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Et si les « organisations d’entreprises » se bougeaient !


Il y a un décalage structurel en France entre un peloton d’entreprises leaders qui ouvrent les voies de l’économie durable, les Michelin, Danone, Carrefour etc.. et les organisations professionnelles d’entreprises qui se sont installées dans la guerre de tranchée comme pour empêcher « la révolution sociétale » de passer : transparence freinée, dialogues parties prenantes au minimum, RSE boudée etc…!



Patrick d’Humières
Patrick d’Humières
La situation est paradoxale, même si elle perdure depuis vingt ans : toutes les avancées, de Reach à Grenelle 2, en passant par les dérégulations consuméristes jusqu’à la loi Macron, se sont faites largement contre des organisations qui commencent par dire jamais, puis non et qui finissent par tant pis quand elles ont perdu la bataille! Les accords de progrès RSE (et les accords-cadres) signés sont le fait de ces groupes volontaristes (Lafarge WWF, CA Grameen Bank, Carrefour FIDH…) mais il n’y en a quasiment pas avec les organisations professionnelles qui ont du mal à se penser autrement que comme des lignes Maginot face aux demandes des consommateurs, des environnementalistes ou des relais sociaux… alors qu’on devrait multiplier les expériences, ouvrir des pistes et tenter des innovations sociétales pour débloquer un corporatisme qui habite les modes de gouvernance autant que les mécanismes de prix et d’autorisation à entreprendre dans « la France en place ». Mais la société française n’échappera pas à « l’ubérisation » (merci Maurice Levy pour ce concept parlant) qui fait craquer ses rentes, qui disqualifient ses égoïsmes générationnels et qui délégitiment ses prélèvements indus. C’est un défi pour les organisations qui campent dans un lobbying conservateur !

Dans ce contexte, la RSE a été abandonnée depuis plusieurs mois dans l’agenda des organisations. On a tout fait pour la sortir du Pacte de Responsabilité où elle aurait pu incarner une contrepartie ouverte et dynamique. La plateforme RSE est une conférence de Yalta : à chacun ses sujets et on tire le rideau de fer devant les sujets difficiles. Pas étonnant que le débat sur la vigilance revienne en boomerang à la figure des entreprises et que sur les questions de corruption, ce soit Transparency qui ait l’initiative !

Ce climat de non coopération déteint sur les dialogues parties prenantes, parents pauvres des démarches RSE françaises, pour ne pas parler du dialogue social qui ne s’ouvre pas à la RSE, faute d’impulsions sectorielles. En dépit des efforts de l’IFA, les instances de gouvernance sont rarissimes à prendre le sujet RSE au sérieux que le code Afep-Medef n’a pas décidé de considérer. Il ne faudra pas se plaindre si la transposition de la directive européenne (NFR) ajoute un carcan réglementaire au lieu de libérer le reporting RSE ! Oui, il y a un vrai problème du « collectif » économique sur les sujets de responsabilité et de régulation, mais comment en sortir ?

Le sujet interpelle fondamentalement la démocratie sociale avec laquelle les organisations professionnelles ont du mal depuis leur origine. Il questionne plus profondément sur l’inspiration politique et culturelle de ces structures au regard des évolutions de la société, des aspirations et des mutations qu’elles ne voient pas venir. Cela met aussi en exergue le double langage de leurs mandants qui innovent pour elles et qui « bétonnent » quand il s’agit du collectif, se gardant bien de vouloir « penser l’intérêt général ». Ce déficit de gouvernance privée pourrit par ricochet la gouvernance publique qui ne dispose pas facilement de points d’appui pour les réformes. La question climat est un bel exemple : après avoir hurlé aux loups au plan collectif, les entreprises concernées se sont toutes engagées dans des démarches de décarbonation ; on attend maintenant avec grand intérêt « la feuille de route du business » pour la COP21 qui ne soit pas un remake hypocrite et schizophrène de la transition énergétique….

La solution ne pourra-t-venir que d’esprits éclairés qui portent aujourd’hui des vrais engagements durables pour eux-mêmes et qui décident de les partager avec leurs pairs pour tirer vers l’avenir l’engagement collectif de la communauté économique française, dont le discours ne peut se réduire au problème fondamental des charges et des prélèvements. En fait, on sait que la solution à la compétitivité hors coûts réside là : si les entreprises « dealent » sur des comportements responsables qui répondent aux attentes de la société, en termes d’intégration des jeunes (cf. l’excellent Rapport Mestrallet resté lettre morte…), si elles osent proposer des règles justes de partage de la valeur, rémunération des dirigeants incluse et si elles jouent le jeu d’expérimentations sociales négociées (cf. accords compétitivité emplois, dérogations aux codes…), on devrait retrouver un pacte sociétal porteur d’une dynamique dont l’investissement, la consommation et la prise de risque seront les gagnants.

La France ne peut se débloquer seulement par les décisions de justice. L’exemple d’Uber restera le cas symbolique du blocage français qui ne sait pas expérimenter, discuter, favoriser et évaluer des initiatives sociétales répondant aux nouveaux paradigmes de la planète qui s’invente partout autour de nous, pour être plus durable. Or le changement se fera, mais on prendra dix ans de plus que les autres ! On demande dirigeants courageux et libres svp.

Patrick d’Humières
www.institutrse.com

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Vendredi 3 Avril 2015
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