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Vers une nouvelle gouvernance des entreprises


L’entreprise face à ses parties prenantes




En période de crise, les entreprises doivent mobiliser leurs ressources, prendre en compte les questionnements sociaux et environnementaux et faire évoluer leurs rapports avec toutes les parties prenantes. Jacques Igalens et Sébastien Point proposent avec Vers une nouvelle gouvernance des entreprises (Dunod, 2009), des pistes de réflexion pour faire évoluer la gouvernance d’entreprise et viser une croissance durable, intégrant les dimensions économique, sociale et environnementale.

Qu’est-ce qui caractérise la gouvernance d’entreprise ces dernières années ?
La gouvernance a toujours été un sujet important pour la vie des organisations, car elle définit la portée et les limites des décisions et du champ d’action des dirigeants. Depuis que les entreprises ne sont plus majoritairement dirigées par ceux qui les ont créées, le problème de savoir « au bénéfice de qui » elles sont gérées se pose. Longtemps on a répondu à cette question en désignant les propriétaires, c’est - à - dire les actionnaires dans le cas des sociétés par actions. Parfois on a soupçonné les dirigeants de gérer les entreprises en fonction de leur propre intérêt, ce qui a pu expliquer la course à la croissance de certaines d’entre elles au détriment de la rentabilité. Des mécanismes tels que les stock-options étaient censés résoudre ce type de difficulté en conciliant les intérêts des deux parties. La crise récente a montré leurs limites. Ce qui caractérise la gouvernance d’entreprise ces dernières années c’est que l’on sort du « face à face » entre dirigeants et actionnaires et que de nouveaux acteurs apparaissent. Ces acteurs interpellent l’entreprise en lui demandant de prendre en compte leurs points de vue et souvent leurs intérêts. Ces nouveaux acteurs sont les « parties prenantes », traduction peu précise de l’anglais, stakeholders.
Les parties prenantes ou encore « parties intéressées » sont des groupes de personnes concernées par les activités de l’entreprise ou bien susceptibles d’influencer cette dernière. Autrefois les dirigeants n’étaient tenus de rendre des comptes qu’aux seuls actionnaires, désormais ils doivent également prendre en considération d’autres parties prenantes.

Quelles parties prenantes l’entreprise doit-elle considérer aujourd’hui ?
On distingue trois catégories de parties prenantes, les parties prenantes organisationnelles, économiques et sociétales. Les premières sont constituées par les actionnaires, les dirigeants et les salariés ainsi que les syndicats qui défendent leurs intérêts. Ces parties prenantes sont traditionnelles mais leurs attentes se sont diversifiées. On ne peut plus considérer chacune d’entre elles comme un ensemble homogène. Concernant les actionnaires, par exemple, il convient de tenir compte de la diversité des situations : entre un actionnaire majoritaire ou minoritaire, un fonds de pension ou un simple particulier, un salarié-actionnaire ou un État actionnaire les différences sont importantes. On peut également relever l’importance croissante des actionnaires sensibles aux risques dits ESG (Environnement, Social et Gouvernance) notamment dans le cadre de l’ISR (Investissement Socialement responsable). Les secondes comprennent essentiellement les consommateurs et les fournisseurs. Des études récentes ont montré la montée en puissance de la consommation responsable (31 % selon l’étude reprise dans le livre). Le consommateur responsable se veut aussi acteur c'est-à-dire qu’il exige que l’entreprise reprenne à son compte certaines exigences en terme de solidarité, de protection de l’environnement ou encore d’éthique. C’est ainsi que le « consom’acteur » interpelle la gouvernance, l’exemple de ce que le prix Nobel de la Paix Mohamed Yunus désigne par le terme de social business en fournit l’illustration chez Danone.

Les parties prenantes sociétales sont les plus déstabilisantes pour les entreprises, qu’il s’agisse des collectivités territoriales, des communities anglo-saxonnes ou encore des ONG. Ces dernières portent de grandes causes, sociales, écologiques, relatives à la santé ou à tout autre sujet. Elles demandent aux entreprises de prendre fait et cause dans leur sphère d’influence. Les entreprises ont souvent du mal pour engager le dialogue avec elles, et nous donnons de nombreux exemples de ces rapports ONG/entreprises.

Comment la gouvernance des organisations tend-elle à évoluer ?
La tendance actuelle en matière de gouvernance est d'impliquer davantage les parties prenantes pour tenter de construire une véritable relation de confiance avec l'entreprise.
Or, cette prise de confiance ne peut s'effectuer qu'avec un niveau de transparence plus élevé, c'est-à-dire dans cette obligation de « rendre des comptes ». Un bon exemple est l'élaboration des rapports annuels de développement durable ; les entreprises commencent à faire plus participer les parties prenantes dans l'élaboration même de ces rapports, ce qui inéluctablement accroît le niveau de transparence.

Quels outils peuvent garantir une bonne gouvernance ?
Une bonne gouvernance vise avant tout à identifier, segmenter et impliquer les parties prenantes. Il n'existe pas d'outils, ni de recettes miracles pour garantir une bonne gouvernance, chaque entreprise étant dépendante d'une activité, d'un secteur, voire d'un environnement spécifique.

Par contre, il existe des outils pour :
- établir une carte des parties prenantes (c'est-à-dire les recenser afin des mieux les identifier) ;
- segmenter les parties prenantes par exemple selon leur pouvoir (c'est-à-dire les hiérarchiser afin de savoir lesquelles cibler) ;
- impliquer les parties prenantes (c'est-à-dire en insistant sur une communication très proactive, un dialogue fréquent).

Entretien avec Jacques Igalens co-auteur de : Vers une nouvelle gouvernance des entreprises ( http://www.dunod.com/pages/ouvrages/ficheouvrage.asp?id=9782100518685 )

© DUNOD EDITEUR,

Mardi 17 Novembre 2009
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