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Le NY Times et l'utérus à louer


Où sont partis les 50 milliards que Bernard L. Madoff, aka Bernie l’Embrouille, avoue avoir perdus? On entend que les managers de hedge funds se sont retirés dans leurs suites et lèchent leurs portefeuilles sanguinolents. Mais avant d’avoir tant perdu, où et comment ont-ils dépensé leur argent ?




Le NY Times et l'utérus à louer
Alex Kuczynski nous apporte des éléments de réponse. Alex est une femme, grande, brune, et très riche. Elle vit à New York où elle a longtemps animé la chronique des gens riches et célèbres du New York Times, avant d’en devenir elle-même le sujet. Son mari Charles Stevenson est un manager de hedge fund milliardaire. Charles a 20 ans de plus qu’Alex, qui est sa quatrième épouse. Des trois premières, il a déjà 5 enfants. Ensemble Charles et Alex mènent grand train : un duplex sur Park Avenue, une maison dans les Hamptons pour l’été, et l’hiver dans un ranch en Idaho.

C’est la belle vie pour Alex, mais quelque chose manque à son bonheur : un bébé. Ce seul élément vient fausser la phénoménale arithmétique de son existence. Oui, Alex est malheureuse et désespérée : depuis des années, elle est tombée plusieurs fois enceinte, mais elle accumule les fausses couches. A près de 40 ans, elle sent que la porte biologique se ferme sur elle. C’est alors qu’elle décide de prendre son compte en banque par les cornes. La biologie et la chirurgie, Alex connaît bien. Elle est l’auteur du best-seller « Beauty Junkies », une enquête sur le marché à 15 milliards de la chirurgie esthétique aux USA. Forte de ses connaissances, de sa frustration, et armée des fonds sans fond que lui fournit Charles, elle met au point une solution qui ne cesse, depuis avril, de faire scandale.

En 2007, Alex met au concours une position d’utérus à louer. Le marché est le suivant : Alex et Charles donnent du sperme et un ovule à une femme contre 25'000 dollars. Celle-ci s’engage à porter le fœtus, à lui donner naissance et à retourner pour toujours et sans se retourner dans le trou dont elle sortie. Cathy Hilling est une institutrice qui vit à Harleysville, Pennsylvanie. Elle accepte en déclarant que pour elle, porter un enfant est vraiment une sinécure. Elle pose même avec un gentil sourire et en training sur la couverture du NY Times Magazine, qui contient le récit de l’aventure sous la plume même d’Alex. Aux côtés de Cathy, Alex pose en little black dress sans manches et en talons hauts, sous le titre « Son corps, mon bébé ». A l’intérieur, les photos sortent tout droit d’une machine à remonter le temps. Alex pose en tenant son nouveau-né devant sa superbe maison à colonnes blanches. Derrière elle, au garde-à-vous, une nurse en uniforme est prête à reprendre dans ses bras la petite usine à caca que sa maman biologique étreint, juste le temps du cliché. Cathy Hilling pose elle sur le porche rongé par l’humidité de sa maisonnette. Les 25'000 dollars lui permettront d’offrir une éducation à son fils, son vrai fils.

Depuis l’histoire d’Alex alimente toutes sortes de chroniques : morales, pour ceux qui débattent des aspects éthiques de l’affaire ; financières, pour ceux qui font les compte de l’opération ; mais aussi mondaines, puisqu’on murmure que le mariage d’Alex et Charles bat de l’aile. Thomas Frank du Wall Street Journal explose de fureur et déclare tout de go que la maternité sera bientôt « un sale job de plus pour la classe ouvrière ». Dans le Guardian, Tracy Quan traite Thomas Frank de macho naïf et célèbre l’émouvante connivence qui est née entre Alex et Cathy. Il me semble que l’histoire d’Alex apporte surtout une réponse civilisationnelle à l'éternelle question : qu’êtes-vous prêt à faire pour de l’argent ? Notre époque, et d’autres époques avant elle, a simplement répondu : tout.

Je n’accuse pas Cathy Hilling. Face à la possibilité de mettre son garçon à l’université, qui est payante aux USA, elle a accepté une tâche complexe, dangereuse et émotionnellement surchargée. Alex, elle, n’a fait que subir, sans se poser de questions, la tentation de pouvoir absolu que lui offre son immense fortune. Devant un obstacle naturel et constellé de questions humaines délicates, Alex a sorti son chéquier. Ainsi l’argent, dans ce cas précis, me semble jouer un rôle infiniment plus important que le sexe, la maternité ou la question féminine. En effet, l’impossibilité de donner le jour est certainement une douleur profonde et réelle. Comme est profonde et réelle la douleur de ne pas pouvoir offrir d’éducation à ses enfants, ou de vêtements, de nourriture, ou d’eau potable.


David Laufer
Partenaire expert CFO-news

www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005


Vendredi 26 Décembre 2008
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