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Comment encourager le développement pérenne de l’entrepreneuriat en France ?


Thomas Legrain, Président de TL Conseil, société de Stratégie et de Lobbying




Thomas Legrain
Thomas Legrain
CFO-news : Thomas Legrain, bonjour. Vous êtes Président de TL Conseil, société de Stratégie et de Lobbying. Lorsque Renaud Dutreil était ministre des PME, on a beaucoup parlé entrepreneuriat alors faut-il encore imaginer de nouvelles mesures en faveurs des PME ou l’essentiel a-t-il était fait pour qu’elles puissent naître et se développer de manière pérenne dans notre pays ?

Thomas Legrain
: Alors que le gouvernement et les parlementaires sont au travail, que les cabinets ministériels sont constitués depuis 6 mois maintenant, il me semble opportun que tous les représentants de la société civile puissent de nouveau alimenter le débat public en formulant des propositions simples et concrètes sur les problématiques que nous connaissons bien. Histoire de ne pas laisser se creuser le fossé qui a toujours existé entre la sphère politique et la société civile …

Familier des problématiques liées à l’entrepreneuriat, auteur d’un blog consacré à l’entrepreneuriat
www.thomaslegrain.com et d’un site Internet www.portail-creation-entreprise.com qui propose de très nombreux services aux créateurs d’entreprises, je pense qu’il y a encore beaucoup à faire en faveur du développement pérenne de l’entrepreneuriat en France.

Je souhaiterais verser au débat public 10 propositions de mesures qui pourraient constituer le programme du gouvernement en faveur des PME pour les années qui viennent, sachant que quelques unes sont en passe d’être reprises par le gouvernement, malheureusement bien souvent avec des plafonds.

Lorsqu’on parle entrepreneuriat en général et création d’entreprises en particulier, le thème qui revient le plus fréquemment est le financement. Avez-vous des propositions concrètes à faire sur ce sujet ?
Oui, bien entendu. Je vous en proposerais trois qui je pense ont le mérite d’être concrètes et innovantes.

1. Attirer les patrimoines privés importants vers la création d’entreprises innovantes en permettant de déduire de l’ISF 40% du montant des versements effectués au cours de l’année d’imposition au titre de l’ensemble des investissements directs dans des PME non cotées. Ces versements seront retenus sans plafond.
Le gouvernement a commencé à aller dans ce sens mais avant même d’être appliquée, cette mesure perd tout sous sens dès lors que l’on permet à ceux qui paient l’ISF d’investir dans des fonds, notamment des FIP. Il est évident qu’il fallait réserver cette mesure exclusivement à l’investissement direct qui permettait en échange d’un avantage fiscal de s’assurer que les investisseurs particuliers allaient apporter aux jeunes entreprises de l’argent bien sûr mais également de l’expérience, des compétences et un carnet d’adresses. On avait là un formidable levier pour augmenter en France le nombre de business angels et rattrapé notre retard par rapport à des pays comme l’Angleterre ou les Etats-Unis. Aujourd’hui ceux qui paient l’ISF vont pouvoir investir dans des fonds avec comme unique objectif de profiter de l’avantage fiscal et sans même se soucier de l’accompagnement des PME. De leur côté les fonds en question chercheront un TRI et ne modifieront en rien leur politique d’investissement. Tout laisse à penser que ça fera un peu plus d’argent pour les entreprises déjà financées et que celles qui n’arrivent pas à se financer aujourd’hui car jeunes et de petites tailles ne profiteront pas de cette mesure. C’est dommage !

2. Les assureurs se sont engagés en septembre 2004 à accroître la part des financements qu’ils accordent aux PME de croissance (leur engagement dans le non côté représente 1,5% du total des actifs gérés en 2006 contre 1,2% en 2005). Les premiers bénéficiaires sont les membres de l’AFIC qui ont ainsi pu augmenter le montant des fonds qu’ils ont sous gestion. Cette solidarité mise en place sur la chaîne du financement entre assureurs et fonds de capital risque mériterait d’être également mise en place entre les fonds de capital risque et les fonds d’amorçage afin de résoudre l’éternel problème de l’amorçage, lié à l’absence de rentabilité de ce segment d’investissement sur le plan macro économique. Les membres de l’Afic devraient accepter « de renvoyer l’ascenseur » en consacrant une partie des montants gérés à l’amorçage. Au même titre que l’effort consenti par les assureurs en augmentant leurs engagements dans le non côté ne modifie par leur TRI dès lors que les montants relatifs restent faibles, si tous les investisseurs en capital risque s’obligeaient à investir directement ou dans le cadre d’une activité de fonds de fonds (cas le plus probable) 1,5% des montants qu’ils gèrent dans l’amorçage, il n’y aurait pas d’impact visible sur leur TRI et la problématique de l’amorçage en France pourrait avec cette mesure trouver une solution crédible et pérenne (qui n’a globalement pas à ce jour été apportée ni par les FIP, ni par France Investissement et qui ne pourra pas l’être compte tenu des objectifs légitimes attendus en terme de TRI).

3. Enfin, je pense qu’il faut tout mettre en œuvre pour promouvoir le crédit bail comme mode de financement du transfert de technologies des grands groupes vers les jeunes entreprises.
Le recours au crédit bail pour financer le transfert de technologies permettrait de concilier les objectifs :
- Du grand groupe offreur de technologies qui souhaite bénéficier d’un paiement forfaitaire, souvent déterminé en fonction des investissements passés,
- De la jeune entreprise, acquéreuse de technologies, qui préfère différer les charges financières après la période initiale de mise au point, d’investissement pour la production et le lancement commercial.

C’est bien de créer des entreprises, mais encore faut-il s’assurer de leur pérennité. Or dans la vie d’une entreprise tout le monde sait qu’on est souvent confronté à des difficultés. Que peut-on faire pour aider les entreprises qui doivent faire fasse à des difficultés ?
Il me semble nécessaire d’encourager le développement du mandat ad hoc dans la mesure où il permet à toute entreprise de surmonter en toute confidentialité une crise ponctuelle. Malheureusement ce dispositif est encore trop peu utilisé à la fois parce qu'il est méconnu (même s’il a été confirmé dans la nouvelle loi sur la sauvegarde du 26 juillet 2005) et parce qu'il entraîne des dépenses en conseil et accompagnement à un moment où l'entreprise n'a justement pas d'argent. Pour faire face au manque de trésorerie auquel sont confrontés les chefs d’entreprises, il est possible de mettre en place un système de mutualisation de la prévention des difficultés. Le contrat Prévention des Difficultés des Entreprises a été créé récemment pour mettre les dirigeants de PME, y compris les créateurs d’entreprises, à l’abri des aléas financiers. Le montant du fonds de prévention s’élève à 30.000 Euros par an et par PME assurée. La garantie prend effet au terme d’un délai de six mois à compter de la signature du contrat, ce qui constitue un délai très court pour tous ceux qui créent leur entreprise et dont on sait que leur pérennité est mise à mal pendant les deux premières années. Le fonds est utilisable lorsque la prévention est à l’initiative du chef d’entreprise dans le cadre d’une demande de mandat ad hoc ou de conciliation. Il peut également être utilisé dans le cadre des procédures et des droits d’alerte légaux initiés par des tiers. Ce contrat d’assurance mériterait qu’une réflexion soit mise en place afin de trouver des idées pour qu’il puisse être très largement diffusé auprès de toutes les PME.

Vous militez de manière très active en faveur du développement des relations entre les PME et les grandes entreprises. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos propositions ?
Effectivement, il est important de trouver des idées pour améliorer les relations entre les PME et les grandes entreprises dans une relation gagnant / gagnant.
Je vous proposerai deux mesures simples et concrètes :

1. Faire rentrer dans la notation des entreprises sur leur contribution au développement durable la part des budgets fournisseurs qu’elles consacrent aux jeunes entreprises ainsi que les délais de paiement.
Ce critère pourrait être introduit dans deux rubriques de la méthodologie de notation des agences : les relations clients fournisseurs et l’environnement sociétal.
Si les grandes entreprises acceptent d’ouvrir leur liste de fournisseurs à l’INSEE, ce dernier pourra en tant qu’acteur indépendant déterminer le ratio de manière totalement objective et incontestable.

2. Obliger toutes les entreprises cotées sur un marché réglementé à indiquer dans leur rapport annuel le montant et le pourcentage de leurs dépenses qu’elles réalisent avec des jeunes entreprises ainsi que le délai moyen de paiement qu’elles pratiquent à l’égard des jeunes entreprises.

La formation est un levier important pour développer l’esprit d’entreprendre dans notre pays. Auriez vous là aussi quelques idées à nous proposer ?
Cette question a fait l’objet d’un rapport que j’ai remis en juillet 2007 au Président du Sénat. Vous pouvez y accéder sur mon blog www.thomaslegrain.com/documents/rapport-te2007-versionfinale.pdf
Je retiendrai ici 3 mesures :

1. Créer une Université de l’Entrepreneuriat entièrement fondée sur de l’enseignement à distance (e-learning), accessible à tous les étudiants.
L’Open University en Angleterre est construite sur ce modèle, même si elle n’est pas exclusivement orientée sur de formations dans le domaine de l’entrepreneuriat. Plus de 1.000 formations à distance sont disponibles via Internet sont disponibles et plus de 200.000 personnes sont formées chaque année. Quelques centaines de tuteurs professionnels répondent aux questions des étudiants.

2. Imposer comme un standard l’existence d’une structure d’accompagnement des créateurs d’entreprises dans l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur.
La création de structures d’accompagnement des créateurs d’entreprises au sein des universités et des grandes écoles devrait leur permettre progressivement de devenir des lieux incontournables de la création d’entreprises.

3. Inclure dans tous les cursus BAC + 4 et BAC + 5 un stage obligatoire « Assistant du dirigeant ».
Durant ce stage, qui pourrait avoir une durée minimum de 2 mois, l’étudiant serait directement rattaché au dirigeant de l’entreprise. Ce contact direct lui permettrait d’appréhender de manière très concrète la direction d’une entreprise.
Comme il existe infiniment plus de dirigeants de PME que de grandes entreprises, l’immense majorité des stagiaires se trouvera de fait confrontée à la gestion quotidienne d’une PME, au contact d’un dirigeant qui dans bien des cas sera le créateur ou le repreneur de l’entreprise. Ce contact avec un entrepreneur ou un intrapreneur dans le cas d’un dirigeant d’une grande entreprise leur permettra de se familiariser avec l’entrepreneuriat, d’appréhender concrètement les enjeux, les risques et les difficultés liés à la direction d’une entreprise.

Monsieur Thomas Legrain, je vous remercie et vous donne rendez-vous dans un prochain numéro de CFO-news.


Contact :
Thomas Legrain
www.thomaslegrain.com
www.portail-creation-entreprise.com

Mardi 6 Novembre 2007
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