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Stagflation

Lettre du vendredi 16 décembre 2022 rédigée par Eric Galiègue - Analyste financier indépendant, Président de VALQUANT EXPERTYSE SAS.


Et voilà que tout d’un coup le marché se rend compte que le contexte de l’année 2023 est hautement stagflationniste dans la sphère réelle, et récessif dans la sphère financière.

Dans la sphère réelle, ce sont paradoxalement les banques centrales qui ont « révélé » aux investisseurs la situation de croissance très limitée pour l’année 2023, et le maintien d’une inflation largement supérieure à 2%, tant pour 2023 qu’au-delà. La BCE a ainsi abaissé sa prévision de croissance du PIB de 0,9% à 0,5% pour l’année prochaine, alors que l’inflation devrait atteindre 6,3% au lieu de 5,5% préalablement anticipé en septembre dernier. L’inflation devrait rester au-delà de 3% en 2024 (3,4%) et être encore supérieure à l’objectif de la BCE (2%) en 2025 (2,3%). Moins de croissance économique et plus d’inflation : c’est bien ce qu’on appelle la stagflation. Le schéma est le même aux USA : la FED a revu en baisse son hypothèse de croissance en 2023 (0,5% vs 1,2% auparavant), et en hausse sa prévision d’inflation (3,1% vs 2,8% pour le PCE). Dans les deux cas, les discours qui ont accompagnés ces changements de prévision sont restés très véhéments : ils ont confirmé que la lutte contre l’inflation n‘est pas terminée, que les taux vont encore monter, et que très probablement ils ne baisseront pas avant 2024. Voilà donc planté le décor de l’année 2023 : les banques centrales vont poursuivre le relèvement des taux alors que l’économie entre en récession. La situation est donc totalement inversée par rapport à la période précédente : de 2020 à 2022, les politiques monétaires étaient très expansionnistes, alors que le taux de croissance de l’économie était de 3 à 7%. En 2023, c’est l’inverse… L’action des banques centrales est donc pro cyclique ; elle a pour effet d’amplifier la tendance de l’activité. En 2023, la contraction de l’activité va être amplifiée par la politique de hausse des taux de la BCE, qui par ailleurs va commencer la réduction de la taille de son bilan, c’est-à-dire qu’elle va commencer à vendre des obligations, et donc contribuer à la hausse des taux de marché. C’est donc le contraire d’une politique contra cyclique, qui recherche l’équilibre entre la tendance naturelle de l’économique et la stimulation monétaire.

Dans la sphère financière, le contexte est récessif. On a le sentiment de craquements, si ce n’est d’un krach sur tous les actifs. Le krach obligataire est le pire jamais observé, avec une baisse des prix des obligations de l’ordre de 15%. Dans le crypto univers, c’est maintenant Binance, la plateforme d’échange et de conservation des crypto « actifs », qui doit faire face à des retraits massifs. Il est vrai que le fondateur de FTX Samuel Bankman-Fried a été arrêté par la police des Bahamas, ce qui fait un peu désordre. La mode des crypto « actifs » répond à des demandes contestataires, identitaires, générationnelles et parfois illégales. Si la « blockchain » est et demeure une innovation majeure de rupture, les cryptos supports correspondent à des objets de collection, au même titre que les œuvres d’art ou les timbres anciens. Ils ont un prix qui peut fortement varier au gré de la demande, mais n’ont pas de valeur fondée sur des flux futurs, contrairement aux actions ou aux obligations. Par ailleurs, le krach immobilier et de la construction est en cours en Chine : les ventes de biens immobiliers sont en chute de 31%, le nombre de mises en chantiers de nouveaux immeubles chute de plus de 50%, et les investissements immobiliers baissent de plus de 9%. En Suède, les prix de l’immobilier ont baissé de 14% en 6 mois. Aux USA l’indice Case Shiller des prix de l’immobilier s’est retourné. En France, la production de nouveaux crédits immobiliers a chuté de 37% à fin novembre. Dans cet environnement récessif et de baisse de prix, les actions européennes ont remarquablement résisté. La hausse depuis début octobre était d’autant plus phénoménale qu’elle a été accompagnée par une forte hausse du taux de change de l’€.

Les banques centrales ont remis les pendules à l’heure. Surtout, elles nous ont rappelé fermement que les taux vont continuer de monter alors que les économies entrent en récession. On appellera très probablement cela une erreur de politique monétaire dans quelques mois. Nous sommes toujours très prudents sur les marchés d’actions et recommandons la plus faible exposition possible.



Recommandation investisseurs : nous sommes toujours en forte sous-pondération des actions pour un CAC 40 supérieur à 5 585 points.

Tendance sur les marchés de taux et de devises : Les taux des obligations d’Etat se sont stabilisés, en France (2,4%) comme aux USA (3,4%). L’euro a encore progressé, au-delà de 1,06$.
Tendances récentes sur les matières premières : Le cours du pétrole a repris plus de 5%.
Eric Galiègue
Eric Galiègue


Lundi 19 Décembre 2022




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