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Seul l’emploi sauvera de la « Grande Dépression »


Si la volonté de nos dirigeants politiques et économiques est bien d’éviter le retour de la “Grande Dépression”, ils ne devraient pas se méprendre sur ses raisons profondes, sous peine de devoir en subir une nouvelle et ce dans un avenir relativement proche…



Michel Santi
Michel Santi
Car cet épisode tout à la fois long et dramatique des années 1930 ne fut pas tant provoqué par l’effondrement financier (certes spectaculaire et marquant) que par l’exacerbation irrémédiable du chômage. Alors qu’il était bien-sûr inopportun de laisser les banques tomber en faillite l’une après l’autre, la tragédie principale se jouait néanmoins sur un autre front, celui du marché de l’emploi, qui fut malencontreusement sinistré par l’incapacité de l’Etat fédéral à réagir vigoureusement. Et qui ne fut résorbé que par la grâce d’un redressement économique entièrement redevable à la préparation de la deuxième guerre mondiale ! En attendant cette relance spectaculaire initiée par l’industrie de la guerre, cas d’école keynésien par excellence, les Etats-Unis d’Amérique devaient quand même subir (au pire de la Dépression) des déficits combinés atteignant 25% de leur P.I.B. de l’époque, équivalents à 4’000 milliards de dollars en monnaie d’aujourd’hui.

Pourquoi le Gouvernement fédéral parvint-il à se lancer dans de telles dépenses –salutaires comme on l’a vu- en 1941 alors qu’il aurait pu le faire dès 1931 en évitant au pays une décennie de souffrances superflues ? Tout simplement pour des raisons similaires qui créent de nos jours toute cette tension entre partisans de la croissance et ceux de l’austérité, c’est-à-dire pour des motifs de principe et idéologiques. En fait, l’obsession des déficits – commune aux politiques de l’époque comme de ceux d’aujourd’hui – devait conduire à des décisions contreproductives. En effet, les dépenses publiques et autres stimuli du New Deal furent substantiellement restreints en 1937 avec les effets néfastes que l’on sait et ce alors même que l’économie donnait des signaux encourageants et que le chômage était retombé sous la barre des 10%… De nos jours, la rigueur résultera immanquablement et de manière équivalente en une débâcle similaire à celle de la seconde moitié des années 30 dans un contexte général de marché de l’emploi stagnant.

Car l’obsession des déficits éclipse la lutte contre le chômage qui devrait pourtant être absolument prioritaire. Il va pourtant de soi que ce n’est pas la diminution de déficits – aussi importante fût-elle – qui présidera au retour de la très précieuse confiance parmi le grand public. A cet égard, les politiciens prouvent une fois de plus qu’ils sont de mauvais économistes car la réduction des déficits ne constitue en rien une source de relance de la consommation qui se taille la part du lion dans la demande agrégée. Ainsi, c’est précisément le marché de l’emploi anémique qui est responsable tout à la fois d’une consommation qui reste à des niveaux incapables d’exercer un effet d’entraînement sur l’économie et des salaires qui plafonnent. Combinaison maléfique qui se traduit en une dégradation de la demande. Les perspectives actuelles, qui ne sont guère brillantes, risquent donc d’être aggravées par le retour – imminent et pour de bon – d’une nouvelle « Grande Dépression » entièrement redevable à la rigueur.

Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com

Mardi 10 Juillet 2012
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