Quotidien finance innovation, innovation financière journal
Financial Year with Finyear
 
 
 
 


              

Agences de notation : l’urgente banalisation


Les régulateurs devraient supprimer toute référence à la notation dans les règlements pour que les agences redeviennent de simples acteurs.




Agences de notation : l’urgente banalisation
La commission des affaires européennes du Sénat français vient de tenir à Paris une table ronde sur la réglementation des marchés financiers. Cette réglementation est censée, selon les organisateurs, restaurer l’utilité sociale de ces marchés. Ils s’interdisent de les diaboliser puisqu’ils ont accompagné une période de croissance. Mais en les laissant se développer de façon autonome, on a fini par diverger dangereusement de la réalité économique. Les marchés financiers doivent cesser d’être une fin en soi et redevenir un outil au service de l’économie.

La question relative à la place des agences de notation dans un contexte marqué par l’imbrication inextricable du risque de crédit et du risque de liquidité a beaucoup occupé les intervenants. La corrélation entre les notes données par les agences et les cours des CDS (credit default swaps, assurances contre le risque de défaut de paiement) montre que «les investisseurs sont sous influence», constate le professeur Michel Aglietta, spécialiste français des mécanismes de la finance moderne.

La responsabilité en incombe, selon lui, aux Etats et aux régulateurs, qui ont mis les agences de notation au coeur des contrats d’assurance, privant ainsi les investisseurs de leur libre arbitre. La seule solution consiste à «banaliser les agences», pour en faire des acteurs parmi d’autres formulant une opinion. C’est aux régulateurs d’extraire toute référence à la notation dans les règlements pour que les agences redeviennent de simples acteurs privés.

Tous les participants partageaient ce point de vue. La puissance publique doit reprendre la main. «Qu’on les apprécie ou non, les agences de notation font partie des marchés financiers», estime Steven Maijoor, président de l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), dont relève la supervision des agences de notation dans l’Union européenne depuis l’automne dernier. «Leur existence est inévitable, mais il faut réduire notre dépendance».

«En outre, les agences doivent être responsables du service qu’elles rendent», précise-t-il, tout en sachant pertinemment que la solution n’interviendra pas du jour au lendemain et qu’il faudra du temps aux différents intervenants pour changer en profondeur leur manière d’opérer.

Car ce sont les autorités politiques, les banques centrales et les différentes institutions financières qui ont intronisé ces agences et, en recourant à leurs services, adopté en somme une solution de facilité. Pendant longtemps, les banques centrales se sont appuyées sur les notations alors qu’elles avaient le moyen d’apprécier le risque par elles-mêmes, déplore Hervé de Villeroché, chef du service du financement de l’économie à la direction générale du Trésor français.

Il y a encore très peu de temps, la Banque centrale européenne (BCE) elle-même se fiait à un système qui reposait uniquement ou automatiquement sur les notations. Les régulateurs nationaux avaient eux aussi tendance à s’appuyer sur les notations externes, donc à entretenir une dépendance à l’égard des agences. Ils leur ont conféré un statut quasi institutionnel. La Commission européenne s’est engagée à éradiquer les références aux agences de notation dans la réglementation.

Il lui reste à réduire le nombre de cas dans lesquels il est obligatoire de se référer à ces agences. Réaliste, Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité française des marchés financiers (AMF) et ancien ministre des affaires européennes, reconnaît qu’ «il est moins simple de se passer des agences de notation qu’on ne veut bien le dire».

La dépendance, qui remonte à plus d’une décennie, est profonde. Il sera difficile de s’en affranchir complètement. On retrouve le même phénomène dans la gouvernance des entreprises qui font appel - quasi automatiquement - aux cabinets d’audit pour en réalité se décharger de leurs propres responsabilités!

Un participant a cité le cas d’un fond de pension allemand qui ne sait plus comment placer son argent puisque ses statuts lui interdisent d’investir dans des papiers qui ne sont pas notés AAA par les trois grandes agences dominant le marché de la notation dans le monde.

Mario Draghi, nouveau président de la BCE, aurait appelé récemment un groupe d’investisseurs à «apprendre à se passer des agences de notation». Ce qui suppose que les investisseurs en question sachent, en lieu et place des agences, évaluer le risque de crédit associé à une entreprise, autrement dit qu’ils soient à même d’apprécier la capacité intrinsèque d’une entreprise à maîtriser son bilan à travers le cycle. Tous les intervenants sur le marché ne sont pas en mesure de le faire. Il ne peut par conséquent pas y avoir de mal à ce que les agences, en tant que simples acteurs privés, leur donnent leur opinion.

HENRI SCHWAMM
Université de Genève


L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Jeudi 2 Février 2012
Notez




Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Recevez la newsletter quotidienne


évènements


Lettres métiers


Livres Blancs