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Le Management d’entreprise sur le Pied de Guerre


Le management n’est pas un art ou une science, ni un métier, c’est une fonction transversale d’entreprise en perpétuelle situation de changement qui requiert une somme de qualités personnelles et de compétences comportementales, psychosociologiques, et professionnelles, tellement ancrées dans la complexité humaine, que la tentation est grande de chercher à la réduire à sa plus simple expression.



Constant Calvo
Constant Calvo
On aimerait lui trouver des lois et principes, c’est-à-dire une finalité. Les théories du management sont aussi nombreuses que leurs auteurs, elles varient d’une région du monde, d’une culture, d’une époque à une autre, et évoluent au gré des transformations socio-économiques et des attentes spécifiques tant des chefs d’entreprises que des salariés.

Alors qu’on entend de manière récurrente parler de crise du management, on était en droit de penser que les mutations et les risques planétaires systémiques de notre temps conjugués à la prise de responsabilités grandissante des femmes, l’arrivée sur le marché de l’emploi de générations porteuses d’idées nouvelles, la diffusion de valeurs centrées sur le partage, l’éthique et la solidarité grâce à l’avènement des réseaux numériques, et la nécessité partout affirmée de mettre le développement humain au cœur de l’entreprise, favoriseraient l’émergence d’un modèle économique nouveau et de pratiques managériales articulés autour de la responsabilité sociale et sociétale (RSE) visant à (re)donner comme l’on dit « du sens au travail », on assiste contre toute attente au retour en force de l’autorité militaire.

Les grandes écoles et universités – parmi lesquelles HEC, Sciences Po, ENA, EM Lyon Business School, université Panthéon-Assas (Paris-II) – seraient de plus en plus nombreuses à proposer des formations auprès des cadres de l’armée. Qu’y apprend -on ? Les techniques de commandement, de cohésion de groupe, de gestion d’équipe en situation de crise, de motivation d’équipe, d’implication et de dépassement de soi, de prise de décision dans l’incertitude et l’adversité, de passage rapide à l’action, dispensées dans des centres de formation d’institutions militaires dont la réputation à discerner, inculquer, et favoriser l’aptitude au commandement n’est plus à faire, à savoir Saint-Cyr, la Marine Nationale ou le GIGN (Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale).

On aurait tort de croire qu’il s’agit d’un effet de mode, c’est une tendance de fond. Dans un article intitulé « les managers enfilent des rangers » daté du 8 février 2013, le quotidien Le Monde précise que les grandes entreprises ou les Groupes à l’instar de Total, GDF Suez, Bouygues, Groupama, Decathlon, ou Thalès, font régulièrement appel à l’encadrement militaire afin de forger le caractère et le tempérament de leurs managers, et qu’en 2 ans près de 5 000 cadres auraient été accueillis à Saint-Cyr.

Les méthodes de formation musclées de l’armée semblent faire de plus en plus d’émules et d’admirateurs, selon le Monde. En 2010, 120 proviseurs de lycée et membres de rectorat seraient allés suivre un entraînement à Saint-Cyr, afin de découvrir « des méthodes de travail susceptibles de nous montrer une autre approche de l’autorité, chose à laquelle nous ne sommes pas formés, explique Kader Sadoun, proviseur du lycée de la cité scolaire Emile-Zola, à Rennes. Désormais, je ne suis plus en situation de subir certains événements, j’agis. » Et Louise Couvelaire la journaliste du quotidien qui signe cet article édifiant, de faire le commentaire suivant : « Plus question de tergiverser des heures durant avec des parents qui tentent de négocier des passe-droits pour leurs enfants. Ni de se laisser intimider par quelques jeunes qui font irruption dans son lycée. »

Dans leur ouvrage « Management, l’armée un modèle à suivre ? » récemment publié - éd. Studyrama-Vocatis, collection Focus RH – leurs auteurs Patrice Huiban et Hughes Marchat affirment que les armées peuvent faire part de leurs « bonnes pratiques » dans le domaine de la gestion du capital humain. Dans une interview accordée à Ouest France, Patrice Huiban déclare « Face à une certaine crise du management en France, il s’agit d’esquisser des solutions pour concilier performance et épanouissement des individus. »

On était jusqu’ici enclin à penser que la société civile ne faisait appel à ses forces armées que lorsque la nation était en danger. Les entreprises et les organisations considèrent-elles qu’elles traversent une situation analogue ? A croire que leur désarroi et peur du changement sont considérables, et au point qu’elles sont atteintes d’une confusion d’esprit qui ne laisse pas d’inquiéter. Mais de quoi exactement les entreprises et les organisations auraient-elles peur ? Car, il est à craindre que la sollicitation de l’autorité militaire dans le périmètre d’intervention des entreprises et des organisations – en lieu et place de leur légitimité historique - est une erreur de jugement ou de perception, à moins qu’elle ne soit une fuite en avant.

« Le management est la version civile du commandement, affirme le colonel Arnaud Mettey, commandant de bataillon à Saint-Cyr. Et le commandement, c’est notre marque de fabrique. »

Là est justement la question centrale, et le point de discorde. Il se trouve que le commandement n’est en rien comparable au management. Ils n’ont pas la même finalité, et ne reposent pas sur les mêmes valeurs et principes. Le premier est un espace clos strictement réglementé et discipliné qui répond à une logique verticale et binaire, le second est un lieu ouvert qui repose sur une logique horizontale, plurielle, participative, coopérative, multiculturelle, de recherche et développement, ouvert à la critique, la créativité, et l’innovation permanente sous toutes ses formes.

Le recours aux techniques de commandement est loin d’être innocent, il révèle en creux que les forces motrices du changement, notamment incarnées par les nouvelles générations et les femmes, ces dernières étant exclues – par nature et culture – de la hiérarchie militaire, sont en train de battre en brèche et de renouveler en profondeur les forces d’autorité et de pouvoir de la société, de résistance au changement, essentiellement incarnées par les hommes.

L’armée serait-elle devenue le dernier refuge sinon le dernier vestige du management à l’ancienne aux abois ?

Constant Calvo, Directeur associé ADHERE RH
http://blog.adhere-rh.com

Vendredi 15 Mars 2013
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