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Criminalité économique : il faut donner suite aux indications


En qualité de responsable du domaine Forensic, Anne van Heerden est impliqué quotidiennement dans l’examen de cas de criminalité économique. Dans une interview, il parle des principaux résultats de l’étude actuelle et des mesures de prévention possibles.




Anne van Heerden
Anne van Heerden
Vous avez publié une étude sur le thème de la criminalité économique. Quels ont été, pour vous, les résultats les plus surprenants ?

Nous connaissons pourtant très bien maintenant le phénomène de la criminalité économique, mais nous sommes toujours aussi surpris par l’ampleur d’un délit ou par la façon dont il a été commis. Ce qui m’a étonnée dans la récente enquête faite dans les trois pays, c’est le montant moyen des dommages délictuels: 360 000 francs de préjudice par cas survenu en Suisse. Ce montant est nettement supérieur aux valeurs constatées en Allemagne et en Autriche et montre clairement que la criminalité économique fait tout de même subir aux entreprises des pertes substantielles.

Quels sont les délits économiques typiques ?

Si l’on considère les trois pays étudiés, la première place au classement des délits les plus fréquents est occupée par le vol et les malversations. En Suisse, ce sont surtout les PME qui sont concernées par ces types de délits. Concrètement, il s’agit de vols de marchandises ou de détournements d’argent. Nous avons demandé aux entreprises comment elles évaluaient le risque d’être victimes de certains délits. La violation des droits de propriété industrielle et des droits d’auteur ou, par exemple, le vol de données sont des risques réels dont les entreprises sont manifestement conscientes. Par contre, s’agissant du vol et des malversations, ce sont des délits largement sous-estimés. Cela surprend essentiellement car ce sont eux qui causent, et de loin, les préjudices les plus graves.

Dans votre récente étude, vous avez particulièrement mis l’accent sur les PME. Dans quelle mesure la criminalité économique dans les PME se distingue-t-elle de la criminalité dont sont victimes les grandes entreprises ?

Dans les médias, on entend certes beaucoup parler de cas d’escroquerie, de fraude ou de malversation dans les grandes entreprises. Cela ne veut cependant absolument pas dire que la criminalité économique est nettement plus rare dans les PME. C’est justement là que règnent fréquemment d’étroites relations de confiance dont certains profitent aussi souvent pour mal faire, peut-être parce qu’on y est un peu moins vigilant. Toutefois, dans le cas des PME, ce sont surtout aussi les coupables venus de l’extérieur qui jouent un rôle important. Dans les PME, plus de la moitié des coupables ne proviennent pas de l’entreprise elle-même, mais de l’extérieur. En revanche, dans les grandes entreprises, ce sont essentiellement leurs propres collaborateurs qui ont un comportement criminel.

Que se passe-t-il lorsqu’un délit est découvert? Est-il en général rendu public ?

La découverte de ce genre d’incident est souvent désagréable pour les entreprises. Dans beaucoup de cas, les contrôles ou les mesures de sécurité ont été insuffisants. Il n’y a donc pas toujours avantage à rendre publics de tels faits. En outre, il est plus facile de mener une enquête ou de convenir d’un remboursement individuel en l’absence de plainte. Mais, à côté d’une plainte au pénal, les entreprises peuvent aussi intenter une action contre les coupables au civil ou en vertu de la législation du travail, par exemple en demandant des dommages-intérêts ou en procédant à un licenciement.

Une entreprise peut-elle prendre des mesures afin que de tels cas soient découverts plus rapidement ou ne se produisent carrément pas ?

Oui, absolument. Les délits économiques ne se dénoncent bien sûr pas eux-mêmes. Le plus souvent, ce sont des renseignements internes au groupe ou provenant de l’extérieur qui finissent par conduire à la découverte des délits. Notre étude l’a également confirmé. Il est donc extrêmement important qu’il existe des services appropriés qui s’intéressent à ce genre de renseignements et les exploitent. Les hotlines de dénonciation («whistle-blowing hotlines») sont en la matière un thème important. Mais il peut aussi y avoir un service spécialisé interne ou une sorte de médiateur. De plus, des mesures préventives peuvent aussi être prises pour éviter, dans la mesure du possible, la survenue de délits économiques. L’adoption de chartes ne suffit pas vraiment. Il faut ancrer et faire vivre l’éthique dans la culture d’entreprise. Pour y parvenir, il est possible, par exemple, d’organiser des formations ciblées.

Un environnement conscient de ses responsabilités et une éthique dans la culture d’entreprise sont-ils donc suffisants ?

Ce sont des aspects très importants. Toutefois, il est évident que des contrôles efficaces sont aussi nécessaires. Le principe des quatre yeux peut ici déjà s’avérer utile dans bien des cas. Mais ces mesures doivent aussi concerner la gestion des droits d’accès, la sauvegarde des données et une surveillance judicieuse des domaines sensibles, de façon à opposer aux actes criminels les obstacles les plus hauts possibles. Mais il s’agit aussi de veiller à ce que les collaborateurs soient conscients de l’existence de contrôles et qu’ils connaissent également les directives internes.

Êtes-vous personnellement, dans l’ensemble, devenu plus méfiant ?

Effectivement, j’y regarde souvent de plus près, même dans ma vie privée (rires). Il est en effet toujours surprenant de constater le degré d’imagination dont font preuve les délinquants. Si l’on fait appel à nous pour enquêter sur un cas et que le soupçon se confirme, il n’est pas rare que l’on découvre aussi d’autres délits auxquels personne ne s’attendait.

Interview réalisée par Michael Frei, Marketing & Communications KPMG
KPMG.com

Mardi 19 Mars 2013
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