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Usine Philips à Dreux : une décision antiéconomique qui desservira l’emploi industriel en France !


Vendredi 19 février 2010, le Tribunal de grande instance de Chartres a ordonné la reprise de la production à l’usine Philips de Dreux après que celle-ci a été fermée par l’entreprise hollandaise. Même si on peut partager les inquiétudes des 212 employés dont l’emploi est menacé dans cette affaire, cette décision de justice ne leur rend pas service et cause au passage des gaspillages inutiles en ces temps de crise.




Valentin Petkantchin
Valentin Petkantchin
Quels gaspillages ?

A l’évidence, l’usine de téléviseurs à écran plat de Dreux n’est pas rentable aux yeux de Philips : il a déjà déclaré des pertes de 413 millions d’euros en 2008. N’est-ce pas une bonne raison ?

L’entreprise néerlandaise fait face à une concurrence intense de la part notamment de ses deux principaux concurrents Samsung et LG (son ancien partenaire à Dreux). A eux deux, ils représentaient fin 2009 près de 37% des parts de marché. Les recettes mondiales des ventes de téléviseurs de Philips se sont effondrées de plus d’un tiers en 2009 [1] par rapport à 2008. Avec des pertes substantielles de près de 6% de ces ventes en 2009, l’ensemble de la filière TV de l’entreprise est mise à rude épreuve.

N’est-il pas logique que Philips réagisse et essaie de s’adapter : à quoi bon continuer une production si les consommateurs n’en veulent pas ? Le Tribunal de Chartre a bien ordonné la reprise de la production, mais obligera-t-il les consommateurs à acheter les téléviseurs qui en sortiront ?

A moins de tomber dans un arbitraire encore plus extrême - que mêmes les 212 employés de Philips à Dreux sans doute désapprouveront - la réponse est évidemment non. Ce n’est pas à coup d’ordonnances que des emplois pérennes sont créés et ceux de la ville de Dreux ne le deviendront pas par la décision du 19 février dernier.

En réalité, en obligeant la reprise, cette décision ne fait qu’aggraver les difficultés de Philips. Elle l’affaiblit davantage face à ses concurrents et met ainsi éventuellement en péril d’autres emplois du groupe, ailleurs qu’à Dreux. Elle empêche par la même occasion que des ressources rares - accaparées par la reprise de la production - ne soient mieux utilisées dans l’économie.

Tout d’abord, la plupart de ces ressources pourraient très certainement être réemployées plus efficacement par Philips. Les capitaux investis pour les composants, l’énergie, les équipements, la rémunération de la main-d’oeuvre, etc., pourraient être consacrés à améliorer par exemple ses produits santé de haute technologie et ainsi sauver des vies ou mieux soigner les malades.

Sinon, l’outil de production et les compétences qui existent à Dreux - si elles représentent réellement de la valeur - peuvent être reprises par un concurrent de Philips qui saura mieux les rentabiliser, restructurant le cas échéant les actifs de l’usine.

Mais ce n’est pas tout. Contrairement aux apparences, la décision de justice finira aussi par desservir les employés et, de manière plus générale, « l’emploi industriel » en France qu’elle prétend protéger.

Que la procédure administrative de licenciement n’ait pas été respectée à la virgule par Philips, c’est bien possible, le Code du travail français étant bien connu pour sa complexité.

Mais il ne faut pas se tromper sur le fond : ce n’est pas comme si les employés découvraient un bon matin que leur usine a été fermée. Ils ont apparemment été mis au courant de sa fermeture depuis octobre 2009 et la direction aurait procédé à pas moins de 16 réunions d’information avec les représentants du personnel. Ce n’était donc une surprise pour personne.

La décision judiciaire se résumera donc, sans doute, à une obligation pour Philips de mettre davantage la main à la poche. Par cette décision, les employés sont en position de négocier des compensations plus avantageuses. Cependant ce sont des « gains » court-termistes dont le « prix » à payer demain sera beaucoup plus élevé.

En effet, les pouvoirs publics ont créé un précédent dangereux. Le signal qu’ils envoient aux repreneurs potentiels de l’usine de Dreux - et à l’ensemble des entreprises qui veulent investir en France, ouvrir de nouvelles usines et créer des emplois industriels - est extrêmement négatif.

D’abord, Philips, échaudé, hésitera dorénavant à créer de tels emplois dans l’Hexagone. Les autres entreprises - quelles qu’elles soient - sont averties : mieux vaut réfléchir à deux fois avant de s’installer en France. En cas de problème, les pouvoirs publics peuvent abuser de leur pouvoir et ne les laisser partir qu’après moults tracas et chantage !

Le marché des écrans plats continuera sans doute de progresser en volume en 2010, tiré par la croissance en Asie et en Chine où, selon les estimations, les livraisons de téléviseurs ont plus que doublé au dernier trimestre de 2009 par rapport à celui de 2008. La décision du Tribunal de Chartres risque cependant de faire fuir tout repreneur potentiel de l’usine de Dreux ! Au risque de priver entièrement les employés de bénéficier des opportunités éventuelles de croissance de ce marché.

Cette décision pourrait bien avoir sonné le glas de la production de téléviseurs à écran plat à l’usine de Dreux, rendant définitivement inutiles les compétences de ses employés. L’attractivité économique de la France s’en trouve encore amoindrie !

[1] Royal Philipps Electronics, Rapport 4e trimestriel (en anglais), 25 janvier 2010, p. 23.

Valentin Petkantchin
Institut économique Molinari

www.institutmolinari.org
valentin@institutmolinari.org

Dimanche 28 Mars 2010
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