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France 2030 : cinq scénarios de croissance


Vincent Chriqui, Directeur général du Centre d’analyse stratégique et Benoît Cœuré, Directeur général adjoint du Trésor, Chef économiste ont rendu public le rapport du Centre d’analyse stratégique et de la Direction générale du Trésor "France 2030 : cinq scénarios de croissance" le mercredi 11 mai 2011.




Quelles sont les perspectives de croissance de l’économie française à long terme ? La croissance potentielle française a-t-elle été durablement affectée par la crise, et si oui, par quels mécanismes économiques pourra-t-elle rebondir ? Ce sont ces questions que ce rapport, commandé par le Premier ministre, tente d’éclairer.

Rédigé en collaboration par le Centre d’analyse stratégique et la DG Trésor, ce rapport synthétise les échanges entre les économistes de l’administration, de la banque et les universitaires qui ont eu lieu au cours des séances de travail du groupe. Il propose une réflexion en amont sur les risques et opportunités pour l’économie française à l’horizon 2030. Cinq scénarios contrastés d’évolution sont ainsi proposés afin d’illustrer les trajectoires de croissance possibles à long terme.

Un impact de la crise différencié selon les économies

Le contexte actuel de sortie de crise est marqué par de nombreuses incertitudes. Le questionnement sur les perspectives de croissance à long terme se double en effet d’interrogations sur les conséquences, potentiellement durables, d’une crise qui s’est distinguée par son ampleur globale mais qui n’affecte pas tous les pays de la même façon.

À court terme, l’impact de la crise sur les économies, mesuré en pertes de niveau de production, a été variable selon les pays. La France, qui a enregistré un repli de 2,6 % seulement de son produit intérieur brut en 2009, contre 4,1 % dans la zone euro, a été l’un des pays qui a le mieux résisté à la crise. Sur le long terme, la réaction des économies sera probablement distincte aussi et dépendra de la manière dont les déterminants de la croissance potentielle auront été affectés et des choix de politique économique qui seront faits par les gouvernements dès la sortie de crise.

La trajectoire de long terme de l’économie française dépendra donc à la fois de son environnement extérieur et des facteurs de croissance fondamentaux que sont la population active et les gains de productivité.

Le rôle clé du policy mix pour créer un contexte favorable à l’investissement

Dans les années à venir, le renforcement de la régulation bancaire, préfiguré par la mise en place de Bâle 3, devrait peser légèrement à la hausse sur le coût du capital, tout en garantissant des économies plus stables.

Au-delà de la réglementation financière, le rythme d’accumulation du capital en France dépendra à la fois de la qualité des politiques économiques mises en œuvre dans le pays et en Europe et de la trajectoire des économies émergentes et des États-Unis. Plusieurs évolutions des conditions de financement de l’économie sont envisageables. Une hausse du coût réel du capital dans un contexte de déflation et de défiance généralisée serait défavorable aux investissements productifs, à la R & D et à la mise en œuvre de projets de grande envergure. À l’inverse, le maintien d’un coût du capital à un niveau relativement bas pourrait encourager les prises de risque inconsidérées et une mauvaise allocation du capital. Le risque est que l’investissement reste dynamique mais soit mal orienté, peu soucieux des perspectives de long terme (soutenabilité financière, soutenabilité environnementale), ce qui in fine pénaliserait la croissance.

L’enjeu est donc de trouver, dans chaque circonstance, un policy mix équilibré, permettant de réaliser les ajustements budgétaires nécessaires en sortie de crise tout en soutenant les efforts d’investissement favorables à une mutation des modèles de croissance. Ce policy mix nécessitera aussi une coordination des politiques économiques et budgétaires au sein de la zone euro et au-delà, avec les grandes économies développées et émergentes.

Des opportunités sectorielles à saisir

La France doit relever de nombreux défis dans le domaine de l’innovation et des gains de productivité. En effet, la tendance des gains de productivité globale des facteurs (PGF) semble s’infléchir depuis quelques années et les avantages comparatifs à l’exportation se réduisent, notamment en raison d’un déficit de compétitivité hors-prix des produits français. La France ne manque pourtant pas d’atouts, elle dispose d’une formation universitaire de haut niveau, d’excellentes infrastructures et attire de nombreux investissements internationaux, autant d’éléments qui peuvent être mis au service de l’innovation et stimuler les gains de productivité. Si la France veut conserver une place de premier ordre dans l’économie mondiale, elle doit renforcer ses gains de productivité et opérer une réorientation de son appareil productif.

De nombreuses opportunités sectorielles se dessinent par ailleurs en sortie de crise et offrent la possibilité de définir les contours de nouveaux modèles de croissance. Ainsi, le développement des TIC pourrait trouver un second souffle grâce aux synergies avec les domaines de la santé, de l’éducation, de la lutte contre le changement climatique, par exemple. Les évolutions de société, le vieillissement de la population et la tertiarisation de plus en plus importante de l’économie offrent également la possibilité de développement de nouveaux secteurs et produits. De même, la prise en compte - nécessaire - de la contrainte environnementale suppose des coûts à court et moyen terme mais peut engendrer des gains liés à l’innovation notamment et favoriser la croissance à long terme.

Une population active plus dynamique que chez nos partenaires européens et dont l’insertion sur le marché du travail dépend des politiques qui seront menées

En dépit du vieillissement de sa population, la France bénéficie d’une démographie relativement dynamique comparée notamment à ses partenaires européens. Entre 2010 et 2030, la France devrait compter 500 000 actifs supplémentaires. Compte tenu du niveau élevé actuel du taux de chômage, la contribution du travail à la croissance potentielle dépendra aussi de l’évolution de la situation sur le marché du travail.

À court terme, la situation sur le marché du travail est détériorée dans de nombreux pays développés, avec des taux de chômage supérieurs à 9 %. Ces taux de chômage élevés masquent des modalités d’ajustement hétérogènes de l’activité et de l’emploi. Ainsi, à chute de l’activité comparable, l’ajustement s’est plutôt fait par la réduction des effectifs employés aux États-Unis et par la réduction des heures travaillées en Europe. En France, comme dans beaucoup de pays développés, l’augmentation conjoncturelle du chômage semble accélérer les mutations d’ordre structurel sur le marché du travail liées à une tertiarisation continue de l’économie, une féminisation des emplois, des besoins croissants de cadres compatibles avec une augmentation du niveau de formation mais aussi des besoins croissants d’emplois peu qualifiés dans les services.

Ainsi, même si la crise s’est accompagnée en France d’une augmentation du chômage conjoncturel plus faible qu’on ne pouvait le craindre compte tenu de la baisse de l’activité, elle risque toutefois d’ajouter une nouvelle couche à un chômage de long terme déjà relativement élevé avant crise. Des politiques susceptibles de contribuer à un retour à terme vers le plein emploi sont donc nécessaires à courtmoyen terme.

Cinq scénarios illustratifs des perspectives de croissance de la France à l’horizon 2030

Les perspectives d’évolution de l’environnement international et des principaux déterminants de la croissance en France suggèrent cinq scénarios d’évolution possibles :
- un scénario Noir de trajectoire pessimiste de l’économie française dans un contexte de déflation généralisée ;
- un scénario Fil de l’eau de prolongation des tendances de reprise molle qui se dessinent actuellement ;
- un scénario Croissance non soutenable qui matérialise, après une période de croissance relativement dynamique, les pertes associées à un assainissement seulement partiel des déséquilibres ayant conduit à la crise et à la non prise en compte de la contrainte environnementale ;
- un scénario Croissance soutenue et soutenable qui pointe les gains associés à la réorientation de l’appareil productif dans une perspective soucieuse de l’environnement ;
- un scénario Croissance soutenue et soutenable et Marché du travail plus efficace qui illustre les gains supplémentaires associés à la mise en œuvre de politiques volontaristes sur l’emploi dans le cadre du scénario de Croissance soutenue et soutenable.

Ces scénarios se traduisent par des taux de croissance moyen pour la période 2010-2030 qui vont de 1,6 % dans le scénario Noir à 2,3 % dans le scénario Croissance soutenue et soutenable et Marché du travail plus efficace ; et débouchent sur des rythmes de croissance de long terme distincts. Les créations d’emplois oscillent entre 760 000 et 1 900 000 selon les scénarios.

Télécharger le Rapport (PDF de 100 pages) :
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_France_2030_final.pdf

Source :
Centre d'Analyse Stratégique
strategie.gouv.fr

Jeudi 12 Mai 2011
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