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Réguler les flux de capitaux pour stabiliser la croissance


Les nations émergentes et en voie de développement sont très sensibles aux chocs induits par l’interruption des influx de capitaux. A cet égard, les secousses à venir qui affecteront l’Union Européenne risquent fort d’être le catalyseur d’un bouleversement substantiel sur le front des mouvements de capitaux à travers le globe. A cet égard, la seule perspective d’une sortie de la Grèce de l’Union provoquera ainsi un exode massif de liquidités hors des banques espagnoles et italiennes en direction de l’Allemagne tout en précipitant un sauve qui peut mondial hors des actifs dits « à risques ». Comme les économies des blocs régionaux sont sujettes à des chocs multiples, les afflux ou les fuites de capitaux sont fondamentales dans le rétablissement de la croissance ou dans l’avènement de la récession. La résurrection islandaise – suite à la liquéfaction de son système bancaire – est en effet redevable en tout premier lieu au strict contrôle des changes, du reste instauré avec le consentement du F.M.I.. Quant aux pays émergents, leur dépendance aux influx de capitaux n’est plus à démontrer. Les nations (comme les Etats-Unis) ayant un besoin régulier sur le court terme de liquidités afin de financer leurs déficits seraient par ailleurs menacées jusque dans leurs forces vitales en cas d’exode des capitaux causé par un brusque retournement de leur conditions économiques ou par des pressions politiques (on pense bien-sûr à la Chine et à ses stocks massifs de Bons du Trésor).



Michel Santi
Michel Santi
Voilà pourquoi les pays et les régions les mieux placés demain pour amortir les inévitables chocs à venir et, partant, pour bénéficier d’une croissance plus stable seront ceux qui auront mis en place un arsenal de mesures préventives permettant de réguler ces flux tout en neutralisant la spéculation qui a indiscutablement un impact direct sur ces mouvements de capitaux. Les flux de capitaux transitant globalement et en tout liberté exercent effectivement des effets trop néfastes sur les économies – principalement sur celles en développement – et se doivent donc d’être bridés afin de lisser les chocs financiers. Rien ne remplace une régulation préemptive qui réduira les fluctuations erratiques des comptes publics et qui protègera en amont nos économies. C’est donc l’ensemble du système qui doit être repensé ou, à tout le moins, revu à travers un tout autre prisme, celui des déséquilibres globaux et de leur corollaire, à savoir une réforme du système monétaire international dont l’objectif serait de répartir ces capitaux de manière plus équitable. Dans cette optique, pourquoi les pays en proie à un déficit de leur balance des paiements ne prélèveraient-ils pas une taxe sur les influx de capitaux en provenance de celles des nations avec qui ils entretiennent un déficit bilatéral ? En vertu de cette nouvelle grille de lecture, les nations au bénéfice d’excédents substantiels de leurs comptes courants participeraient ainsi concrètement à réajuster ou à compenser ces déséquilibres. Il est certes nettement plus compliqué a priori de réguler les flux de capitaux que d’influer sur les excédents et sur les déficits commerciaux. Pourtant, la chasse aux déficits massifs des balances des paiements entre pays et entres régions embrasserait l’ensemble du spectre des déséquilibres qui sont à la source des chocs financiers et des ralentissements économiques.

Rien ne se fera bien-sûr sans une étroite coopération mondiale sachant que les recherches en économie et en économétrie démontrent que la régulation des capitaux insufflerait aux les marchés une bonne dose de sérénité. A ce sujet, une récente étude de la Banque d’Angleterre – qui ne peut être taxée de protectionniste ! – conclut à une amélioration généralisée des conditions économiques et financières en cas de coordination à un niveau mondial du contrôle des changes. Le F.M.I. dispose enfin de données en quantités suffisantes qui attestent que les nations émergentes ayant le mieux résisté à la crise sont également celles ayant instauré avant 2007 une règlementation digne de ce nom. C’est donc la volonté politique pour remettre en question les règles à la base même de l’investissement mondial et des accords commerciaux qui fait aujourd’hui encore défaut. Seule une coordination sans équivoque et sans arrière pensée entre nations industrialisées, aux économies intégrées et nations en développement permettrait de réguler le capital des deux côtés afin d’assurer une croissance stable.

Michel Santi
Economiste et Analyste Financier (indépendant)
www.gestionsuisse.com

Mercredi 18 Juillet 2012
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