Digital Finance, Cryptofinance Daily News | Innovation, Transformation


              



Reporting Intégré : Retour sur la conférence ESSEC du 11 juin


Le jeudi 11 juin s’est tenue à l’ESSEC une conférence co-organisée par l’Executive MBA et le Club Développement Durable sur le thème du reporting intégré.



Laurent Leloup
Laurent Leloup
Vous trouverez ci-dessous le compte-rendu de l’évènement

Voici les intervenants présents à cette conférence :
- Philippe Peuch-Lestrade, Vice-président, International Integrated Reporting Committee (IIRC),
- Laurent Maheo, président, DFCG Ile de France,
- Stéphane Voisin, responsable de la recherche ESG, Kepler Cheuvreux,
- Marie Gérard, vice-présidente du management et de la performance RSE, ENGIE,
- Stéphanie Prange, responsable Reporting & Agences de Notation, SANOFI,
- Laura Palmeiro, Directrice RSE, DANONE,
- Jocelyne Ozdoba, Senior Manager, AILANCY.

La conférence a touché un public très large de directeurs financiers, directeurs RSE, auditeurs, consultants et éditeurs de solutions spécialisées.

La tendance de place à intégrer dans le pilotage des entreprises des informations financières et extra-financières (dites ESG – Environnemental Social et de Gouvernance) a été confirmée par les différents intervenants, bien que nuancée quant à son rythme et ses modalités concrètes.

Les entreprises présentes, pionnières en France de la démarche, ont pu démontrer de l’intérêt pour la direction générale, mais également les collaborateurs et parties prenantes externes aux entreprises, de disposer d’un « reporting intégré » axé sur le modèle de création de valeur de l’entreprise et sa performance globale.

Au-delà d’un reporting supplémentaire, cette démarche a pour principal avantage de sortir la responsabilité sociale et environnementale (RSE) de son silo actuel et de la rendre pertinente aux yeux d’autres fonctions.

Table ronde #1 – Cadre général du Reporting Intégré et tendances de place

Intervention de Philippe Peuch-Lestrade, Vice-président, IIRC

Le reporting intégré est une démarche prenant en compte le changement continu de l’écosystème des entreprises, et répondant à trois exigences :
- Une exigence légale, portée par des obligations de reporting aujourd’hui vécues comme une contrainte couteuse, n’ayant qu’une faible audiance et une faible utilité pour le management.
- Une exigence de transparence, portée par l’évolution des mentalités. Les parties prenantes demandent des informations à la fois simples, fiables et exhaustives sur le mécanisme global de création de valeur de l’entreprise.
- Une exigence de pragmatisme : l’« integrated reporting » n’est que l’aboutissement de « l’integrated thinking », une redéfinition de la manière de penser l’entreprise.

A des documents volumineux, se substituent des documents plus exploitables et synthétiques permettant d’appréhender l’intégration au coeur du business d’enjeux économiques, environnementaux et sociétaux.

Etat des lieux du reporting intégré en France au regard des pratiques à l’international

Si l’on s’en tient au reporting RSE, la France, pionnière dans ce domaine en raison de l’Article 225 et du Grenelle II, apparaît particulièrement bien placée pour mettre en place une démarche de reporting intégré. Néanmoins, considérer le reporting intégré comme une « super RSE » serait ignorer tout ce qu’il comporte d’innovant. Son point de départ n’est pas la RSE, mais la pérennité du modèle de création de valeur de l’entreprise.

Intervention de Laurent Maheo, président, DFCG Ile de France

Position des directions financières vis-à-vis de la démarche

Les directions financières se sont longtemps senties indifférentes, davantage que réticentes, vis-à-vis du reporting extra-financier. La pertinence d’une démarche intégrée est cependant de plus en plus manifeste : dans un contexte de taux très bas, les investisseurs sont sensibles à la durabilité de leur investissement dans une optique de rendement à long terme. Le reporting intégré leur permet dès lors de disposer d’une vision prospective de l’entreprise.

On note néanmoins une résistance d’ordre opérationnel de la part de certains directeurs financiers, parfois mal à l’aise vis-à-vis des modalités, pas toujours normées, d’attribution d’une valeur comptable à des éléments immatériels. Un des moyens de dépasser ces résistances pourrait passer des normes dédiées.

Le reporting intégré est également apprécié car il encourage l’adoption de supports de communication innovants, se distinguant à la fois des rapports financiers et des rapports RSE actuels, utilisant toutes les opportunités offertes par le Digital. Certaines Fintech se positionnent déjà sur ce créneau en France.

Intervention de Stéphane Voisin, responsable de la recherche ESG, Kepler Cheuvreux

L’évolution des attentes et de la communication aux investisseurs

Une grande partie des investisseurs reste peu sensible aux enjeux RSE. Les investisseurs ouverts à ces problématiques sont soit les investisseurs « ISR » encore largement minoritaires, soit ceux se revendiquant du « PRI » (principle for responsible investment) qui sont en nombre croissant et qui obéissent toujours à des logiques financières classiques mais y intègrent les enjeux RSE dans la mesure où ceux-ci ont une incidence sur la performance de l’entreprise. Les entreprises continuent aujourd’hui de s’adresser à ces deux populations par des canaux séparés : les rapports RSE pour les investisseur ISR, et les documents classiques pour les autres. Les reportings intégrés devraient permettre d’uniformiser le discours vis-à-vis de ces populations distinctes.

Un bon rapport intégré est donc un rapport qui doit intéresser les analystes et les investisseurs aux enjeux de RSE dans la mesure où ils ont un impact sur le business model de l’entreprise.

S’il est exact que la valorisation des enjeux environnementaux ou sociaux est délicate, elle est un objectif assumé du reporting intégré. Celle-ci est complexe en pratique : « s’il existait un moyen de matérialiser le capital humain, ce serait déjà fait ! ».

Table ronde #2 – Retour d’expérience de projets de mise en oeuvre du reporting intégré

Intervention de Marie Gérard, vice-présidente du management et de la performance RSE d’ENGIE

ENGIE a élaboré son premier rapport intégré en 2014, en s’inspirant des principes dictés par l’IIRC. Celui-ci s’adresse à toutes les parties prenantes de l’entreprise et vise à les impliquer dans un projet global.

Fondamentalement, le rapport cherche à avoir une vraie utilité auprès des investisseurs en leur exposant le fonctionnement de l’entreprise et en répondant à la question qui leur importe : comment l’entreprise crée-t-elle de la valeur – financière et extra-financière – à court, moyen et long terme ?

Plusieurs principes ont guidé la production du document :
- La concision afin de capter le lectorat le plus large possible, au-delà d’un public d’experts ;
- La consultation de toutes les parties prenantes, via des entretiens menés tout au long de l’année ;
- L’intégration progressive de l’ensemble des enjeux (financiers, RSE, opérationnels) afin de faire émerger une stratégie d’ensemble.

Il ne s’agit donc pas « d’un document de plus », mais d’un rapport véritablement intégré, proposant de dépasser une vision strictement financière de la performance afin de s’adresser à des populations différentes et de traiter des différents enjeux de manière corrélée. Son originalité et son utilité doivent d’autant plus être soulignées qu’il a nécessité de partager entre l’ensemble des fonctions concernées et ainsi de sortir d’un mode de fonctionnement en silo.

Intervention de Stéphanie Prange, responsable Reporting & Agences de Notation chez Sanofi

Le reporting intégré apparaît à priori comme particulièrement adapté à l’industrie pharmaceutique, dont le modèle économique est par définition orienté vers le long terme et la soutenabilité des investissements. Il peut ainsi participer de trois objectifs essentiels :
- La réduction de couts via l’identification des risques ;
- L’accès à de nouveaux marchés via l’adaptation du business model à différents environnements économiques et culturels ;
- L’attraction de nouveaux talents attentifs à la dimension RSE.

Parmi les conséquences positives de cette démarche, on peut noter le travail en commun entre les équipes Finance en charge du document de référence et celles chargées du reporting RSE.

L’implémentation de la démarche s’est faite en deux temps :
- En 2008, la définition d’une stratégie RSE autours de 4 axes : Ethics, patient, people and planet ;
- En 2010, l’intégration de « business case » afin d’illustrer concrètement les relations entre des enjeux financiers et extra-financiers. Le cas du développement d’un nouveau traitement antipaludique par Sanofi en est un exemple, car il concilie plusieurs enjeux :
- Un enjeu « client » : amélioration de l’adhérence du client au traitement en passant d’une seule pilule quotidienne contre 3 auparavant ;
- Un enjeu « soutenabilité » : la pilule est composée à partir d’une substance semi-synthétique et est donc plus écologique car sans impact sur l’exploitation des ressources naturelles ;
- Un enjeu « business » : le nouveau traitement est distribué via un réseau privé permettant de rentabiliser le produit et un réseau public qui le commercialise à un prix réduit, sans marge financière, rendant le médicament accessible au plus grand nombre.

Intervention de Laura Palmeiro, Directrice RSE de Danone

Danone prévoit de publier son premier rapport intégré dès l’exercice 2015. Celui-ci devrait reposer sur 15 critères de « matérialité » (pertinence), fruits d’un véritable effort d’intégration des stratégies business et financières dans la RSE. La convergence de données financières et extra-financières apparait comme une nécessité aux yeux de la direction financière, la pression sur les entreprise devenant de plus en plus forte pour « internaliser » les externalités (ex : coût des émissions de CO2 devant à terme être assumé par les entreprises).

Danone envisage d’effectuer son reporting via un site web dédié, qui permettrait d’avoir une vision globale de l’entreprise, avec différents points d’entrée permettant d’aller chercher l’information autour de quatre grands axes : économique, social, nutrition, environnemental. La structure permettra également de d’expliciter les impacts tout au long du cycle de vie d’un produit.

Question : Quels sont les coûts induits et les moyens nécessaires à cette démarche ?
Le reporting intégré induit inévitablement un coût projet (par exemple : 150 personnes ont été associées au projet chez Sanofi). Ce coût doit néanmoins être nuancé au regard du coût de production d’un document de référence classique.

Question : Quel impact du reporting intégré sur les processus de décision de l’entreprise ?
Le rapport intégré est un moyen de faire bouger les lignes et de faire se rencontrer des fonctions ayant traditionnellement des approches opposées sur les enjeux sociaux et environnementaux. L’impact de cette démarche sur les pratiques internes est largement tributaire de l’implication des dirigeants. Ainsi, cette démarche a été portée par le CFO chez Danone, par le CEO chez Engie, avec un impact visible : « les silos tombent ». Enfin, le reporting intégré a un impact fort sur les employés : il s’agit d’un puissant outil interne de communication de la stratégie et de renforcement de l’adhésion des employés à la culture de l’entreprise.

Conclusion par Adrián Zicari, Professeur associé, Département Comptabilité-Contrôle, ESSEC

Les interactions entre les informations financières et extra-financières restent difficiles à explorer. Elles ne sont instantanées. Par ailleurs, chaque société étant unique, les indicateurs pertinents pour une société peuvent ne pas l’être pour une autre. Ceci amène un défi de compréhension (à la différence de l’analyse financière) et un défi de comparabilité. Plusieurs questions restent donc ouvertes quant à l’évolution future de cette démarche :
- Comment « lire » les reporting intégrés ?
- Quels liens avec les systèmes de Contrôle ?
- Y-a-t-il un risque de perte d’avantage compétitif à dévoiler son modèle de création de valeur ?
- Comment engager les autres parties prenantes (et non pas seulement les investisseurs) ?

Reporting Intégré : Retour sur la conférence ESSEC du 11 juin

Les médias du groupe Finyear

Lisez gratuitement :

Le quotidien Finyear :
- Finyear Quotidien

La newsletter quotidienne :
- Finyear Newsletter
Recevez chaque matin par mail la newsletter Finyear, une sélection quotidienne des meilleures infos et expertises de la finance d’entreprise et de la finance d'affaires.

Les 4 lettres mensuelles digitales :
- Le Directeur Financier
- Le Trésorier
- Le Credit Manager
- Le Capital Investisseur

Le magazine bimestriel digital :
- Finyear Magazine

Un seul formulaire d'abonnement pour recevoir un avis de publication pour une ou plusieurs lettres

Vendredi 26 Juin 2015
Notez


Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les derniers articles publiés sur Finyear

Recevez notre newsletter quotidienne comme plus de 40.000 professionnels de la gestion et de l'innovation financières


LE TRESORIER


Cryptocurrencies


Finyear - Daily News