dispositifs clés qui feront que ce changement de cap mettra à nouveau deux décennies ou beaucoup plus à s’accomplir, selon la capacité des entreprises à s’en emparer et à passer à la vitesse supérieure au plan opérationnel .

  • La demande d’un prix du carbone, rationnelle s’il en est, mais subordonnée aux régulations nationales, peut être satisfaite tout de suite, si les acteurs économiques adoptent un prix interne (voir www.donner-un-prix- au-carbone.org) . Kering a ouvert la voie en affichant son empreinte environnementale monétarisée. Le calcul volontaire est le mode d’appropriation.
  • L’émission de Green bonds est un levier de financement qui conduit à des choix d’investissement bien identifiés, bien fléchés et bien assumés ; ils encouragent et soutiennent à la fois des politiques d’économies d’énergie et innovantes dont on ne voyait jusqu’ici que les coûts nets alors qu’ils sont aussi sources de ROI à moyen-long terme.
  • Les Etats ne devront pas être les seuls à publier leur « Feuille de route carbone » à l’issue de la COP21 ; les entreprises doivent désormais inscrire leur modèle de réduction dans un objectif de neutralité, en phase avec les stratégies nationales et sectorielles vers les 2°. Le rating CDP, celui qui compte en ce domaine, notera les acteurs en fonction de cela. D’où l’importance de dépasser le reporting absolu et d’afficher enfin sa performance relative.

En prenant le « le lead » de la société civile, avant les villes qui compteront beaucoup et les organisations non gouvernementales qui vont fortement monter en puissance, les entreprises ont marqué un point pour faire de la COP 21 le changement de cap mondial attendu. Le doute est derrière nous ; les hésitations ne sont plus de mises ! Place à des stratégies organisées, chiffrées, évaluées. Il y a clairement deux types d’entreprises dans le monde actuel : celles qui font de la cause universelle pour sauver le climat leur affaire, au travers de leur modèle, d’actions réelles et visibles et les autres qui deviendront des marques déclassées par les épargnants et les consommateurs.


Sous la pression montante du rôle de l’opinion, le climat va devenir le marqueur principal de la RSE . Ce « marqueur climat » créera une rupture historique entre un business qui s’était éloigné fortement de l’intérêt collectif depuis des années et un business qui s’en rapprochera en faisant sien cette question. Il était essentiel que la France, partagée jusqu’ici, ait fait ce choix clair, chez elle, pour compter dans le modèle durable du nouveau monde qui s’ouvre à nous et auquel nous avons beaucoup à apporter.

Patrick d’Humières
www.institutrse.com

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Vendredi 5 Juin 2015
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