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Management des risques : apprenons de nos erreurs


Il serait malvenu de laisser entendre que la faiblesse du marché hypothécaire américain, les insuffisances des produits structurés ou encore la notion de juste valeur sont les seules causes nous ayant conduit dans la zone de turbulence que nous traversons.




Patrick Jaulent
Patrick Jaulent
Certes nous ne pouvons pas nier l’existence de celles-ci, mais j’ai toutefois la conviction que tout aurait pu être évité voire atténué, si les organismes financiers (banque, assurance,..) avaient mis en place une approche globale du management des risques. La réalité fut tout autre. Reconnaissons que dans de nombreuses banques, le management des risques n’a pas progressé au rythme de l’innovation, de la complexité financière et de l’environnement (conditions des marchés favorables / conditions des marchés défavorables)

Prenons le cas par exemple de la notion de juste valeur présentée en introduction, comme l’une des causes de la turbulence. L’histoire de la juste valeur commence par la création cette dernière décennie d’un ensemble de produits (dérivés financiers,..) pour lesquels l’évaluation au coût historique n’est plus pertinente. La juste valeur se présente alors comme la seule méthode capable d’offrir une évaluation pertinente et fiable. La juste valeur est une estimation des instruments financiers par le marché. Elle permet donc de déceler les éventuels problèmes de solvabilité susceptibles d’affecter les établissements, car elle reflètera toute dégradation de la qualité de leurs bilans. Mais la juste valeur présente des inconvénients de trois ordres : la subjectivité des méthodes d’évaluation, la plus grande volatilité induite et, liée à cette dernière, le privilège accordé au court terme. Ainsi :

1. Lorsque les marchés financiers sont actifs, les prix négociés sont en théorie, le résultat d’un consensus entre acheteurs et vendeurs sur les flux de trésorerie à venir issus des instruments financiers et sur le niveau d’incertitude qui les entourent. Ainsi, la juste valeur coïncide avec le prix du marché. Mais lorsque les marchés ne sont pas actifs les prix du marché ne sont donc pas disponibles et dans ce cas la juste valeur est fixée à l’aide de modèles à forte subjectivité. Il y a risque pour l’économie !
2. La juste valeur a tendance à augmenter la volatilité des bilans bancaires, des comptes de résultat et par conséquent du niveau de fonds propres réglementaires que doivent détenir les banques. Ce phénomène amplifie donc la procyclicité des marchés financiers. Ainsi, dans la mesure où la juste valeur tient compte des conditions du marché à un instant donné, le compte de résultat sera fortement influencé par les conditions temporaires. Sans vouloir trop développer dans ce point, je dirai que les banques pour satisfaire les exigences de provisionnement et de fonds propres, risqueraient de moins prêter à l’économie. Il y a risque pour l’économie !
3. Dans le cas d’un accroissement de la volatilité des comptes de résultat des banques (cf. point 2), les dirigeants des banques auront donc intérêt à favoriser le court terme, et à ignorer le long terme y compris les risques y afférents. De manière pratique cela pourrait se traduire par des décisions d’investissement en fonction de la notation des établissements. Les investisseurs évitent les secteurs dont la notation est très volatile. Il y a un risque pour l’économie !
Apparemment ces hypothèses n’étaient pas imaginées par les concepteurs des modèles de juste valeur créés dans une économie favorable, et non testés si les conditions se dégradaient. Mais voilà, en été 2008 un cygne noir est apparu : une liquidité fortement asséchée sur un grand nombre de marchés. Les entités qui évaluaient alors certains produits à l’aide de prix de marché antérieurs à l’assèchement furent contraintes d’utiliser d’autres modèles dont les données n’étaient pas directement observables sur les marchés. On connaît la suite !

Prenons le cas également de certaines banques qui ont en priorité, et presque exclusivement cherché à appliquer Bâle II. Or, l’accord de Bâle ne concerne que les actifs détenus dans le portefeuille bancaire alors que la crise actuelle concerne des actifs détenus dans le portefeuille de négociations voire dans des structures hors bilan. A leur dépend, ces banques ont ainsi observé que lorsque les prix se sont brusquement mis à chuter ou lorsque la liquidité des ces actifs s’est soudainement évaporée, elles ont été contraintes de se raccrocher à des actifs (en les finançant) censés être vendus à d’autres investisseurs. Le processus de déstabilisation financière était en route.

Certes le secteur financier a fait son mea culpa, mais à sa décharge les événements produits étaient extrêmement difficiles à prévoir avec les outils de management des risques actuels (cartographie des risques, carte de chaleur,..). Nous devons apprendre de nos échecs pour nous améliorer.

Qu’avons-nous appris par exemple ?

- Nous avons appris que l’utilisation de la juste valeur lorsque la situation du marché financier n’est plus liquide pose de nombreux problèmes ayant un impact sur la stabilité financière.

- Nous avons appris que des classes d’actifs tels que les LBO (rachat avec effet de levier) et les RMS (titres de créances hypothécaires résidentielles) ou les RMS et les CMBS (titres de créances hypothécaires commerciales) étaient fortement corrélées.

- Nous avons également appris que des cygnes noirs peuvent survenir. Imaginer l’évaporation de la liquidité sur tous les segments de marché était tout simplement inconcevable pour les experts en finance. Or, c’est arrivé.

Ces simples constatations m’amènent à penser que la recherche sur les risques dans le secteur financier doit être intensifiée et que l’identification des cygnes noirs et celle des corrélations entre les risques devraient déboucher sur une vision plus réaliste et une meilleure appréhension des risques. Cette recherche fait désormais partie de mon quotient lorsque j’aide les organismes (banque, assurance) à concevoir et à piloter leur stratégie.

Patrick Jaulent
"Président du club Balanced Scorecard et Performance Europe"
Partenaire-expert CFO-news

Lundi 1 Mars 2010
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