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Le marché du crédit aux particuliers s'est littéralement effondré en 2012…


une tendance qui ne devrait pas s'inverser en 2013.




Anthony Benhamou
Anthony Benhamou
L'exercice 2012 s'est soldé par de bien tristes statistiques ; une croissance économique en berne, un taux de chômage qui ne cesse de croître, un déficit public atteignant 4,8% du PIB et une dette publique légèrement au-dessus de 90% du PIB. C'est dans ce contexte que la production de crédits à destination des particuliers s'est effondrée en 2012.

Une véritable chute libre des réalisations de crédits à l'habitat

L'année 2012 a été marquée par un net repli des réalisations de crédits à l'habitat. La production nouvelle a en effet chuté de plus de 24% pour s'établir à 11 Md€ contre 14,5 Md€ en 2011. La France n'avait plus connu une telle diminution depuis 2009 où, en pleine crise financière et économique, la production nouvelle de crédits à l'habitat avait reculé de 23,5% par rapport à 2008. La situation est d'autant plus alarmante dès lors que l'observation se fait sur un axe temporel plus long ; en 2007 les réalisations de crédits à l'habitat atteignaient en effet plus de 20 Md€, ce qui signifie qu'en seulement cinq années, elles ont quasiment été divisées par deux.

Il convient pourtant de souligner que les conditions de marché sont relativement correctes. L'année 2012 n'a en effet pas été celle de la flambée des prix de l'immobilier à l'instar des années précédentes. Au contraire. Une diminution des prix a même pu être observée dans huit des dix principales villes de France dont Paris. En outre, les conditions d'emprunts sont historiquement bonnes avec des taux autour de 3% et 4% en fonction de la durée d'emprunt. Les notaires n'ont pourtant vu entrer dans leur étude que 650 000 acquéreurs contre 858 000 en 2011… un recul historique depuis plus de 50 ans. Deux phénomènes permettent d'expliquer cette évolution. Tout d'abord, si la tendance est légèrement à la baisse, les prix demeurent à des niveaux élevés relativement aux revenus des ménages ; à titre d'illustration, il est intéressant de constater qu'en moyenne les couples qui accèdent à la propriété dans la capitale gagnent environ 8 000€ par mois et disposent d'un apport de 200 000€… bien loin du revenu moyen des français. Le deuxième élément tient pour sa part à la conjoncture actuelle. Les français sont de plus en plus pessimistes quant à l'avenir, ils anticipent en effet des temps difficiles (à juste titre ?) et adoptent ainsi des comportements extrêmement prudents. Et tant qu'ils ne verront pas la lumière du phare, ils continueront à être pessimistes. Cette situation confère au marché de l'immobilier un risque de prophétie auto réalisatrice ; le nombre d'acquéreurs devrait ainsi passer en dessous de la barre des 600 000 pour l'exercice 2013.

Le recul du crédit à l'habitat proviendrait donc directement d'une diminution de la demande. Les enquêtes qualitatives menées par la Banque de France confirment ce diagnostic. Au premier semestre 2012, 52% des établissements de crédits interrogés estimaient effectivement que la demande de crédits à l'habitat avait « diminué quelque peu » et 29% estimaient qu'elle avait « diminué sensiblement ». A l'inverse, si au premier semestre 2012, 13% des établissements de crédits interrogés estimaient que les conditions d'octroi de crédit à l'habitat s'étaient « quelque peu durcies », les conditions d'octroi « n'ont pratiquement pas changé » aux troisième et quatrième trimestres 2012.

Une nette diminution des réalisations de crédits à la consommation

En 2012, la production nouvelle de crédits à la consommation s'est contractée pour sa part de 5% par rapport à 2011 pour s'élever à 35,8 Md€, et d'un peu plus de 20% par rapport au pic historique de 2007 où elle atteignait 45 Md€. Il s'agit du deuxième plus fort recul depuis 1991 derrière celui enregistré en 2009 (-13,6%) en pleine crise financière et économique. L'exercice 2012 se caractérise néanmoins par un ralentissement progressif de la dégradation de l'activité ; les réalisations chutaient en effet de 10,3% et de 5,1% aux premier et deuxième trimestres contre une diminution de 3,4% au troisième trimestre et de seulement 1% au quatrième trimestre.

Les réalisations de crédits automobiles et de prêts personnels contribuent nettement à la baisse du crédit à la consommation. Ces deux postes se contractent en effet de 5,5% et de 6,5% par rapport à 2011 pour atteindre respectivement 6,5 Md€ et 10,7 Md€. Le marché de l'automobile a en effet connu une année 2012 très perturbée enregistrant notamment un recul des immatriculations de 14% sur un an. Cette évolution contraste ainsi avec les deux années précédentes où le marché fonctionnait sous perfusion de la prime à la casse. La panne du marché de l'automobile devrait en outre s'aggraver durant l'année 2013 au fur et à mesure que la récession s'installe dans l'hexagone. L'évolution du crédit renouvelable participe également à la baisse des réalisations de crédits à la consommation. Les nouvelles utilisations de crédits renouvelables ont effectivement poursuivi leur effondrement en 2012 pour atteindre 11,8 Md€ contre 12,6 Md€ en 2011 (-6%) et 17,5 Md€ en 2007 (-48%). En cause notamment, l'entrée en vigueur en 2010 de la loi Lagarde, dont l'un des objectifs consiste en la réforme les taux d'usure. Les récentes annonces faites par Benoît Hamon, Ministre délégué chargé de l'économie sociale et solidaire, quant au renforcement de la loi Lagarde ne devraient en outre pas permettre une inversion de tendance pour les années à venir.

L'exercice 2013 serait dans le meilleur des cas similaire à celui de 2012

Les mauvaises performances 2012 du crédit à destination des particuliers sont étroitement liées à la morosité ambiante de l'économie française. Une tendance qui malheureusement ne devrait pas s'arranger en 2013 tant les perspectives économiques sont sombres. Le taux de chômage est actuellement à son plus haut niveau depuis 1999 alors même que le gouvernement ne cesse de marteler qu'il va inverser la tendance. Mais ne nous méprenons pas, une inversion de tendance (dans un futur indéterminé) ne serait évidemment pas suffisante pour restaurer à elle seule la confiance des ménages. Leur inquiétude grandissante ne peut ainsi que se traduire par des reports de projets ou, pire encore, des abandons… synonymes d'un exercice 2013 similaire à celui de 2012… dans le meilleur des cas.

En annexe, un ensemble de graphiques accompagnant cet article.

Achevé de rédiger le 03 avril 2013,

Anthony Benhamou

Anthony Benhamou est un économiste diplômé de l’université de Paris Dauphine. Il a notamment exercé pendant 3 années en tant que consultant auprès de grandes entreprises internationales. Maître de conférences à Sciences-Po Paris et tuteur enseignant à l’université de Paris Dauphine, il rédige par ailleurs avec Marc Touati de nombreuses chroniques économiques et financières pour le cabinet ACDEFI.


Vendredi 5 Avril 2013
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