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Comprendre la crise des subprimes


La crise américaine des subprimes et ses répercussions ont fait les gros titres à travers le monde. Giles Keating, responsable Global Research du Credit Suisse, en explique les origines ainsi que le mécanisme ayant entraîné un ralentissement économique aux Etats-Unis et dans d’autres zones.




La définition du terme de subprime

Reprenons les bases. Comment définir exactement un prêt subprime ?
Un prêt subprime est un crédit hypothécaire accordé à une personne qui a connu des défauts de paiement ou qui n'a jamais emprunté par le passé. Il s'adresse également à des emprunteurs présentant un profil à risque.

Quand et pourquoi les banques ont-elles commencé à proposer des prêts subprimes ?

Ce type de prêt est devenu à la mode ces quatre ou cinq dernières années. Les dossiers à l'origine de nombreux problèmes en ce moment sont ceux montés aux cours des deux dernières années, en 2006 et 2007.

Pourquoi ces prêts sont-ils devenus problématiques ?

Le problème est leur grand nombre. Cela s'explique en partie par le fait que ces crédits ont été consentis à une période où les prix de l'immobilier avaient augmenté - souvent jusqu'à des niveaux intenables - et que certains établissements accordaient des prêts sans garanties solides. On assistait même à certains cas de fraudes, qui voyaient les emprunteurs faire des achats spéculatifs, sans avoir forcément l'intention d'occuper les logements. Le but était de revendre à profit ou de louer, ce qui allait à l'encontre des termes de l'hypothèque. Par conséquent, la qualité du crédit s'est dégradée très rapidement en l'espace de deux ans.

Ce type de crédit n'est-il disponible qu'aux Etats-Unis ?

Des crédits présentant des caractéristiques similaires ont été accordés dans d'autres pays, comme le Royaume Uni, mais le subprime proprement dit est un phénomène exclusivement américain.

Quand la crise s'est-elle déclarée et quel a été l'élément déclencheur ?

Les premiers signes avant-coureurs sont apparus à la fin de l'année 2006 et au cours des premiers mois de 2007. La crise s'est vraiment déclarée en août 2007, lorsqu'il est devenu évident que le risque de ces prêts avait été fortement sous-estimé. Les défauts de paiement allaient se révéler beaucoup plus importants que prévu, en raison de la mauvaise qualité des crédits que j'ai évoquée à l'instant.

Bon nombre de ces prêts étaient intégrés dans des montages financiers complexes. Pouvez-vous nous expliquer cela ?

Les établissements financiers ont utilisé ces hypothèques en tant que garanties destinées à étayer la valeur d'autres titres. Ces derniers étaient ensuite vendus à différents groupes d'investisseurs. L'assemblage de ces actifs titrisés laissait à penser que la plupart, cotés AAA par les agences de notation, présentaient peu de risques, seule une petite partie impliquant un danger plus important. Les lots censés être les plus sûrs ont été pour la plupart vendus à des banques, lesquelles pensaient effectuer un investissement peu risqué.

Dans quelle mesure les banques ont-elles été affectées ?

Comme je l'ai indiqué, les banques détenaient les parties prétendument les moins risquées des produits titrisés. Pourtant, il s'est avéré que ces actifs d'apparence fiable étaient encore sujets à des pertes ou à des risques de pertes. Les banques ont donc dû se rendre à la raison. Dans leur comptabilité, elles ont passé une provision destinée à couvrir des pertes ou des risques de pertes au cas où même la partie la moins risquée des produits titrisés serait exposée.

Comme on le sait, cela a eu un effet négatif sur les banques. Les marchés financiers et l'économie ont-ils été contaminés ?

Dans une grande mesure. Quand des banques enregistrent de telles pertes, elles ont nécessairement moins de capitaux à disposition. Certes, elles ont en partie compensé ce problème en faisant appel à des actionnaires, existants ou nouveaux, mais elles ne disposent plus du même volume de capitaux qu'auparavant. Elles sont devenues beaucoup plus prudentes et les réglementations se font bien plus strictes. De ce fait, les banques n'ont plus la même capacité ou la même volonté à prêter de l'argent. Or, en accordant moins de crédits, elles provoquent une réduction générale de la voilure, à savoir une contraction au niveau des marchés financiers et du crédit mis à disposition de l'économie réelle. Ces deux phénomènes ont tendance à faire baisser le prix de certains actifs financiers, du fait d'un effet de levier moindre, et à freiner la croissance de l'économie réelle.

Le grand public craint de voir les banques faire faillite. Est-ce une possibilité envisageable ?

Il est nécessaire de bien distinguer entre problèmes de liquidité d'un côté et, plus radicalement, insolvabilité ou faillite de l'autre. De nombreuses banques ont bel et bien souffert de problèmes de liquidité, à des degrés divers. Le cas de Bear Stearns a été le plus extrême. Il a conduit le bureau de la Réserve fédérale américaine à faciliter le rachat de Bear Stearns par JP Morgan. J'ai vu dans cette initiative un signe très positif, qui est le suivant: en cas de gros problèmes de liquidité dans certaines composantes du système bancaire, les autorités interviennent pour prévenir leur répercussion dans le système financier. Parallèlement, les instances régulatrices, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou ailleurs, ont injecté des liquidités sur le court terme afin de traiter cette partie du mal.

Le problème de la faillite ou de l'insolvabilité est très différent. Il se manifesterait si le volume des prêts consentis avait effectivement dépassé les capitaux à disposition de la banque. Bien entendu, les établissements du monde entier sont tenus de disposer de ratios de capitaux minimaux ou d'une solide assise en fonds propres. Ceux-ci sont destinés à agir comme le pare-choc d'une voiture, qui protège les passagers du véhicule. En l'occurrence, ce capital a agi en tant que tel. Cela suppose que les actionnaires perdent de l'argent, mais que les clients ayant déposé de l'argent dans la banque sont bien moins exposés dans la mesure où ils sont entourés de cette protection. Comme nous l'avons vu, les banques ont dû pallier l'usure de ce tampon en faisant appel à leurs actionnaires ou en en sollicitant de nouveaux. Toutes ces précautions contribuent à maintenir au plus bas le risque de faillite ou d'insolvabilité pour les grandes banques du monde.

Que faut-il en déduire pour l'avenir du système bancaire et de l'économie ?

Il faut s'attendre à un système bancaire qui, globalement, se montrera beaucoup plus prudent dans l'octroi de prêts. Le taux de croissance des prêts et le taux d'expansion total du crédit vont vraisemblablement être beaucoup plus modérés sur les cinq prochaines années que sur les cinq dernières. Par voie de conséquence, les banques devront réétudier leur mode de fonctionnement. Dans certains cas, cela passera par la recherche d'autres sources de revenus. Dans d'autres, les banques devront accepter de ne plus voir l'ampleur de leurs opérations croître à la même vitesse.

D'un point de vue économique, cela implique qu'il faudra composer avec un taux de croissance du crédit moindre. Les Etats-Unis ainsi qu'un ou deux autres pays, comme le Royaume-Uni, vont être particulièrement affectés, et ces chamboulements ne seront pas simples à accepter car les gens devront revoir leur comportement. Pour l'économie mondiale dans son ensemble, en revanche, cette nouvelle donne se présente de manière assez bénéfique. En effet, certains indicateurs révèlent que nous avons connu un excès de croissance. Citons à titre d'exemple le gros déficit commercial qui s'est creusé aux Etats-Unis. Cette nouvelle configuration va faire pencher l'équilibre commercial vers d'autres pays qui n'étaient pas autant dépendants du crédit bancaire.

Faut-il encadrer l'octroi de prêts subprimes par des réglementations à l'échelle mondiale ?

Il faudrait effectivement revoir le volume de capital que les banques doivent mettre de côté quand elles ont accordé un prêt subprime. Les instances régulatrices sont en train d'?uvrer dans ce sens. Certaines propositions ont été émises dans le cadre des accords de Bâle II. Je pense qu'elles doivent être examinées et que les détails doivent faire l'objet de discussions, mais elles indiquent à n'en pas douter la direction à prendre. Bien entendu, elles concernent l'avenir et ne pourront pas réparer les pots cassés.

Par Giles Keating, responsable Global Research
www.credit-suisse.com

Définition du terme de subprime :

Crédit hypothécaire accordé à un preneur de crédit dont la solvabilité est très faible. Au moins deux retards de paiement de 30 jours au cours des 12 derniers mois, ou bien au moins un retard de paiement de 60 jours au cours des 24 derniers mois; décision judiciaire, exécution forcée, expropriation forcée ou amortissement au cours des 24 derniers mois; faillite au cours des cinq dernières années; probabilité relativement forte de défaillance de paiement, c.-à-d. un score FICO égal ou inférieur à 660 (désormais 620), en fonction du produit et de la couverture; rapport entre dettes et revenus égal ou supérieur à 50% ou autre limitation de la possibilité de subvenir aux besoins de la famille après déduction sur le revenu des dettes mensuelles.

Jeudi 29 Mai 2008
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