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Croissance mondiale en 2015-2016 : soft ou hard landing ?


Comme nous le craignions depuis quelques mois, la croissance mondiale est bien en train de ralentir en douceur. Du moins pour le moment. En effet, même s'il n'y a pas de quoi s'inquiéter outre-mesure, les dernières statistiques économiques et les indicateurs avancés de l'activité dans l'ensemble des principaux pays de la planète dénotent une sensible décélération. Et ce, notamment dans les principales locomotives de l'économie internationale que sont les Etats-Unis, la Chine et une grande partie des pays émergents, à l'exception notable de l'Inde qui reste l'un des rares pays à continuer d'accélérer. La croissance de son PIB devrait ainsi se stabiliser autour des 7 % tant cette année que l'an prochain.



Marc Touati
Marc Touati
Bien différemment, la Chine est en train de s'installer sur un rythme de croissance plus faible que par le passé. Cette dernière restera certes très appréciable puisqu'elle devrait osciller entre 6,5 % et 7 % en 2015 et 2016. Elle sera néanmoins largement inférieure aux 10 % qui prévalaient habituellement il y a encore quelques années. En effet, de 1980 à 2010, la croissance annuelle moyenne du PIB chinois a été de 10 %, avec des pointes à plus de 14 % (comme en 2007 ou en 1992-1993) et de très rares creux à 4 % (en 1989/1990 par exemple).

Depuis 2011, la croissance chinoise a progressivement baissé d'intensité pour atteindre un nouveau point d'équilibre autour des 7 %. Ce ralentissement est assez logique dans la mesure où il correspond à l'atteinte d'une certaine maturité pour l'économie chinoise. Et pour cause : de 1980 à 2014, le PIB de l'Empire du milieu a augmenté de 2 320 % (évidemment hors inflation). Il est donc tout à fait normal qu'une certaine décélération se produise aujourd'hui. A titre de comparaison, le PIB indien a augmenté de 682 % sur la même période. C'est évidemment impressionnant mais beaucoup moins qu'en Chine. Dans ce cadre, nous anticipons que les croissances de la Chine et de l'Inde vont converger durablement vers un niveau structurelle de 6,5 % à 7 %. Ce n'est évidemment pas dramatique pour l'avenir de la croissance mondiale mais cela va tout de même limiter cette dernière de l'ordre de 0,2 point par an.

Beaucoup plus inquiétant, d'autres pays émergents ne parviennent plus à retrouver le chemin de la croissance forte, voire sombrent dans la récession. C'est notamment le cas de la Russie, qui devrait subir une chute de son PIB de 3 % cette année et d'environ 1,5 % l'an prochain, mais aussi de nombreux pays d'Amérique Latine. Le Mexique devrait ainsi peiner à dépasser les 2 % de croissance, tandis que le Venezuela, l'Argentine et le Brésil subiront une baisse notable de leur PIB : respectivement - 3,5 %, - 1 % et - 1,2 % en 2015 et à peine un peu mieux en 2016. Si, dans les deux premiers cas, la récession était attendue, l'ampleur de celle du Brésil constitue une vraie mauvaise surprise. De quoi rappeler qu'il ne faut jamais s'endormir sur ses lauriers et que, ce faisant, des mauvais choix de politique monétaire et budgétaire peuvent coûter particulièrement cher.

Enfin, pour terminer sur le front des pays émergents, si la plupart des Tigres et Dragons d'Asie vont continuer de bien résister (avec une croissance proche de 4 %), la croissance africaine reste décevante avec un niveau inférieur à 4 %. Au total, le monde émergent devrait rester le plus gros contributeur à la croissance planétaire, mais sans éclat.

Le manque de flamboyance sera aussi d'actualité dans les trois grandes zones développées que sont les Etats-Unis, la zone euro et le Japon. Certes, la croissance y sera bien présente mais restera décevante. Tant en 2015 qu'en 2016, elle devrait se stabiliser autour de 1,5 % sur l'Archipel nippon et de 1 % dans l'UEM. Une fois encore, l'Oncle Sam restera en tête, mais sans excès.

Ainsi, si nos prévisions de croissance eurolandaise et japonaise n'ont pas changé, nous avons été contraints de revoir celles des Etats-Unis en baisse, à 2,3 % en 2015, contre 3 % précédemment. La baisse du PIB du premier trimestre a effectivement engendré un effet d'acquis négatif, mais surtout la récente remontée des taux d'intérêt à long terme et celle à venir des taux de la Fed constitueront des freins à la croissance outre-Atlantique. Seul réconfort, la faiblesse du taux de chômage permettra de soutenir la consommation et d'entretenir le cercle vertueux de croissance « investissement-emploi-consommation ».

Plus globalement, les croissances des pays développés se contenteront d'osciller autour de leurs niveaux structurels, en l'occurrence 2,5 % pour les Etats-Unis, 2,3 % pour le Royaume-Uni, 1 % pour le Japon et l'Allemagne, 0,8 % pour la zone euro ou encore 0,7 % pour la France. Le principal bémol pour la dynamique internationale réside dans le fait que si les faibles performances des pays « riches » seront conformes à l'accoutumée, elles ne seront désormais plus compensées par une forte dynamique des pays émergents, qui, eux aussi, commencent à voir leur croissance structurelle baisser légèrement, à l'image de celle de la Chine.

En conclusion, nous avons dû réviser en légère baisse nos prévisions de croissance mondiale, à 3,3 % en 2015 et 3 % en 2016. Des niveaux qui ne justifient absolument pas les plafonds atteints récemment par les grands indices boursiers et qui montrent que ces derniers sont bien entrés dans une bulle, qui a d'ailleurs déjà commencé à se dégonfler.

Il ne reste donc plus qu'à espérer que les krachs obligataires et boursiers de l'automne prochain ne seront que passagers et n'auront qu'un impact limité sur le rythme de la croissance mondiale, car sinon ils engendreront un cercle pernicieux « récession économique - déprime boursière » particulièrement dévastateur.

Marc Touati
Economiste.
Président du cabinet ACDEFI (premier cabinet de conseil économique et financier indépendant).

www.acdefi.com


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Lundi 15 Juin 2015
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