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The Nation et les journalistes


J’étais invité la semaine dernière dans une émission de radio où les autres invités, tous deux représentants des grands groupes de presse suisses, s’en prenaient avec violence à la concurrence déloyale que représente Google.




David Laufer
David Laufer
Selon l’un, Google ne fait rien d’autre que du pillage de contenu, empochant de l’argent publicitaire pour mettre à disposition des internautes des articles écrits par d’autres qui ont sué sang et eau pour obtenir des informations très précieuses.

Il est assez cocasse que justement cet accusateur était du groupe Edipresse. En effet Edipresse ne rémunère pas ses blogueurs, qui pourtant rapportent à l’avenue de la Gare des revenus publicitaires conséquents. L’autre accusateur s’emportait contre Google et ce qui n’est rien de moins qu’une attaque contre « la démocratie », par le porte-monnaie. A en juger par ces propos tenus par des représentants de la presse dominante, la presse écrite est une incarnation sacrée de la démocratie (pour la pensée de gauche) et doit être défendue contre la rapacité sans morale de groupes étrangers (pour la pensée de droite).

Pas un seul moment il n’est apparu dans leurs propos que, peut-être, journaliste étant une profession comme une autre, il était normal que les journalistes subissent, de temps à autre, une concurrence très rude. Mieux : que cette concurrence est l’assurance de sa qualité et, à long terme, de son adaptation à des environnements nouveaux. Non, à leurs yeux, la concurrence de Google est une sorte d’hydre monstrueuse fondant sur notre société civile comme la vérole sur le bas clergé breton. Cela m’a rappelé les propos tenus devant la volée 2007-2008 de l’école française du journalisme à Lille par un patron de presse français qui désignait le blog comme la bête à abattre, parce que sans badge, sans revenus désignés, sans preuve de sources, etc. Ces propos, pour sincères qu’ils puissent être, sur les menaces réelles qui pèsent sur l’avenir de la presse trahissent une certitude imbue de faire partie d’une profession à qui on doit autre chose qu’un salaire et des congés payés. Une manière d'exiger, comme un dû, le privilège d'échapper aux contraintes du marché.

Dans la livraison actuelle de The Nation, l’écrivain Alexander Cockburn s’en prend avec une violence cent fois supérieure à la mienne contre cet esprit de corps. Lui-même grand reporter plusieurs fois récompensé, il compare les cris d’alarme de la presse dominante aux sorcières de Macbeth se prenant pour Vénus dans le jugement de Pâris. Mieux, il s’en prend à sa propre publication pour fustiger des confrères qui ont récemment signé un article dans lequel ils expliquent que « tandis qu’on ferme des journaux et qu’on vire des journalistes, des pans entiers de notre société civile sombrent dans l’obscurité ». A ceux-là, il promet le même avenir que la machine à vapeur. Et il termine : « En gros, depuis des décennies, la presse écrite dominante a saboté et obstrué – souvent avec rage – les efforts d’amélioration de notre condition politique et sociale ».

Dès qu’une profession ou une classe de la société se perçoit autrement que ce qu’elle est réellement, elle entame sa propre destruction. Il y a quelques années, un vigneron de Lavaux avait entamé une campagne de récolte de fonds auprès de ses amis et des collectivités pour la survie de son exploitation – qu’il avait presque ruinée par sa propre incurie. Mais à l’entendre, ce n’est pas une exploitation agricole qu’on était appelé à sauver, c’était un rempart de civilisation, d’histoire, de savoir-vivre et de préservation de la nature. En lui versant de l’argent, on se sauvait soi-même. La vente des Indulgences rapportée à la picole. Et pourquoi suis-je à ce point certain qu’on rirait d’un carrossier qui ferait la même tentative ?

David Laufer
Partenaire expert CFO-news
www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005

Mardi 19 Mai 2009
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1.Posté par ....rectification le 21/05/2009 10:16 | Alerter
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Monsieur,

Sur votre affirmation suivante :

"Il est assez cocasse que justement cet accusateur était du groupe Edipresse. En effet Edipresse ne rémunère pas ses blogueurs, qui pourtant rapportent à l’avenue de la Gare des revenus publicitaires conséquents."

Je suis désolé de vous dire que c'est faux.

Je suis bien placé pour savoir que les contenus UGC (User Generated Content) ne rapportent rien à Edipresse . En tout cas cela nous coute de l'argent ...voir beaucoup d'argent pour simplement conserver ces plateformes. Ces plateformes sont largement déficitaires.

Les annonceurs ne veulent rien mettre à coté des blogs de particuliers ou experts. (pour l'instant).

En cela les plateformes de blogs ne sont pas rémunératrices pour Edipresse ou pour les autres éditeurs (je pense).

Concernant Google.

Google n'est pas une oeuvre de bienfaisance. C'est une entreprise commerciale avec laquelle les éditeurs ont des relations particulières qui dépendent du sujet et du moment. La relation Google Editeur est plus complexe que celle que vous décrivez.

Google étant une plateforme commerciale mettant de la publicité sur un contenu produit par des tiers, il apparait comme logique que ces tiers aient une rétribution sous une forme à définir.





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