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Vanity Fair et Walt Disney


C’était en automne 1980 et ma marraine m’emmenait au cinéma pour la toute première fois de ma vie. Je me souviens de mon excitation lorsque nous avons pénétré dans la salle de cinéma du Colisée à La Sallaz, aujourd’hui disparu, presque seuls puisque c’était une séance d’après-midi. C’était pour célébrer mes neuf ans et ensemble nous avons découvert émerveillés « Le roi et l’oiseau », le chef d’œuvre de Grimault et Prévert. Trente ans plus tard, mon fils de deux ans et demi est sujet à la même fascination et en redemande tous les jours, ce qui me permet de redécouvrir les textes de Prévert avec bonheur, et nostalgie.




David Laufer
David Laufer
Un critique avait déclaré en 1980 que « Le roi et l’oiseau » faisait penser aux meilleures œuvres de Walt Disney. En Europe, on est facilement choqué par cette idée, Grimault étant devenu le représentant d’une sorte d’anti-Disney avec ses textes ciselés et son message ultra-politisé hérité de la Seconde guerre mondiale. Le roi Charles V et III font VIII et VIII font XVI de Tachychardie déclare par exemple que « le travail, c’est la liberté ». La police politique du roi, sorte de chauve-souris en chapeau serviles et brutaux, est un élément très peu hollywoodien parmi d’autres qui donnent à ce film son atmosphère si particulière de drame politique pour enfants. On se rengorge volontiers de donner cela à voir à son enfant plutôt que du Disney que l’on assimile aujourd’hui à son parc à thèmes de l’est parisien. Et pourtant.

J’ai depuis deux ans l’occasion de revoir mes classiques et c’est pour moi une authentique révélation. Il est indéniable que, depuis plusieurs années, l’entreprise Disney n’a pas sorti de chef d’œuvre et s’est considérablement compromise en faisant figurer ses héros sur des menus McDo ou en sortant des films particulièrement idiots tels que le fadasse « Hercule » ou l’indigeste « Bambi 2 ». On en oublierait preque que Disney est le génie qui a personnellement produit Mickey, Donald et les autres, puis « Blanche-Neige », « Pinocchio », « Cendrillon », ou qui s’est battu pendant presque 20 ans pour réaliser « Mary Poppins ». Ce qu’on a fait après lui en usant de son nom ne m’intéresse pas plus qu’une grosse voiture allemande qui porte, par hasard, le nom de Jaguar.

Un article du présent numéro de Vanity Fair raconte comment les centaines de peintres, presque toutes des femmes, coloraient les dessins des premiers chefs d’œuvre de la maison, image par image, pendant des mois entiers. En travaillant comme des damnés, les équipes de Disney n’arrivaient pas à produire un film par an, Walt étant lui-même derrière chaque décision artistique ou industrielle. De revoir aujourd’hui ces dessins animés d’avant-guerre offre, à l’âge adulte, plus d’une surprise. Au-delà de la perfection formelle, de la musique et des couleurs, on perçoit très nettement un subtexte tout aussi politisé et féroce que dans « Le roi et l’oiseau ». Mais on est en Amérique et l’obligation de faire de l’entertainment contraint le créateur à des trésors d’imagination.

Ainsi les histoires de Donald et Tic et Tac des années 30 mettent-elles systématiquement en scène un puissant qui tente de s’en prendre à des faibles, qui se moque d’eux et qui les attaque, jusqu’à ce qu’il recoive une solide correction. Les histoires de Mickey, dès 1932, mettent souvent en scène la destruction industrielle de la nature, jusqu’à ce que Mickey le réalise et s’y oppose. Un des aspects de « Mary Poppins » est une critique en règle des banquiers de la City, arrogants, bornés et absorbés par le seul profit. Et tous ces films célèbrent la libération individuelle et collective, la paix sociale et le combat contre toutes les formes de ségrégation. Mais tout cela sans cesser de fredonner des chansons inoubliables et de danser des claquettes sur les toits de Londres.

C’est à se demander dans quelle mesure ces générations nourries à la mamelles de Disney n’en sont pas venues, sans s’en rendre compte, à appliquer ses principes en matière de politique, d’environnement ou de statut de la personne dans les récentes législations européennes ou américaines en la matière. Bien sûr, Walt Disney demeure avant tout un homme de spectacle et il serait absurde d’en faire un penseur politique. Cependant, il serait utile de reconnaître sa véritable importance culturelle et sociale sur presque chacun de nous, pour le pire et pour le meilleur, et qui dépasse de très loin le logo abrutissant auquel ses successeurs semblent l’avoir réduit.

David Laufer
Partenaire expert CFO-news
www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005

Mercredi 3 Mars 2010
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