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Renforcer le capital-investissement ou les PME ?


Le microcosme parisien s’agite à la perspective de la sortie des assureurs du capital-investissement français suite à Solvency II. Est-ce si grave et est-ce réellement le problème le plus important pour l’avenir de nos PME et de l’emploi ?




L’une des caractéristiques en effet du capital-investissement est qu’il traverse aisément les frontières ; on a vu en 2008 40% des fonds provenir de l’étranger ; si la France présente des PME avec des perspectives de croissance attractives, les capitaux à risque américains ou chinois peuvent venir s’y investir. En outre, le rôle du capital-investissement dans la croissance des PME n’est pas évident : les PME américaines ne feraient appel au capital-risque que pour 16% de leurs appels de fonds. L’une des raisons est que le capital-risque se concentre sur quelques secteurs comme internet et qu’une très grande partie des PME se développent dans d’autres domaines beaucoup plus conventionnels.

Le problème français n’est-il pas autre, que plus des deux-tiers du capital-investissement se réfugient dans les LBO faute de trouver des entreprises à forte croissance où investir ? Ce dont manque le plus la France serait en effet les EFC, les Entreprises à Forte Croissance.

Les EFC sont les entreprises qui ont une forte expansion de leur activité et qui de ce fait génèrent le plus d’emplois. Quant elles ont moins de 5 ans, on les appelle aussi « gazelles ». Avec la crise, elles ont attiré l’intérêt des économistes car ce sont elles qui sont au cœur de la création d’emplois. Ces études montrent que la France est un mauvais élève et que la raison serait précisément le poids donné par les pouvoirs publics à l’intervention de fonds de capital-investissement alors que la clé des HGF se situe en amont, au niveau du financement en amorçage où les fonds et l’État manquent d’efficacité et ne sont pas rentables.

D’après une étude NESTA [1], ayant quelque analogie avec notre Institut de France, 6% (11,530) des entreprises anglaises de plus de 10 salariés, moins de 1% des entreprises de toutes tailles, ont généré entre 2005 et 2008 une bonne moitié des emplois créés dans les entreprises de plus de 10 salariés et, entre 2002 et 2005, près des deux tiers (1,9 million d’emplois sur 2,98 millions). Aux USA, la Kauffman Foundation montre que 5% des entreprises créent chaque année les deux tiers des nouveaux emplois ; et 1% soit 55.000 entreprises 40% des emplois.

A l’aune de cette approche, la France est assez mal placée. Deux études OCDE montrent que le taux d’EFC dans la population des entreprises françaises est particulièrement faible. Une étude BERR montrait déjà en 2001 que le pourcentage d’EFC était d’environ 1% du nombre des entreprises contre 2,5% en Grande-Bretagne et 5% aux USA. Une étude FORA 2006 pour l’OCDE montre que pour les « gazelles », les EFC de moins de 5 ans, la France a un taux environ 40% en dessous de celui observé en Allemagne, moitié de l’Angleterre et quart de l’Amérique.

Une autre étude de l’OCDE permet de jeter une première lumière sur le retard français : l’accent porté depuis des années dans notre pays sur le rôle du capital-risque –ou du capital-investissement – dans la création d’entreprises. Cette étude du 10 mars 2011 rappelle la place que tiennent les différents types d’investisseurs dans l’amorçage, les premiers développements et l’expansion d’une firme. L’OCDE rappelle que les investisseurs informels comprenant les fondateurs et la famille, incluent aussi les « Angels », ceux qui investissent entre 25.000 et 500.000 $ et qu’ils sont suivis dans la période de développement par les investisseurs formels, les fonds de capital-investissement qui typiquement mettent 3 à 5 millions de $ dans un projet.

La Fondation iFRAP a vérifié qu’en France, si ces trois niveaux existent, les fonds investis par les fondateurs et la famille sont statistiquement insignifiants au-dessus de 250.000 euros, les fonds investis par les fonds de capital-investissement ressortissant de l’AFIC insignifiants en dessous de 500.000 euros. Il existe entre les deux un énorme ravin, l’ « equity gap », où tombent et sombrent une grande partie de nos créations d’entreprises. Un ravin que l’on peut estimer de diverses manières à un manque de capitaux d’environ 4 milliards. Un autre constat est qu’il existe normalement une pyramide du financement des entreprises, avec par exemple aux USA de l’ordre de 100 milliards investis chaque année dans la création de 500.000 entreprises, 25 milliards investis par les Business Angels dans les 50.000 entreprises les plus prometteuses et enfin 15 milliards dans 1.500 entreprises par le « venture-capital » pour accélérer le développement des Google ou autres Facebook.

En France, cette pyramide est inversée ou tronquée avec un capital informel que l’on peut estimer à travers les capitaux sociaux à un peu moins de 4 milliards, des Business Angels dont la partie visible, les Réseaux, se situe à 120 millions ; et le capital-investissement qui, en 2008, avec ses 10 milliards (dont 2,4 milliards sur la partie risque et développement) écrase tout.

Il est d’autant plus étonnant de voir l’accent mis en France, depuis des années, sur l’importance du capital-investissement pour créer des entreprises, que tous les fonds qui se sont lancés dans l’amorçage ont fait des résultats nuls ou négatifs, y compris les FCPI.

Le constat de l’OCDE n’est –il pas la reconnaissance que, sauf rares exceptions, les fonds communs de placement ne peuvent aider à la création d’entreprises et que seuls des individus peuvent être économiquement efficaces sur le segment difficile et très risqué de l’amorçage ? Et que c’est le rôle de l’État, non de se substituer à une carence du marché où il ne peut être que moins efficace et plus dispendieux, mais de multiplier les investisseurs par des mesures d’incitations fiscales comme l’ont fait la plupart des pays et de s’assurer que l’innovation trouve non pas quelques sources de financement contrôlées par l’État mais un vrai marché où joue la concurrence ?

[1] National Endowment for Science, Technology and the Arts

Le 23 juin 2011 par Bernard Zimmern
Reconnue d'utilité publique, la Fondation iFRAP analyse depuis 1985 l'efficacité des politiques publiques et des administrations afin de proposer des réformes concrètes

www.ifrap.org

Mercredi 6 Juillet 2011
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