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Vers une liste noire de la finance globalisée


Ce système (bien qu’imparfait) aurait pour avantage de doter les participants d’un point de référence et de partager leurs interrogations



Cyril Demaria
Cyril Demaria
L’internationalisation des affaires a réduit l’impact des mauvaises pratiques sur la réputation de ceux qui les adoptent. La valeur de la parole donnée s’est affaiblie au profit de la contractualisation, ce qui augmente le coût des transactions. L’un des moyens de réduire les aléas et rétablir un climat de confiance consisterait à créer une liste noire des individus et organisations signalés par leurs pairs, accessible à tous.

Dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber expliquait qu’un des garde-fous du système résidait dans la modération qu’imposait la société sur les capitalistes. Le shame and blame à l’anglo-saxonne est appliqué à l’échelle pour les Etats. Pourquoi ne pas l’appliquer aux organisations et aux individus ?

Si cela avait existé, cela aurait épargné les scandales Madoff et Lehman (tous deux signalés par leurs pairs à la SEC). Malgré un déluge d’informations, ce serait un premier pas vers un rétablissement des valeurs liées à la bonne pratique des affaires. Communiquer les plaintes, les procédures ouvertes et les condamnations introduirait une modération dans les comportements prédateurs. Cela permettrait de systématiser les vérifications (background check).

Qui mieux que ses membres peut en effet effectuer un tri nécessaire entre le bon grain et l’ivraie d’une profession? Deux raisons ont freiné ce mouvement jusqu’à présent. La première est liée à une crainte d’une vengeance de la profession. Les analystes ayant signalé les malversations d’Enron n’ont pas retrouvé de travail. Les whistle blowers, bien que légalement protégés, ont été licenciés par Lehman. Pour que ces systèmes soient efficaces, les signalements doivent être anonymes et se corroborer quantitativement.

TheFunded.com a tenté l’expérience avec succès aux Etats-Unis dans le secteur du capital-risque. Il propose aux entrepreneurs d’échanger leurs expériences avec les investisseurs. Les témoignages ne sont pas dénués d’arrières-pensées d’entrepreneurs frustrés et d’autres «encouragés» à témoigner favorablement. Néanmoins, l’expérience a le mérite d’établir une certaine discipline en frappant le point vulnérable: la réputation. La seconde raison qui avait freiné la profession dans l’autorégulation était le sentiment de relative impunité liée à la fragmentation du métier financier. Cela n’a plus court. La dernière crise a démontré que ce ne sont plus les géants (caisses de retraites, assureurs ou banques) qui sont seuls frappés par les aléas, mais l’ensemble des acteurs, par ricochet via les différents marchés désormais fortement intégrés et connectés.

L’existence d’une liste noire permettrait de mettre sous surveillancecertains acteurs par les autorités, mais aussi leurs pairs. Ce serait un outil déterminant dans la gestion du risque de contrepartie. Ce système, bien qu’imparfait, aurait pour avantage de doter les participants d’un point de référence et de partager leurs interrogations. Les risques de procès sont réels, sauf si les teneurs de registre sont publics et que les signaux sont à la fois anonymisés et argumentés. Les coûts pour les signalisateurs sont importants, sauf si la contrepartie réside dans une immunité juridique et une assurance financière en cas de problème.


Cyril Demaria
Passionné par la finance et l’innovation technologique, Cyril a développé une philosophie « hands on », comme analyste dans un fonds de capital-risque transatlantique à San Francisco et à Paris, puis grâce à ses expériences opérationnelles et en tant que fondateur de
Corporate Development Consulting , un cabinet de conseil en private equity. Il a contribué au développement de plusieurs jeunes pousses (Internet, télécommunications et logiciel). Cyril fut portfolio manager au sein du fonds de fonds d'un groupe d'assurance français, et est actuellement associate dans un fonds de fonds basé à Zürich.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, d’Etudes Approfondies (DEA) en Géopolitique, d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Droit Européen des Affaires, et d’HEC (spécialisation Entrepreneurs). Cyril est l'auteur de
Développement durable et finance (Maxima, 2004), le premier livre en français analysant le processus d'investissement selon des critères de développement durable. Il est aussi l'auteur de Introduction au private equity (Banque Editeur, 2006), et de "Profession business angel" (Banque Editeur, 2008).
 
Cyril Demaria
+41.79.813.86.49

Mercredi 26 Mai 2010
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1.Posté par Rémy Mahoudeaux le 27/05/2010 22:14 | Alerter
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Oui, bien sûr, comme la femme de César, un financier ne peut pas être soupçonné. Sa réputation est son actif stratégique. Mais regardons objectivement les faits :
- l'odorat des financiers est peu développé, voire défaillant, quand il s'agit de la réputation d'un pair. C'est seulement en cas d'odeur insoutenable récurrente que l'on soulève le couvercle ...
- soulever le couvercle : c'est justement peu ou prou toujours notre travail - voir que la "substance" tiens bien les promesses de la "forme". L'air du temps nous incite tous à aller vite en besogne ... trop vite
- dans les scandales du style Maddof ou Lehman, nous parlons de ceux qui ont failli, et bien évidement ils encourent l'opprobre. Mais nous oublions de mettre sur la scène la cupidité / stupidité des investisseurs et de leurs conseils qui se sont laissé berner par des promesses de profit fabuleux. Ils avaient à soulever le couvercle, ils ne l'ont pas fait, too bad too late


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