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SVP : Une croissance « partagée »… Sinon rien !


Brève de comptoir pour les uns (1), ultime espoir pour d’autres, nombreux, maintenus dans l’attente d’une croissance salvatrice… Après les partisans de la croissance « zéro », les « décroissants », ceux qui attendent tout de la croissance, y aurait-t-il la place pour les adeptes d’une croissance « partagée », en harmonie avec le développement démographique et respectueuse des équilibres essentiels ?



Rémi Guillet
Rémi Guillet
A l’heure où l’enjeu écologique est relégué au second plan, où bonus et autres bénéfices (du CAC 40…) repartent comme « avant », ce titre n’a rien d’une boutade provocatrice…

Dans le contexte de l’activité économique, l’usage du terme (croissance) est susceptible d’interprétations très diverses allant de l’augmentation relative du PIB pour un pays, à celle du chiffre d’affaires, de la valeur ajoutée, du profit, voire de la productivité, quand il s’agit d’une entreprise... mais toujours évocatrices d’un résultat qui, au niveau des individus, se traduit par des écarts s’accentuant entre des riches de plus en plus riches et de moins en moins nombreux et des pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux…

Nous avons aussi compris que la croissance a pour corollaire l’exclusion des plus faibles, qu’elle est élitiste… Elle le sera encore davantage demain car nos inventions, notre « progrès technologique », sont pour une part une réponse au défi du « moindre coût » (mais où donc en trouver la cause profonde ?), une réponse au défi du moindre recours à l’intervention humaine (merci aux technologies en « ique » pour leur aide ici inestimable !)

Nous savons également que cette croissance aux multiples visages a pour corollaire la surexploitation des richesses naturelles… et un impact à l’origine de désordres environnementaux devenus insupportables…


Malgré cela on nous rabâche que, seule, la croissance est salvatrice de tous les maux de la société…

Pas si simple ! En effet, notons par exemple que,

-Si la croissance est d’abord nécessaire au fonctionnement d’une économie moderne fondée sur le « crédit » (et réciproquement), croissance (de PIB) et crédits doivent s’auto-entretenir de façon harmonieuse, s’auto-équilibrer (2) …

-Une croissance (de PIB) accompagnée d’une croissance de productivité du travail qui lui est supérieure diminue la masse salariale (globale), donc au final, diminue les chances d’emplois…

-La croissance doit permettre à ceux qui produisent les valeurs et richesses d’en être les premiers bénéficiaires et une croissance de la « richesse » ou de la valeur ajoutée mal répartie entre la rémunération du travail et la rémunération du capital creuse l’iniquité entre les catégories d’individus, entre ceux vivent de leur travail et ceux qui vivent de leur épargne… pour mettre plus ou moins rapidement en difficulté l’ensemble de l’économie…

-La croissance, dont l’appréciation s’appuie sur des évaluations financières, a nécessairement une composante « virtuelle » pouvant être un leurre pour les bonnes stratégies et autres bonnes gouvernances…


Croissance et mondialisation

Mais à quoi bon produire toujours plus de biens de consommation que les consommateurs « locaux » ne peuvent s’offrir… pour les commercialiser à l’autre bout de la planète, auprès de populations elles-mêmes privées de ressources car victimes de conditions de production inéquitables ?

En fait, le libre échange, la mondialisation, sont en passe de rendre caducs les bienfaits que les théoriciens d’une autre époque (se complaisant dans l’ignorance des problématiques de la « ressource naturelle », de l’environnement…) y avaient trouvés et en lesquels la société de consommation occidentale a pu croire et se repaître pendant quelques décennies.

Aujourd’hui, sous peine d’avoir à affronter des désordres sociétaux majeurs, les Etats doivent intervenir pour freiner la délocalisation de la production (on sait toutes les externalités de cette activité « primaire » sur l’ensemble d’une économie régionale ou nationale), pour limiter les importations abusives de produits manufacturés, pour aider les gouvernances d’entreprises à mettre en place des politiques de coûts et prix qui permettent à la fois de maintenir l’emploi et le pouvoir d’achat sur leur territoire…

Enfin, les responsables ne peuvent ignorer l’impact d’une « mauvaise » croissance sur la balance commerciale extérieure. Ainsi les pays occidentaux, souvent très dépendants de pays étrangers pour l’énergie (élément vital s’il en est pour leur économie, leur souveraineté…) doivent miser fort sur le développement de leurs activités industrielles exportatrices… de leurs activités touristiques tournées vers l’accueil du tourisme « étranger ». A l’opposé, une croissance fondée sur le développement de la consommation nationale de produits d’importation doit être appréciée avec beaucoup de réserves.

Il y a donc croissance et croissance et le manque de discernement peut s’avérer être un vrai piège !

La nécessité d’une croissance partagée…

Dans un contexte où « croissance » n’est plus systématiquement synonyme d’emploi, dans un contexte où la raréfaction des ressources naturelles point pour devenir bientôt (très) problématique, dans un contexte où les dérèglements environnementaux sont imputés, au moins en partie, à l’activité humaine (3), dans un contexte où la pratique d’une économie mondiale fondée sur le libre échange a engendré le chaos plus qu’elle n’a su répondre à une mission humaniste à l’échelle de la planète, la vigilance doit être de mise quant au bien-fondé de la croissance… à « tout prix ».

Près de nous, il y a ceux qui sont exclus du travail à côté de ceux qui travaillent trop, ceux qui gagnent trop peu à côté de ceux qui gagnent beaucoup trop !…. (A oublier - si ce n’est fait ! - le « travailler plus pour gagner plus… » bien trop éloigné des réelles marges de manœuvre dont la plupart dispose !)

Mises à part les exigences propres à la croissance démographique, la croissance n’a donc de sens que si elle est l’occasion de plus d’équité, de justice, de solidarité, entre les individus, les générations (4)… que si elle débouche sur des avancées sociétales reconnues et partagées par tous.

Petite parenthèse sur l’analyse mathématique en économie…
… et la répartition de la croissance !

Dans le domaine de l’économie, les décisions sont souvent le résultat d’une approche mathématique, de traitements de données provenant d’enquêtes sur des comportements humains dont on n’a pas toujours une bonne connaissance de la causalité… On établit alors des « modèles » qui remplacent le « réel » par son clone mathématique, traitant le « temps » comme un paramètre ordinaire, ignorant la « flèche du temps », son irréversibilité (5)…, évacuant son côté biologique, les aspects spécifiques du vécu en temps réel, la capacité de réactivité (évolutive) des « vrais » comportements d’humains à la fois empreints de culture et capables d’intégrer l’apprentissage dû au vécu, à l’expérience antérieure… pour ne pas associer indéfiniment les mêmes causes et les mêmes effets…

Par ailleurs, bien que devenus sophistiqués, ces modèles aboutissent paradoxalement à des informations « simplistes » livrées au plus grand nombre, à des résultats explicités en pourcentages, ratios et autres prorata, qu’il s’agisse de la croissance de ceci ou de cela, de taux (d’imposition !)… des informations qui sont des repères fondateurs de recommandations ou « règlements » qui, in fine, peuvent engendrer au niveau des vécus individuels une iniquité de redistribution des richesses croissante… avec la croissance !

Par exemple, tandis que la croissance (si elle est redistribuée !) a toutes les chances de l’être en appliquant les mêmes taux à des rémunérations ante très disparates… chacun, en qualité de consommateur, est confronté à des prix, des valeurs absolues… les mêmes pour tous ! Et, en cas de croissance, l’outil mathématique offre alors toutes les chances de creuser l’écart entre les conditions de l’accès au bien- être (matériel) de ce consommateur-ci et de cet autre…

Utilisé en économie, typiquement science des comportements humains, l’outil mathématique serait-il un piège analytique, un piège pour le partage équitable de la croissance ?



Puisque les conditions de la rémunération de l’épargne sont les mêmes pour tous, puisque les prix à la consommation sont les mêmes pour tous, reste donc à traiter d’une meilleure équité, d’une plus juste distribution des ressources c'est-à-dire, le plus souvent, plus juste rémunération du travail face à celle du capital (6)…, à traiter d’un meilleur partage des richesses revenant au travail, entre les dirigeants et les diverses catégories de salariés… en gardant toujours à l’esprit que l’exclusion, la mise à l’écart ( sous couvert de meilleures performances d’entreprises ) d’une partie des forces vives d’un pays est une infamie qui relève d’un hiatus sociétal gravissime que les démocraties doivent s’ingénier à traiter prioritairement (7)…


Au bout du compte, dans le contexte de crise majeure que nous vivons (et dont l’issue ne nous fera pas revenir aux « Trente Glorieuses »), le premier défi à relever n’est-il pas d’inventer un outil de partage équitable (et pérenne) de l’emploi, de la capacité à consommer (plus trivialement appelée « pouvoir d’achat » (8))… de la capacité à épargner (ceci n’a rien d’anodin quand on évoque les retraites et la perspective de compléments nécessaires… issus d’une « capitalisation » individuelle !)… un outil de juste partage de la croissance, quand et telle qu’elle voudra bien s’afficher !


(1) Le partage a souvent inspiré… Ainsi, dans les années 80, la SNCF empreinte de philanthropie à un niveau rarement égalé avec son slogan « le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous ! » faisait référence à Aristote… Puisse Aristote aussi inspirer les fondements de nouvelles règles économiques en ce début de XXIème siècle !

(2) Voir sur ce site l’article « Petite dissertation sur l’inflation » par R. Guillet

(3) Nous considérerons ici comme anecdotique la querelle exacerbée par les médias entre les « climato sceptiques » et les « mandatés de l’environnement »… qui, au bout du compte sont plutôt d’accord sur l’essentiel… c’est-à-dire reconnaissent le réchauffement planétaire et la nécessité de limiter les émissions de gaz à effet de serre (seule la corrélation entre ces deux observations est objet de controverses plutôt stériles mais dont les conséquences peuvent devenir néfastes quant au comportement du plus grand nombre ).
En revanche, notre optimisme est moindre quand il s’agit de voir poindre le rapprochement des points de vue de ces deux « clans » face à la pertinence (salvatrice) de la croissance !

(4) Voir sur ce site l’article « Que l’heure de la retraite sonne… » et la question de la solidarité est plus que jamais posée … » par R. Guillet

(5) Cf le livre « La fin des certitudes » de Prigogine

(6) Voir le livre « Pour plus de solidarité entre le capital et le travail… » par R. Guillet aux éditions l’Harmattan (versions en 2004 et 2009)

(7) Dans l’article paru sur ce site « Pendez-les haut et court » M. Touati n’accepte-t-il pas implicitement toutes les dérives, toutes les iniquités engendrées par le capitalisme financier, voyant dans sa croissance, fût-elle virtuelle, un moindre mal comparé aux guerres d’expansion territoriale d’antan !…. Mais peut-on oublier si vite que trop d’iniquité attise le feu des rancoeurs, révoltes et autres… révolutions !

(8) Voir l’article « Une autre piste pour le pouvoir d’achat », article complémentaire au livre « Pour plus de solidarité entre le capital et le travail… » par R. Guillet aux éditions l’Harmattan

Rémi Guillet, expert-partenaire CFO-news
guilletremi@yahoo.fr

Mercredi 24 Mars 2010
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