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Cette austérité germanique qui va étouffer l’Europe


L’attitude peu nuancée de l’Allemagne dans la crise de l’euro force l’Union européenne à des choix décisifs.




Cette austérité germanique qui va étouffer l’Europe
L’Europe fait-elle fausse route? Et, en privilégiant la lutte contre les déficits au détriment de la relance de la croissance, ses dirigeants ne se trompent-ils pas de priorité? Toujours est-il que, de Paris à Madrid en passant biensûr par Athènes, voilà plus d’une année que l’offensive est menée tambours battants dans le but de réduire les déficits budgétaires et de persuader les citoyens de l’Union du bien fondé des restrictions et autres hausses d’impôts qui les attendent. Une campagne généralisée est en outre orchestrée pour expliquer que le sauvetage du système bancaire devrait obligatoirement passer par les austérités fiscale et budgétaire ainsi que par d’indispensables sacrifices qui devront être consentis par les populations européennes. Pourtant, il semblerait bien que les autorités de l’Union se trompent grossièrement de cible pour tout miser sur les assainissements budgétaires au lieu de déployer leurs énergies et le reste de leurs (et de nos) ressources à la promotion active de la croissance.

C’est ainsi que, de manière tout à fait injustifiable, la Banque centrale européenne – non contente de faire preuve de frilosité dans la stimulation de l’activité économique en se cachant derrière son mandat qui ne le prévoit effectivement pas – a augmenté par deux fois ses taux d’intérêts, siphonnant ainsi des centaines de milliards d’euros au détriment d’acteurs économiques qui en auraient pourtant eu bien besoin! Ce ralentissement économique subi aujourd’hui par la zone euro – et entièrement imputable à cette stratégie de lutte contre les déficits ayant accentué la récession – se traduira donc immanquablement par un très net tassement des recettes gouvernementales avec, à la clé, des engagements non tenus en matière de réductions des déficits publics de la part de la majorité des nations européennes. L’austérité – mise en place dans le seul but de diminuer les endettements – parvient donc aujourd’hui à un stade où elle aggrave davantage les comptes publics à travers la courroie de transmission d’une activité économique elle-même sévèrement affectée par cette même rigueur…

Les endettements publics (et privés dans certains pays d’Europe) sont certes très préoccupants et les marchés – qui testent la quasi-totalité de ces pays en exerçant une surenchère permanente sur les financements accordés – ne s’y sont du reste pas trompés. Aussi, la réaction mécanique de ces Etats mis sous pression fut-elle de juguler les déficits, de réduire les dépenses et de tenter de majorer les recettes fiscales. Toutefois, ces réponses se sont faites au détriment de nos fiches de salaire, de notre taux de chômage, de notre pouvoir d’achat… bref aux dépens de toute la panoplie dont on enseigne partout qu’elle est vitale pour soutenir la croissance. Ces mesures furent certes déterminantes pour éviter la contamination du mal grec à d’autres nations importantes de l’Union. Les endettements de certains membres de cette Union en étaient certes parvenus à des seuils intolérables. Les fleurons du système bancaire européen qui détenaient force Bons du Trésor de ces pays en faillite virtuelle étaient certes menacés. Pour autant, la mise en place systématique de l’austérité - et de manière indifférenciée - parmi l’ensemble des membres de l’Union a incontestablement exacerbé et accéléré l’avènement d’une nouvelle récession. L’erreur majeure fut donc d’appliquer le même remède et avec la même intensité au sein de pays présentant pourtant des conjonctures, des faiblesses mais également des atouts différents… Pourquoi ne pas avoir procédé à un dosage subtil et à un calibrage dynamique («fine tuning » en anglais) entre croissance et rigueur en fonction de chaque contexte national ?

De fait, c’est l’Allemagne qui est principalement responsable de cette attitude où la nuance fait cruellement défaut, elle qui a exigé des économies généralisées et tous azimut en échange de ses subsides. Les conséquences de cette absence de discernement - indiscutables puisque l’Union européenne n’a pu jouir que d’une croissance à peine positive (0.2%) d’avril à juillet derniers – forcent donc aujourd’hui à des choix décisifs. Satisfaire les marchés financiers avec encore plus de rigueur au risque d’étouffer les populations en favorisant les agitations sociales ou ne pas honorer les engagements de réduire les déficits pour privilégier la croissance et, par là même, le respiration des sociétés. Quoiqu’il en soit, il est incontestable que nos dirigeants sur réagissent en imposant le couvre feu généralisé et en sacrifiant notre croissance sur l’autel de l’orthodoxie financière. Au minimum, leur attitude est peu emprunte – une fois de plus – de cette pondération indispensable à la bonne marche des affaires. Car, comme le disait tout récemment et en substance Christine Lagarde dans les colonnes du Financial Times: les investisseurs et les marchés se félicitent certes de la consolidation fiscale mais ils ont également horreur des croissances négatives… L’austérité budgétaire sape la croissance et détruit les emplois. Son impact est encore plus ravageur dès lors qu’elle est appliquée en même temps au sein de plusieurs nations et que leur même Banque centrale ne déploie pas tous ses efforts en direction de la promotion de la croissance au lieu d’être obsédée (sous les diktats allemands) par la «stabilité des prix». Il est totalement contre productif de se précipiter aveuglément pour tailler dans les budgets et dans les dépenses. A moins que ce ne soit pour détourner les attentions des décisions structurelles majeures – que n’osent adopter nos dirigeants politiques - mais qui, elles pour le coup, relanceront durablement la croissance. A travers toute l’Europe, il est urgent d’en débattre.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Jeudi 22 Septembre 2011
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