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Leave or let die


Souvenez-vous de ce fameux livre du sociologue Christian Morel sur les décisions absurdes.




Frank Escoubès
Frank Escoubès
Il y est dit notamment que la qualité d'une décision ne dépend pas du nombre de cerveaux qui l'ont élaborée, mais des équilibrages entre trois types de parties prenantes : le manager, l'expert et le candide. En vocabulaire Brexit : le politique, l'observateur et le citoyen. L'un des cas de biais cognitifs évoqué par Christian Morel, particulièrement fréquent dans les dynamiques collectives, traduit la situation suivante : l’expert est opposant à la décision du Manager (compte tenu souvent du coût exorbitant des conséquences de ladite décision) alors que le candide est d’accord avec la décision absurde en question.

Sounds familiar ?

D'aucuns diront bien entendu que le Brexit n'a rien d'absurde, qu'il n'est que la manifestation du droit absolu des peuples à disposer d'eux-mêmes, que si les propos de campagne ont été durs, les arguments de part et d'autre ont été nombreux et qu'il n'y a là que l'expression parfaitement légitime d'un camouflet des peuples face à la déconnexion des élites.

Et ils auront raison.

On peut toutefois se prêter au petit jeu du "what if". Connaissez-vous le paradoxe d'Abilène ? Celui qui vous force à passer la journée à faire quelque chose en famille que chacun d'entre vous projette comme étant le souhait de l'autre, quand chacun aurait préféré resté bien tranquille chez soi... Et si le Brexit n'était qu'un paradoxe d'Abilène magnifié à l'échelle d'une nation ?

Et si le débat démocratique britannique avait été affecté de l'une des plaies de la décision collective, affublée en psychologie sociale du terme de "profils cachés", qui stipule que dans tout forum, l’information partagée a plus de poids que l’information non partagée. Les membres d'un groupe ont en effet une propension naturelle à discuter de l'information qui a déjà été communiquée, au détriment bien évidemment de celle qui ne l'a pas encore été, ou qui l'a été trop tardivement.

Et si le processus délibératif britannique avait été victime d'un mauvais "cadrage cognitif" ? Grand basique de la psychologie délibérative, le fait de présenter un "cadre conceptuel" comme approprié pour réfléchir autour d'un sujet influe sur le raisonnement même, et peut conduire à des choix radicalement différents en fonction de la façon dont le problème a été formulé. Ainsi de la focalisation du "Remain" sur le discours économique, objet froid peu contagieux, et de l'agitation du "Leave" autour de l'épouvantail migratoire et de l'abandon de souveraineté, sujets ô combien émotionnels et irradiants. Si le "cadrage" intellectuel avait été différent, aurions-nous obtenu le même résultat ? Poser la question, c'est déjà y répondre.

Et si, plus fondamentalement, on avait procédé Outre-Manche à un reengineering audacieux de la démarche référendaire ? Si nous avions fourni aux citoyens britanniques les conditions d'une consultation rationnellement déterminée, appuyée sur trois piliers neufs :

- Un échantillon de citoyens de Sa Majesté tirés au sort, formés sur le thème de l'UE et de ses institutions (éternel casse-tête chinois pour qui n'est pas sinologue), et qui auraient eu à répondre, après "formation" et "argumentation", à la question référendaire posée ;

- Une organisation relevant des principes de la "démocratie liquide", basée sur la désignation, par lesdits citoyens tirés au sort, de représentants issus de leur rang, différents selon les sujets, en charge d'organiser et de coordonner les débats sur les thèmes clés de la consultation ;

- Des communautés d'experts-observateurs, indépendants (et idéalement internationaux afin d'éviter le tropisme UK) remplissant une fonction d'éclairage sur les questions les plus techniques, notamment les conséquences économiques du Leave ou l'impact réel des flux migratoires sur l'Etat-Providence au Royaume-Uni.

Bref, si l'on avait osé, sur une question démocratique aussi critique, un référendum 2.0 conçu pour contrer les multiples biais cognitifs et collectifs d'un tel exercice, nous aurions peut-être échappé à la gueule de bois. Au pays des pubs et du houblon, c'est une question de santé publique.

Frank Escoubès
Co-fondateur bluenove


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Jeudi 7 Juillet 2016
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